La communauté de l'obésité cherche à faire entendre sa voix

La communauté de l’obésité doit se faire entendre davantage et permettre de changer le discours néfaste selon lequel il faut « manger moins et bouger plus », a déclaré Jacqueline Bowman-Busato à EURACTIV lors d’un entretien.

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L’obésité est une maladie multifactorielle complexe qui touche près de 60 % des adultes et un enfant sur trois en Europe. [[SHUTTERSTOCK/kwanchai.c]]

L’obésité est une maladie multifactorielle complexe qui touche près de 60 % des adultes et un enfant sur trois en Europe. La communauté de l’obésité doit se faire entendre davantage et permettre de changer le discours néfaste selon lequel il faut « manger moins et bouger plus », a déclaré Jacqueline Bowman-Busato à EURACTIV lors d’un entretien.

Jacqueline Bowman-Busato est la responsable de la politique européenne à l’EASO, l’Association européenne pour l’étude de l’obésité, et la co-responsable du secrétariat scientifique du groupe d’intérêt des eurodéputés sur l’obésité.

Pas un seul pays de l’UE n’est en passe d’atteindre l’objectif de réduction des taux d’obésité d’ici 2025. Quel est, selon vous, l’un des principaux défis ou problèmes  ?

Beaucoup de gens pensent que l’obésité est une question de corpulence et qu’il faut « manger moins et bouger plus ». Et c’est en fait un discours erroné et nuisible des décideurs politiques. C’est tout simplement inexact. Il y a beaucoup de désinformation et chaque fois que nous essayons de la corriger, il y a ce déluge de voix qui s’élèvent pour toutes sortes de raisons pour dire que ce n’est pas grave d’être la quatrième cause principale de mortalité prématurée. C’est en fait l’attitude à laquelle nous sommes confrontés. C’est horrible.

Et je dis toujours à mes collègues, qu’il s’agisse de mes collègues législateurs au Parlement européen ou des miens au sein de l’EASO, que la communauté de l’obésité a été la plus polie et la plus calme de toutes les grandes communautés de malades.

Pensez-vous que la communauté de l’obésité puisse apprendre des autres communautés comment se montrer plus « bruyante »  ?

Je suis ici depuis 1995 et je me souviens de l’époque où le cancer n’était pas sexy. Je me souviens de l’époque où le cancer était un paria. Puis la communauté du cancer, c’est-à-dire l’ensemble des parties prenantes, a harmonisé son discours et a commencé à prendre la parole, en s’appuyant sur des preuves. Nous avons commencé à le faire aussi, nous avons juste 20 ans de retard. C’est donc sur cela que nous travaillons, ce qui est difficile. C’est vraiment difficile de le faire.

La Covid-19 a permis de mettre davantage l’accent sur la santé, est-ce que cela a également aidé la communauté de l’obésité  ?

La Covid-19 nous a permis de faire un bond en avant, de trois ou quatre ans. Nous avons obtenu des données provenant d’études sur le risque biologique pour les personnes souffrant d’obésité sévère, qui ont montré que plus l’obésité était sévère, plus la forme de Covid-19 l’était. Ce n’était pas vraiment une question de corpulence, mais plutôt d’inflammation et d’affaiblissement du système immunitaire, comme pour tous les autres groupes vulnérables. Tout d’un coup, tout le monde : les décideurs, les praticiens, qui n’étaient pas des spécialistes de l’obésité, et les personnes vivant avec l’obésité ont dû s’arrêter, regarder leur récit et dire : mais attendez, cela n’a pas de sens.

Nous sommes tellement habitués à parler d’alimentation, d’exercice physique et, tout à coup, nous parlons de choc cytokiniques [syndromes inflammatoires systémiques potentiellement mortels impliquant des niveaux élevés de cytokines circulantes et une hyperactivation des cellules immunitaires qui peuvent être déclenchés par diverses pathologies]. Alors comment cela se marie-t-il avec la faute individuelle, la responsabilité personnelle et les taxes sur le sucre que nous prêchons depuis des décennies  ? Ce fut une sorte d’effet « Eurêka » pour les décideurs politiques de différentes parties des institutions, qui se sont dit que nous devions peut-être jeter un regard neuf et nous mettre en phase avec la science.

Et peut-être devrions-nous commencer à appliquer la manière dont nous traitons d’autres maladies non transmissibles (MNT), au lieu de nous contenter d’un « manger moins et bouger plus ».

Vous avez vu le rapport de l’Organisation mondiale de la santé qui a été publié récemment, qu’en pensez-vous  ?

Je pense que ce rapport est très utile, car il fait le point sur la situation. De ce point de vue, c’est pourquoi il est utile de disposer d’une base de référence plus actualisée, sur laquelle s’appuyer, puis de prendre d’autres documents institutionnels, notamment au niveau de l’UE, tels que le rapport de prospective stratégique de 2020, qui mentionne spécifiquement le cancer et l’obésité comme les deux MNT qui constituent des défis majeurs en termes de groupes vulnérables.

Il est clair que beaucoup a été fait pour le cancer, rien, pour l’obésité, je le dis bien, rien. Pour nous, en tant que groupe d’intérêt d’eurodéputés, et pour la communauté plus large de l’obésité, c’est donc un bon point de départ. Il est également très encourageant que les États membres aient déclaré qu’ils avaient besoin d’aide, qu’il y ait une telle volonté politique pour agir contre l’obésité.

De quelle aide parlons-nous ici  ?

Les États membres, dans leur ensemble, veulent être performants, efficaces et multisectoriels. Ce qui leur pose manifestement problème, c’est la manière de mettre en place des politiques au niveau national. Au niveau de l’UE, nous pouvons créer un environnement favorable. En effet, on constate qu’un grand nombre de politiques qui ont un impact sur la santé des personnes souffrant d’obésité ne sont pas des politiques de santé à proprement parler. Elles ont simplement un impact sur la santé, et c’est ce à quoi nous, ou les eurodéputés, pouvons réfléchir au niveau de l’UE et encourager les autres institutions européennes ainsi que les autorités nationales.

C’est pourquoi ils travaillent beaucoup avec les parties prenantes au niveau national pour déterminer ce qui doit être fait.