La « Coupe du monde de la honte » : le Qatar critiqué pour les violations des droits des travailleurs
Lundi (14 novembre), le ministre du Travail du Qatar a été critiqué par la commission des droits de l’homme du Parlement européen pour les violations des droits des travailleurs pendant les préparatifs de l’événement.
Lundi (14 novembre), à quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde de football, le ministre du Travail du Qatar, Ali Bin Samikh Al-Marri, a été critiqué par la commission des droits de l’homme du Parlement européen pour les violations des droits des travailleurs pendant les préparatifs de l’événement.
Quelque 90 % des travailleurs de ce petit État du Golfe sont des migrants et, selon de nombreux rapports, ils souffrent de conditions de travail inhumaines. Selon une enquête menée par The Guardian en 2021, 6 500 travailleurs migrants sont morts depuis que le Qatar a obtenu le privilège d’organiser la grande compétition de football.
Dans un discours passionné, Miguel Urbán Crespo, du groupe de gauche au Parlement, a qualifié le prochain tournoi de « Coupe du monde baignée dans le sang », tandis que la sociale-démocrate Lara Wolters l’a appelé la « Coupe du monde de la honte ».
Samira Rafaela, du groupe libéral Renew Europe, a critiqué la discrimination des femmes et la criminalisation de l’homosexualité.
Au début du mois, un responsable qatari avait fait scandale en qualifiant l’homosexualité d’« endommagement de l’esprit » dans une interview accordée à la ZDF, une chaîne publique allemande.
Réformes récentes
L’audition parlementaire a toutefois porté principalement sur les droits du travail. Peter van Dalen, du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a demandé au ministre du Travail d’autoriser une inspection européenne de la situation.
M. Al-Marri a soutenu que de nombreux progrès avaient été réalisés ces dernières années, et que son poste précédent, à la tête du comité national des droits de l’homme, était un signe de la direction prise par le gouvernement.
Après une plainte déposée en 2014 par l’Organisation internationale du travail (OIT) au sujet du travail forcé, le gouvernement qatari a accepté en 2017 de mettre en œuvre des modifications de son droit du travail afin que les travailleurs migrants ne soient plus complètement dépendants de leurs employeurs.
« Il est normal qu’il y ait des difficultés dans la mise en œuvre », a-t-il déclaré, en soulignant les changements substantiels qui ont également été reconnus par les représentants de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique), également présente lors de l’audition parlementaire.
« Les travailleurs ont constaté des améliorations remarquables », a déclaré Joel Odigie, secrétaire général adjoint de la CSI-Afrique, à propos des changements apportés depuis 2017, et Max Tuñón, de l’OIT, a qualifié la loi qatarie concernant le stress thermique de « probablement la plus progressiste au monde ».
Les travailleurs continuent de mourir
Pendant ce temps, Minky Worden de l’ONG Human Rights Watch a estimé que les réformes restaient insuffisantes pour prévenir les abus. « Human Rights Watch et des groupes de migrants continuent de documenter des abus, notamment des abus salariaux, des frais de recrutement illégaux, ainsi que des décès qui continuent de ne pas faire l’objet d’enquêtes et de ne pas être indemnisés », a-t-elle déclaré.
« Les autorités qataries n’ont pas enquêté sur les décès de milliers de travailleurs migrants, dont beaucoup sont attribués à de prétendues “causes naturelles” », a ajouté Mme Worden. Elle a cité l’exemple d’un travailleur décédé d’un arrêt cardiaque sur un chantier de construction et dont le décès a été classé en tant que « mort naturelle », ce qui signifie que la famille ne recevra aucune indemnisation.
Une enquête récente de l’ONG Equidem a montré que les travailleurs sont souvent incapables de se plaindre de mauvaises conditions de travail et que les employeurs tentent de dissimuler les décès survenus au travail.
Ali Bin Samikh Al-Marri a déploré ce qu’il a qualifié de « campagne de diffamation » menée par les médias concernant les conditions de travail au Qatar et a assuré que les familles des travailleurs décédés seraient indemnisées.
« Nous faisons appel à tous les syndicats et aux organisations de défense des droits de l’homme s’ils ont des noms de victimes et de travailleurs qui n’ont pas été indemnisés », a-t-il déclaré.
Cette tâche pourrait toutefois s’avérer difficile, notamment pour les syndicats, car il est illégal pour les travailleurs migrants de former ou d’adhérer à un syndicat.