La Commission vise la construction d’un premier petit réacteur nucléaire en Europe «d'ici 2030»

La Commission européenne a déclaré mardi (6 février) qu’elle comptait sur les petits réacteurs nucléaires (SMR) pour atteindre les objectifs climatiques de l'UE, avec en ligne de mire « le déploiement des premiers réacteurs d'ici 2030».

/ Euractiv France
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Kadri Simson, commissaire européenne chargée de l'Énergie, en conférence de presse suite à un conseil Énergie des 27, le 19 décembre 2023, à Bruxelles Belgique. [Union européenne 2023]

La Commission européenne a déclaré mardi (6 février) qu’elle comptait sur les petits réacteurs nucléaires (SMR) pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE, avec en ligne de mire « le déploiement des premiers réacteurs d’ici 2030»

Mardi, la Commission européenne a dévoilé ses recommandations pour 2040 en matière de politique climatique, avec un nouvel objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 % par rapport à 1990.

Pour y parvenir, la dépendance de l’UE aux énergies fossiles doit être réduite de 80 % d’ici 2040 par rapport à 2021.

À cette fin, l’exécutif européen reconnaît « la contribution potentielle des petits réacteurs modulaires à la réalisation des objectifs énergétiques et climatiques du ‘Green Deal’ européen », peut-on lire dans un communiqué de presse faisant suite à la présentation des nouvelles recommandations.

Ces réacteurs vont même profiter d’une alliance industrielle que la Commission européenne a confirmé mardi et attendue depuis des mois.

« Nous avons décidé d’établir une alliance industrielle sur les petits réacteurs modulaires afin de faciliter le déploiement des premiers réacteurs d’ici 2030 dans les pays qui le souhaitent», en respectant les «normes les plus élevées» en matière de sécurité et de durabilité, a ainsi déclaré Kadri Simson, commissaire européenne chargée de l’Énergie.

300 MW de nucléaire

Les petits réacteurs modulaires nucléaires (small modular reactors, SMR, en anglais) sont des réacteurs équipés de technologies existantes, mais miniaturisées. Leur puissance maximale est d’environ 300 mégawatts (MW), lorsque celle d’un réacteur « standard» de plus grande taille est de 700 à 1 600 MW.

De par leur taille, leur puissance et leurs besoins moindres en ressources que les réacteurs « standards », les SMR pourraient assurer la stabilité du réseau électrique dans les pays ayant une part élevée de renouvelables. Ils sont, pour cela, adaptés en remplacement des centrales thermiques à combustibles fossiles comme le charbon.

« Le déploiement des SMR apportera des avantages significatifs à l’Europe : plus grande souveraineté énergétique, une réduction des émissions de CO2, de nouveaux emplois et une croissance économique », a déclaré Yves Desbazeille, directeur général de l’association Nuclear Europe, après l’annonce de la Commission.

Nuclear Europe devrait d’ailleurs faire partie du comité de pilotage de la future alliance des SMR, selon l’organigramme provisoire vu par Euractiv France en décembre. Les travaux seraient organisés en sept groupes de travail réunissant les acteurs invoqués dans l’alliance, des développeurs aux autorités de sûreté, en passant par les ONGs.

Plusieurs entreprises ont déjà déclaré se joindre à l’alliance, comme les développeurs de réacteurs de 4e génération (advanced modular reactors, AMR, en anglais) NAAREA et Newcleo.

Jouer dans la cour des grands

L’objectif de cette alliance sera de faciliter une synergie européenne pour le développement des premiers projets de SMR européens d’ici 2030.

Qu’en outre, puissent même émerger rapidement des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) en la matière, tout comme dans le solaire, les batteries ou l’hydrogène. Car les grandes puissances technologiques que sont la Chine, l’Inde, les États-Unis ou la Russie, sont aussi sur le coup.

Les États-Unis sont déjà associé à des projets avec la Belgique, l’Italie, et prévoient de construire un SMR en Roumanie d’ici 2029.

Par conséquent, « il est essentiel que l’UE ne soit pas à la traîne dans ce domaine, où, au moins jusqu’à présent, nous avons été à la pointe en termes de connaissances et d’expériences », a commenté pour Euractiv France l’eurodéputé slovène du Parti populaire européen (PPE) Franc Bogovič, auteur d’un rapport d’initiative parlementaire en faveur des SMR voté en décembre.

«L’Europe a le potentiel technologique et industriel pour rattraper les États-Unis, la Chine et la Russie dans le domaine», complète auprès d’Euractiv France Valérie Faudon, déléguée générale de la Société française de l’énergie nucléaire.

Journée historique pour le nucléaire

Il faut dire qu’en parallèle, les représentants des parlementaires européens et des États membres ont aussi validé l’intégration de l’écosystème industriel du nucléaire dans les technologies considérées comme indispensables à la décarbonation de l’UE, à travers le règlement sur l’industrie « net zéro » (Net zero industry act, NZIA, en anglais).

Au moment de la proposition du texte par la Commission européenne en mars dernier, l’intégration du nucléaire n’était pas gagnée.

Désormais, le 6 février 2024 sera synonyme de journée noire pour les anti-nucléaires.

« Le lancement de cette alliance est le signe d’un dangereux changement de cap pour les institutions de l’UE, motivé par les demandes croissantes de financement public et de soutien administratif de la part de l’industrie nucléaire », a fait valoir le Bureau européen de l’environnement (EEB), réseau d’ONG paneuropéennes, dans un communiqué.

Selon l’EEB, les SMRs sont, en outre, trop chers, plus qu’hypothétiques, problématiques sur l’assurance de la provenance du combustible et la gestion des déchets.

[Édité par Frédéric Simon]