La dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine l’empêche d’adopter une approche efficace à son égard, selon une ministre néerlandaise
L’élaboration d’une politique européenne efficace à l’égard de la Chine est entravée par le fait que certains États membres sont trop dépendants du pays d’Asie de l’Est, estime la ministre néerlandaise du Commerce extérieur Liesje Schreinemacher.
L’élaboration d’une politique européenne efficace à l’égard de la Chine est entravée par le fait que certains États membres, tels que la Grèce, sont trop dépendants du pays d’Asie de l’Est, a déclaré la ministre néerlandaise du Commerce extérieur Liesje Schreinemacher (VVD, Renew) lors d’un entretien jeudi (31 août).
Mme Schreinemacher, qui occupera temporairement le poste de ministre des Affaires étrangères laissé vacant par le commissaire européen désigné pour remplacer Frans Timmermans Wopke Hoekstra (CDA, Parti Populaire européen), a été interrogée par la fédération patronale néerlandaise VNO-NCW sur les relations sino-néerlandaises ainsi que sur la dépendance de l’Europe à l’égard des ressources chinoises.
Investissements étrangers
Interrogée sur les préoccupations de certaines entreprises concernant le mécanisme de surveillance de l’UE pour les investissements étrangers, Mme Schreinemacher a évoqué le mécanisme néerlandais de contrôle des investissements, fusions et acquisitions (Vifo), qui vérifie l’influence étrangère dans les secteurs stratégiques néerlandais.
« Tous les États membres de l’Union européenne ne disposent pas encore d’un tel mécanisme. Nous voulons que ce soit le cas, car sinon […] les investisseurs se rendent dans ces pays » où la législation est moins contraignante, a déclaré Mme Schreinemacher.
Le fait qu’un pays tiers dispose de certains actifs stratégiques dans l’UE et que celle-ci dépende de ce même pays pour certaines ressources critiques est problématique car cela peut permettre au pays tiers d’influer dans les affaires intérieures du bloc.
« Prenons l’exemple du port grec du Pirée, qui appartient à une entreprise publique chinoise. Cela rend également plus difficile une politique efficace à l’égard de la Chine dans le contexte européen, car dans ce cas, la Grèce est dépendante de la Chine », a-t-elle poursuivi.
Le port du Pirée, dont l’actionnaire majoritaire est la compagnie maritime chinoise Cosco Shipping, a souvent été perçu comme un levier majeur pour la Chine en Europe. Un levier notamment utilisé lorsque la Grèce a bloqué les déclarations de l’UE concernant la situation des droits de l’Homme en Chine.
L’année dernière, la décision de l’Allemagne d’accorder à Cosco une participation minoritaire de 25 % dans le port de Hambourg a provoqué des frictions entre le gouvernement de Olaf Scholz et Bruxelles. La Commission européenne lui avait recommandé de geler l’accord afin d’éviter de créer de nouvelles vulnérabilités stratégiques vis-à-vis de la Chine.
Mme Schreinemacher a ajouté que, s’il est judicieux de surveiller l’influence étrangère dans les secteurs stratégiques, les Pays-Bas devraient néanmoins veiller à « rester un pays attractif pour les investissements étrangers, car ces investissements contribuent à notre innovation et à notre compétitivité ».
Semi-conducteurs
Les Pays-Bas se sont positionnés comme l’un des États membres les plus fermes à l’égard de la Chine, comme en témoigne la décision du gouvernement de mettre en œuvre des restrictions à l’exportation de technologies cruciales pour la fabrication de semi-conducteurs à destination de pays tiers — une mesure qui, bien que cela ne soit pas explicitement le cas, est largement perçue comme étant principalement dirigée contre Pékin.
« Si l’exportation de technologies néerlandaises présente des risques pour la sécurité nationale, nous pouvons également introduire une obligation de licence d’exportation », a expliqué Mme Schreinemacher, tout en ajoutant que de telles mesures doivent être « proportionnelles », compte tenu des conséquences économiques et politiques.
« L’idée n’est pas de repérer toutes les entreprises qui utilisent des technologies quantiques ou des semi-conducteurs et de les soumettre à une telle obligation de licence. Mais notre sécurité nationale compte plus que tout », a souligné la ministre.
Les relations sino-néerlandaises se sont considérablement détériorées au cours des derniers mois, en grande partie à cause de restrictions à l’exportation et de la désignation de la Chine comme la « plus grande menace » pour la sécurité des Pays-Bas dans un rapport des services secrets datant du mois de mai.
Les ressources africaines
Malgré les mesures de précaution prises par le gouvernement et les tentatives de renforcement de l’autonomie stratégique des Pays-Bas, Mme Schreinemacher n’a pas caché que l’Europe avait besoin de la Chine dans le cadre de ses efforts de transition vers une économie verte et bas carbone.
« Nous ne pouvons pas devenir durables sans les matières premières de la Chine. Nous avons besoin de la Chine pour notre transition énergétique », a expliqué Mme Schreinemacher, raison pour laquelle l’Europe doit choisir soigneusement ses mots lorsqu’elle traite avec ce pays.
« On me demande parfois pourquoi nous ne cessons pas de commercer avec la Chine ou pourquoi nous n’utilisons pas un langage ferme à son égard, comme le font les États-Unis. Mais les États-Unis font encore beaucoup pour promouvoir leur propre commerce avec la Chine », a-t-elle déclaré.
Mme Schreinemacher considère l’Afrique comme une alternative potentielle pour l’approvisionnement en matières premières dont l’UE a impérativement besoin.
« L’Afrique dispose elle aussi de nombreuses ressources. Les Chinois y sont actifs depuis un certain temps et la Russie les rejoint. Les Pays-Bas et l’Europe ne peuvent pas rester à la traîne », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il existe actuellement en Afrique une certaine « impatience » à coopérer avec l’UE, bien que l’Union ait été contrainte de repenser son approche vis-à-vis du continent à la suite d’une série de coups d’État dans la région du Sahel qui ont écarté du pouvoir les dirigeants favorables à l’UE et ses États membres.
En outre, des accords commerciaux mutuellement bénéfiques pourraient contribuer à combler les besoins du continent africain en matière d’emplois et empêcher les Africains de venir chercher du travail en Europe, a expliqué la ministre, dont le parti, le VVD, se prépare à une campagne électorale qui s’annonce dominée par le thème de l’immigration.
L’exploitation de ressources en Europe
En ce qui concerne le sujet controversé de l’exploitation des matières premières critiques en Europe, Mme Schreinemacher déclare ne pas comprendre l’opposition des citoyens.
« Le rejet de l’exploitation minière en Europe relève d’un raisonnement simpliste : pas de ça chez moi. Ces métaux peuvent-ils donc être exploités en Afrique ? Je trouve cela un peu fou », a-t-elle déclaré.
Les Pays-Bas eux-mêmes ne possèdent pratiquement pas de matières premières essentielles sur leur propre territoire, l’exploitation potentielle de matières premières dans l’UE devrait donc avoir lieu dans d’autres États membres.
À défaut d’exploiter lui-même les mines, la ministre a appelé son pays à devenir un acteur crucial dans le traitement des matériaux critiques, de manière à ce que les autres pays « ne puissent pas [nous] ignorer ».