La crise politique se poursuit malgré le maintien du gouvernement
Les deux motions de censure déposées pour renverser le gouvernement d’Elisabeth Borne ont été rejetées, dont l'une à 9 voix près. Malgré cela, députés et observateurs s’accordent à dire que le pays fait face à une crise politique majeure.
Les deux motions de censure déposées pour renverser le gouvernement d’Elisabeth Borne ont été rejetées, dont l’une à 9 voix près. Députés et observateurs s’accordent à dire que le pays fait maintenant face à une crise politique majeure.
Lundi (20 mars), le gouvernement français faisait face à deux motions de censure déposées dans le cadre de la réforme des retraites par le groupe LIOT (indépendants) et le groupe Rassemblement national (extrême droite).
Ces motions ont été déposées en réponse à l’engagement de la responsabilité du gouvernement par la Première ministre, en vertu de l’article 49.3 de la Constitution, jeudi (16 mars). Cette procédure permet de considérer comme adoptée la réforme des retraites sans vote par les députés l’Assemblée nationale, à condition que les motions de censure éventuelles ne soient pas adoptées.
La motion portée par le groupe LIOT a été notamment cosignée par des parlementaires des groupes de gauche. 278 députés ont voté en sa faveur, à savoir les députés de gauche, du groupe d’indépendants LIOT, d’extrême droite et 19 députés Les Républicains.
À 9 voix de la majorité nécessaire pour renverser le gouvernement, c’est la motion de censure la plus votée sous une mandature d’Emmanuel Macron. La motion du groupe Rassemblement national n’a été votée que par 94 députés.
Crise politique
Ainsi, le gouvernement reste bel et bien en place et la réforme des retraites est considérée comme adoptée. Elle doit encore passer les différents contrôles de constitutionnalité opérés par le Conseil constitutionnel après les recours annoncés par les oppositions de tout bord.
Néanmoins, les députés constatent l’existence d’une crise politique, malgré le maintien du gouvernement. Le député Charles de Courson, qui défendait la motion de censure pour le groupe LIOT, a dénoncé l’attitude du gouvernement, qui aurait « usé de toutes les manœuvres possibles […] pour tordre les procédures ».
L’élu indépendant considère que « ce projet n’a pas de légitimité démocratique » et rappelle que « beaucoup d’entre nous ont voté pour Emmanuel Macron [lors de l’élection présidentielle] par défaut » face à Marine Le Pen.
Charles de Courson parle de « déni de démocratie sociale » et dénonce le fait que l’utilisation de cette procédure issue de l’article 49.3 de la Constitution pour la onzième fois en moins d’un an a causé une « crise politique et sociale », qui a « fait exploser les taux d’intérêt », avant d’appeler le gouvernement à retirer son projet au nom de la démocratie.
Le ton est le même du côté des autres oppositions. « Le référendum aurait pu permettre d’éviter de retomber dans la crise politique », considère la députée Laure Lavalette pour le groupe Rassemblement national, qui appelle aussi au retrait du texte.
Pour la gauche, l’écologiste Cyrielle Chatelain veut croire que « ce qui est légal n’est pas forcément légitime », en référence à l’article 49.3 de la Constitution, avant d’ajouter, à l’adresse du gouvernement : « Vous n’avez plus les moyens de gouverner un pays qui est rongé par la défiance depuis les gilets jaunes. »
À droite, le chef de file du groupe Les Républicains Olivier Marleix, favorable à la réforme, assure que « le problème aujourd’hui, ce n’est pas la réforme des retraites, c’est le président de la République. » Selon lui, le président Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs ont mis en œuvre un « un exercice isolé, parfois narcissique et souvent arrogant du pouvoir, comme insensible à la vie des Françaises et des Français », en s’inquiétant du « décalage » de M. Macron avec le pays. Ce discours résonne auprès de tous les orateurs d’opposition et dans les couloirs du Palais Bourbon.
Donner un nouveau cap et appels à la responsabilité
Interrogés par EURACTIV, plusieurs élus Renaissance considèrent que, pour tourner la page de la réforme des retraites et sortir de la crise politique, il est nécessaire d’ « ouvrir une nouvelle séquence politique » et donner un « nouveau cap au quinquennat ».
Alors que le président Emmanuel Macron est mis en cause par de nombreux élus, syndicalistes et manifestants, certains s’interrogent sur une prise de parole de sa part. Le député de Paris Sylvain Maillard et porte-parole du groupe Renaissance juge que, si M. Macron décide de le faire, il doit pouvoir « donner une perspective » pour le reste du quinquennat.
« On est dans un moment difficile. On va devoir discuter au sein de notre groupe, au sein de la majorité présidentielle, sur l’ensemble des travaux à l’Assemblée qui vont suivre », a déclaré la députée et porte-parole du groupe Renaissance Violette Spillebout, interrogée par LCP.
Même avis pour Pieyre-Alexandre Anglade, président de la commission des Affaires européennes, selon qui, pourtant, « la prise de conscience politique ne peut pas venir que du président ». Il appelle en effet les oppositions à faire preuve de « responsabilité et de bonne volonté » : « on appelle souvent à une nouvelle culture [politique], mais ça doit aller dans les deux sens », a-t-il ajouté.
En tout état de cause, les parlementaires d’opposition considèrent que malgré le rejet des motions de censure, le gouvernement a « déjà perdu ». En plus d’en appeler au référendum, les oppositions ont annoncé des recours au Conseil constitutionnel, notamment sur le fondement de la sincérité des débats, ce qui pourrait aboutir à une invalidation partielle du texte avant sa promulgation.
Enfin, la mobilisation dans la rue se poursuit. Depuis jeudi dernier, tous les soirs des manifestations spontanées ou à l’appel d’organisations syndicales ont lieu à Paris et dans certaines grandes villes. Ce jeudi (23 mars), une nouvelle mobilisation à l’appel de tous les syndicats devrait avoir lieu. Les parlementaires, notamment de gauche, ont, après le rejet, appelé à « poursuivre le combat » afin d’obtenir un rejet. Les députés de la majorité font eux noter qu’il n’y a pas de majorité alternative dans le pays.