La Croatie sera un partenaire constructif dans la zone euro, selon son ministre des Finances
Le ministre croate des Finances s’est entretenu avec EURACTIV avant sa dernière réunion des ministres des Finances du bloc, insistant sur le fait que la Croatie continuerait à être un « partenaire constructif ».
Le ministre croate des Finances sortant, Zdravko Marić, s’est entretenu avec EURACTIV avant sa dernière réunion du Conseil « Affaires économiques et financières » (ECOFIN) des ministres des Finances du bloc, insistant sur le fait que la Croatie avait effectué un sérieux assainissement budgétaire afin de respecter les critères de convergence et qu’elle continuerait à être un « partenaire constructif ».
C’est un ministre visiblement détendu et satisfait qui a accueilli EURACTIV dans les locaux de la représentation croate à Bruxelles lundi (11 juillet). Et on comprend aisément pourquoi.
Mardi (12 juillet), la Croatie devrait recevoir le feu vert des ministres des Finances de l’UE pour rejoindre la zone euro en janvier 2023, ce qui portera à vingt le nombre total d’États membres de la zone euro. Ministre des Finances depuis six ans et demi, M. Marić a probablement été plus étroitement impliqué dans le processus d’adhésion à l’euro que tout autre homme politique croate.
Une économie déjà euroisée
« Au tout début de notre mandat, en 2016, cela a été défini comme l’un de nos objectifs stratégiques », a déclaré M. Marić. « C’était un moyen de relever le niveau de vie, le niveau d’emploi, le niveau des salaires comme notre objectif ultime », a-t-il poursuivi.
Plus concrètement, le ministre a fait valoir que l’adhésion à la zone euro entraînerait une diminution du risque de change, des taux d’intérêt et des coûts de financement, ainsi qu’une baisse de l’inflation. L’éventuel désavantage de la perte de la souveraineté monétaire n’est pas très important à ses yeux, puisqu’une grande partie de l’économie croate est déjà euroisée.
« Notre système financier est déjà tellement intégré dans le système de la Banque centrale européenne (BCE) que je dirais que le niveau de liberté sur le plan monétaire est assez limité », a expliqué M. Marić à EURACTIV, soulignant que les quatre plus grandes banques commerciales de Croatie étaient italiennes et autrichiennes et que plus de la moitié du commerce croate était libellé en euros.
Il a ainsi rejeté les critiques de l’ancienne Première ministre croate Jadranka Kosor, qui a affirmé que la Croatie aurait dû tirer un trait sur l’adhésion à l’euro afin que le gouvernement puisse lutter contre les problèmes économiques à venir.
M. Marić a même fait valoir que le fait de faire partie de la zone euro aiderait la Croatie à réagir puisque certains risques de change seraient réduits et que le coût des emprunts publics et privés diminuerait.
Prudence du côté de l’Allemagne
En Allemagne, le député d’extrême-droite Norbert Kleinwächter s’inquiète également de l’adhésion de la Croatie à l’euro. Lors d’une discussion parlementaire, il a affirmé que la Croatie allait devenir « la nouvelle Grèce ».
Même les politiciens de la CDU (parti de centre-droit) et du FDP (parti libéral), qui ont tous deux salué l’adhésion de la Croatie à la zone euro, ont mis en garde contre la nécessité d’un assainissement budgétaire.
M. Marić a affirmé que la Croatie avait fait un gros effort de consolidation budgétaire au cours des dernières années. « De 2017 à 2019, nous avons même enregistré un excédent budgétaire », a-t-il indiqué. Il a ajouté que son pays avait prouvé qu’il était « toujours un partenaire constructif ».
Pour lui, il y a également certains éléments spécifiques à la Croatie dont il faut tenir compte, notamment la guerre de 1991-1995 qui a suivi la déclaration d’indépendance de la Croatie vis-à-vis de la Yougoslavie. « Nous ressentons encore certaines répercussions de la guerre qui a frappé notre pays il y a deux décennies et demie », a expliqué M. Marić, faisant valoir que le grand nombre de vétérans de la guerre expliquait le taux relativement élevé de retraite anticipée observé dans le pays.
Critères politiques ou techniques ?
Dans le rapport de convergence 2022 de la Commission européenne qui a servi de base à la décision de l’exécutif pour suggérer d’accepter la candidature de la Croatie à la zone euro, on apprend que la Croatie n’avait aucun problème pour remplir la plupart des critères.
Toutefois, le pays ne remplissait que le critère de stabilité des prix parce que la Commission l’avait calculé d’une manière qui n’incluait pas tous les pays, ce qui a suscité quelques interrogations quant à savoir si la procédure supposément technique d’admission de la Croatie avait été influencée politiquement en faveur de l’adhésion de Zagreb.
Interrogé pour savoir si le processus a bien été influencé politiquement par les institutions de l’UE, M. Marić est resté vague mais a déclaré : « Je dois vraiment remercier toutes les institutions européennes. Elles ont apporté leur aide tout au long de ce processus, et pas seulement en ce qui concerne le respect de ces critères. »
Si le processus de convergence a contraint la Croatie à emprunter la voie de l’assainissement budgétaire, le pays, qui a rejoint l’Union européenne en 2013, sera un peu plus libre de mener sa politique budgétaire une fois qu’il sera au sein de la zone euro. Revers de la médaille, il sera aussi plus directement touché par les faiblesses structurelles de la zone euro, ce qui risque de provoquer une fragmentation en temps de crise.
Cependant, le ministre croate est resté prudent quant à la manière dont les faiblesses structurelles de la zone euro pourraient être résolues et dont le cadre de gouvernance macroéconomique pourrait être réformé. En ce qui concerne les faiblesses structurelles, il a appelé à achever l’union bancaire. « Cela signifie que nous sommes prêts et que nous allons nous soutenir mutuellement », a-t-il déclaré.
En ce qui concerne la réforme des règles budgétaires, le ministre des Finances a également semblé vouloir éviter de prendre parti dans le débat. S’il a souligné l’importance de disposer de finances publiques viables, il a également déclaré que « cela ne peut en aucun cas être un objectif en soi ».
Dernière semaine en poste
M. Marić a élégamment évité de prendre position sur les questions les plus controversées qui seront discutées par les ministres des Finances de l’UE lors de la réunion d’aujourd’hui et des réunions qui suivront.
Étant donné les perspectives économiques désastreuses de l’Europe à la lumière de l’invasion russe en Ukraine, son attitude plutôt légère pourrait surprendre, mais il faut rappeler qu’il s’agit de la dernière semaine de M. Marić en tant que ministre des Finances, après avoir accompli un travail titanesque pour son pays.
Ayant annoncé son retrait de la vie politique croate la semaine dernière — pour des raisons « personnelles », comme il le dit lui-même — M. Marić ne se sent peut-être pas aussi accablé que les autres ministres des Finances de l’UE par les perspectives économiques inquiétantes.