La conférence d'Addis-Abeba veut graver dans le marbre le lien entre climat et développement
Le sommet d’Addis Abeba consacré au financement du développement démarre lundi 13 juillet. Il doit trouver de nouvelles pistes de financement du développement, alors que l’APD recule dans plusieurs pays européens.
Le sommet d’Addis Abeba consacré au financement du développement démarre lundi 13 juillet. Il doit trouver de nouvelles pistes de financement du développement, alors que l’APD recule dans plusieurs pays européens.
Le Danemark, la Finlande et maintenant le Royaume-Uni ont sabré dans leur budget d’aide publique au développement pour cause de rigueur budgétaire. Une tendance également observée en France, où les crédits consacrés à la solidarité internationale devraient reculer de près de 20 % d’ici 2017.
Un contexte qui risque de tendre les négociations au cours de la conférence internationale sur le financement du développement qui se tient à Addis-Abeba du 13 au 16 juillet.
Cette grande messe du développement – la troisième depuis le Consensus de Monterrey en 2002, a pour difficile mission de tirer le bilan de l’engagement pris par les pays développés de consacrer 0,7 % de leur Revenu national brut (RNB) au développement.
En effet, en 2002, les pays développés avaient réitéré leur promesse de consacrer d’ici 2015 0,7 % de leur RNB à l’aide publique au développement. Un engagement que la plupart n’ont pas réussi à tenir, à quelques exceptions près.
Entre 2005 et 2014, le Royaume-Uni a été le seul pays du G7 à avoir respecté cet engagement. Mais le pays vient de réduire son budget d’un milliard de livres.
Objectif de 0,7 % réaffirmé
Malgré ce premier revers, le sommet d’Addis devrait réaffirmer cet objectif des 0,7 %. Une cible qui devrait figurer dans le texte de compromis final, mais sans échéance.
L’engagement de 0,7 % a d’ores et déjà été réaffirmé par l’Union européenne, sans date butoir. « Nous voulons vraiment conserver ce rôle de leader mondial dans l’aide au développement. Nous l’avons prouvé en nous réengageant envers l’objectif des ODA de 0,7 %. Malheureusement, l’UE semble être la seule à avoir pris un tel engagement » a affirmé Neven Mimica, le commissaire européen au Développement.
Trouver des financements pour les PMA
Autre priorité d’Addis Abeba, la réorientation de l’aide vers les pays les moins avancés, afin de s’assurer qu’une partie de l’aide au développement leur est bien allouée.
Pour l’heure, leur part de l’APD mondiale, qui a atteint le record de 135 milliards de dollars en 2014, ne fait que baisser.
« L’aide publique au développement représente presque 140 milliards de dollars, c’est le plus élevé jamais atteint » a rappelé Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE. « Mais cette hausse cache le problème de la chute de l’APD à destination des pays les moins développés, c’est un paradoxe » a-t-il regretté. « Notre objectif à Addis est de réorienter les flux vers ces pays ».
>>Lire : L’enjeu de l’évasion fiscale risque de diviser lors de la conférence d’Addis- Abeba
Les pays en question moins accès aux dispositifs complexes qui existent. Ils ont moins d’effectifs pour mettre en place des dossiers solides. Et aussi moins de projets coûteux à financer : plutôt que des infrastructures dispendieuses, leur aide au développement porte sur des petits projets d’éducation. Les besoins sont plus importants, mais faute de cofinancements disponibles, ils ne peuvent démarrer.
Privatisation de l’aide
L’autre revers de l’aide au développement actuel est la tendance à sa « privatisation ». Le recours à des partenariats public/privé permet certes, dans certains cas, de produire un « effet de levier ». Mais l’aide au développement se retrouve aussi déviée par l’intervention du privé. On a ainsi vu des financements publics britanniques contribuer à la construction d’hôtels de luxe.
>>Lire : L’aide au développement britannique finance aussi le luxe
Pour autant, Addis-Abeba devrait insister sur le rôle grandissant du secteur privé dans le développement. Car même si l’ensemble des pays donateurs atteignait leur objectif de 0,7 %, le total de l’APD ne représenterait qu’environ 300 milliards de dollars par an, une somme encore très éloignée des 1000 à 1500 milliards de dollars estimés nécessaire pour mettre en œuvre le programme de développement post-2015, qui sera adopté en septembre à l’ONU à New-York.
« Nous devons parvenir à un accord pour lequel les conclusions d’Addis serviront de pilier pour New York. Je pense que c’est réalisable. » a expliqué Neven Mimica.
Problématique climat
La question de la place de la lutte contre le réchauffement climatique dans le développement devrait aussi faire l’objet de toutes les attentions, alors que se profile en décembre la COP 21, au cours de laquelle la communauté internationale doit trouver un accord pour limiter le réchauffement à 2 °C.
« La succession de ces 3 rendez-vous en 2015 nous a poussé à penser que 2015 est l’année où il faut préparer un monde sans pauvreté et sans carbone » a expliqué Annick Girardin, la secrétaire d’État française au Développement. « La priorité, pour Addis Abeba, sera de lier clairement aide au développement et climat » a-t-elle affirmé.
« Compte tenu de son APD en baisse, la France a prévu de faire de nouvelles annonces sur les questions climatiques, qui seront destinées à soutenir encore un peu plus les pays les moins avancés sur le sujet climat » assure la ministre.
Des « financements innovants » devraient être mis à contribution pour financer cette participation, qui pourrait faire évoluer légèrement la part de l’APD française, qui représente actuellement 0,36 % du RNB, et non pas les 0,7 % prévu par l’UE et la loi de programmation sur le développement adoptée en juillet 2014. Il pourrait s’agir d’attribuer une part des fonds récoltés par la Taxe sur les Transactions financières française aux projets climat des PMA. Au sein de l’Agence Française de Développement, la France a défini une liste de 16 pays prioritaires qui devraient être les principaux récipiendaire de ce nouvel effort.
De leur côté, les pays émergents trainent des pieds pour accepter de lier, directement, aide publique au développement et climat au sein de la déclaration finale. « Sur le fond, ils sont d’accord, mais ils souhaitent ménager un effet de gradation entre les trois conférences internationales de 2015» assure une source.