La démission d’un maire harcelé par l’extrême droite provoque la polémique en France
La classe politique française a exprimé son émotion à la suite de la démission d’un maire victime d’un incendie criminel, après des mois de menaces. La polémique n’a pas tardé, les uns accusant l’État de ne pas l’avoir protégé, les autres dénonçant la montée de l’extrémisme en France.
La classe politique française a exprimé son émotion à la suite de la démission d’un maire victime d’un incendie criminel, après des mois de menaces. La polémique n’a pas tardé, les uns accusant l’État de ne pas l’avoir protégé, les autres dénonçant la montée de l’extrémisme en France.
Yannick Morez, maire (divers-droite) de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), a annoncé sa démission mercredi soir (10 mai), « notamment suite à l’incendie criminel perpétré à [son] domicile et au manque de soutien de l’État », a-t-il expliqué dans une publication sur Facebook.
Le 22 mars dernier, en pleine nuit, le domicile du maire ainsi que ses véhicules ont été incendiés. Selon M. Morez, des cocktails Molotov seraient à l’origine du feu. L’ancien maire était déjà la cible de menaces depuis plusieurs mois, sur les réseaux sociaux en particulier, en raison de la construction d’un Centre d’accueil de demandeurs d’asile, à proximité d’une école primaire de sa ville.
Une montée de l’extrémisme
Ce projet était attaqué et instrumentalisé par l’extrême droite, à l’image du responsable local du Rassemblement national (RN), qui jugeait que « les maires qui acceptent cela sans réagir se rendent coupables d’une immigration massive qui submergera la France ».
Depuis la démission du maire, la classe politique française s’inquiète de la montée de la violence contre les élus et de l’extrémisme. La Première ministre Elisabeth Borne a exprimé son « soutien » à M. Morez et a dit vouloir « mieux accompagner » les élus locaux face aux violences.
Elle a ensuite indiqué que l’incendie, provoqué il y a déjà plusieurs semaines, « montre qu’il y a une montée d’extrémismes dans notre pays ». Un extrémisme qui « vaut des deux côtés » du spectre politique, a-t-elle ajouté.
La gauche dénonce l’attitude de l’exécutif
Pour ces propos, elle est accusée par la porte-parole du Parti socialiste Chloé Ridel de renvoyer dos à dos la gauche et l’extrême droite, alors que M. Morez « a été laissé seul face à la haine — par les gendarmes, par le gouvernement ». En effet, le maire avait expliqué, dans une émission de France 2, que lorsqu’il avait porté plainte pour les menaces reçues, la gendarmerie lui avait rétorqué que cela relevait de la liberté d’expression, et avait indiqué s’être senti abandonné par l’État.
Ainsi, après qu’Emmanuel Macron a qualifié les attaques contre M. Morez d’« indignes », le député La France insoumise (LFI) Bastien Lachaud a, à son tour, dénoncé l’attitude de l’exécutif, qui aurait « laissé seul » l’édile, rappelant que « quand Éric Zemmour avait été insulté, [Emmanuel] Macron lui avait longuement téléphoné ».
Le débat s’est aussi invité au Parlement européen, où l’eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place publique/S&D) a parlé d’« un jour sombre pour la République française et pour tous les humanistes européens ». « La haine a gagné en France et en Europe », a déploré l’élu.
Son parti étant mis en cause, la présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen a réagi sur twitter en affirmant qu’elle avait « alerté Elisabeth Borne sur les violences de la part de groupuscules extrémistes, de tous bords politiques », s’inquiétant que « depuis, aucune mesure n’a été prise ». Plus tôt, elle a indiqué que « les désaccords politiques se règlent dans les urnes ou devant les tribunaux », sans exprimer explicitement un soutien au maire de Saint-Brevin.
La nuit précédente, pendant les débats à l’Assemblée nationale, le groupe RN est resté assis et silencieux lorsque le député socialiste Jérôme Guedj a relaté la nouvelle de la démission du maire, alors que le reste de l’hémicycle s’est levé et a applaudi en signe de solidarité envers M. Morez.