La DG MENA saute sur l'occasion
Également dans l'édition de mardi : le Brexit, des munitions, les centres de retour
Vous lisez Rapporteur ce mardi 23 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
LES TALIBANS EN VILLE : Une délégation de cinq négociateurs talibans se rend à Bruxelles pour une réunion aujourd’hui avec l’UE concernant l’expulsion de criminels. Leurs visas sont assortis de conditions inhabituelles. Lisez l’article de Nicoletta.
À retenir :
🟢 Kallas mise à l’écart alors que la Commission vante le « dialogue » avec Israël
🟢 Le Brexit, c’est le Brexit. Mais qu’est-ce que cela signifie ?
🟢 Le cauchemar de Macron : l’UE pourrait-elle financer des centres de retour ?
Sur le rond-point Schuman : la commissaire qui a sauté d’un hélicoptère
L’Europe, vue de Bruxelles
Lorsque la Commission européenne a retiré la politique relative au Moyen-Orient du service diplomatique de l’UE et créé la DG MENA il y a deux ans, c’était sans doute en vue de moments comme celui-ci.
Au milieu d’une polémique diplomatique déclenchée par l’utilisation, par la cheffe du Service européen pour l’action extérieure, Kaja Kallas, du mot « apartheid » pour décrire le traitement réservé aux Palestiniens par Israël, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a de fait mis à l’écart la plus haute responsable diplomatique de l’Union vendredi.
Lundi, la directrice générale de la DG MENA, Dubravka Šuica, était assise en face de lui lors d’un voyage de deux jours en Israël. Elle n’était pas là pour défendre sa collègue Kallas, qui n’a ni confirmé ni infirmé les propos qui lui sont attribués. « Nous avons discuté des défis actuels et de la manière dont nous pouvons y faire face ensemble », a indiqué Šuica, sans aborder la controverse plus ouvertement.
La visite de Šuica avait été planifiée bien avant la polémique autour de Kallas, et l’équipe de la Croate a souligné l’importance de maintenir le dialogue avec Israël avant une réunion des donateurs en faveur de l’Autorité palestinienne prévue le mois prochain.
Au cours de ce voyage, la commissaire a réitéré son soutien à une solution à deux États, a appelé à la libération des recettes fiscales palestiniennes, a qualifié la situation à Gaza de « très problématique » et a exprimé de « profondes préoccupations » concernant les colonies israéliennes.
« La seule façon de résoudre un conflit est de se parler. Nos canaux de communication doivent rester ouverts si nous voulons avoir une voix et une influence dans la région », a déclaré un diplomate européen de haut rang à Rapporteur.
Pourtant, tout comme lors de sa présence très critiquée à l’événement « Board of Peace » de Donald Trump à Washington, le moment choisi et le contexte politique de ce voyage ont suscité des interrogations à Bruxelles.
Certains responsables affirment que cette rencontre visait autant à maintenir les canaux de communication ouverts qu’à consolider l’emprise de la Commission sur la région, dans le contexte de sa lutte institutionnelle avec le SEAE. Elle a également offert à Sa’ar une occasion en or – non pas qu’il en ait besoin – de fustiger l’UE pour avoir « dicté des positions politiques » sur des questions qu’il a qualifiées d’existentielles pour Israël.
Le fossé entre le Berlaymont, mené par l’Allemagne et contrôlé par le PPE, et le SEAE, mené par l’Estonie et contrôlé par Renew, est devenu de plus en plus manifeste ces dernières semaines, notamment concernant les options juridiques visant à restreindre les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes dans les territoires occupés – une mesure que la Commission reste réticente à approuver.
Un document présentant les voies juridiques possibles devrait être examiné lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE le 13 juillet, le jour même où Šuica convoquera la deuxième réunion du « Groupe des donateurs pour la Palestine », une plateforme dirigée par l’UE qu’elle a surnommée le Conseil de la paix (Board of Peace) de l’Union.
Un document de la Commission consulté par Nicoletta demande aux pays participants d’indiquer les « montants de financement indicatifs » qu’ils pourraient apporter à la reconstruction de Gaza. Des représentants du gouvernement américain et du « Conseil de la paix » devraient y assister, ce qui constitue un changement significatif par rapport à la première réunion.
Aux côtés de Šuica en Israël se trouvait Michael Mann, ambassadeur de l’UE et l’un des derniers visages britanniques de premier plan de l’Union à occuper un poste diplomatique tourné vers l’extérieur. Et en parlant du Brexit…
Ce que signifie le Brexit (selon Bruno)
Aujourd’hui marque le dixième anniversaire du vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’UE. Bruno Waterfield, notre rédacteur politique, s’est attaqué à une question jusqu’alors insoluble : que signifie exactement le Brexit ? Lisez son article.
Geoff Meade – un journaliste bruxellois tellement chevronné qu’une plaque porte son nom au Berlaymont – pose la question suivante : « Le Brexit est-il toujours d’actualité ? » Lisez son éditorial.
Et j’ai une bonne nouvelle pour les partisans d’un retour dans l’Union européenne, là-bas en Grande-Bretagne. Ne vous inquiétez pas, les Européens sont presque aussi divisés que les Britanniques sur ce à quoi ressemblerait un éventuel retour. Lisez mon analyse.
L’UE pourrait-elle financer des centres de retour ?
Bruxelles laisse la porte ouverte à l’utilisation de fonds européens pour financer des centres de retour de migrants, une mesure controversée.
Interrogée sur la possibilité que de telles structures bénéficient d’un soutien dans le cadre du prochain budget à long terme de l’Union, la Commission n’a pas exclu cette éventualité. « Nous disposons désormais du cadre juridique nécessaire. Les prochaines étapes sont entre les mains des États membres », a déclaré un porte-parole.
Ces commentaires interviennent quelques jours après que les capitales de l’UE se soient partiellement accordées sur une position de négociation concernant l’instrument de financement extérieur de l’Union, qui inclut des références à des « solutions innovantes » en matière de migration – une formulation qui, selon les diplomates, pourrait ouvrir la voie au financement de centres de retour.
La France est opposée aux centres de retour. La formulation a été maintenue malgré les efforts français pour la supprimer. Plusieurs diplomates ont indiqué à Rapporteur que Paris avait exercé de fortes pressions contre cette disposition alors que les négociations s’enlisaient dans des différends plus larges concernant le prochain budget, notamment la conditionnalité liée à l’État de droit.
Le Qatargate rattrape Avramopoulos
Les autorités belges ont lancé une procédure qui pourrait aboutir à un mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien commissaire chargé des migrations et actuel député grec Dimitris Avramopoulos, en raison de ses liens présumés avec le scandale du Qatargate.
Avramopoulos, qui a siégé au conseil d’administration de l’ONG Fight Impunity d’Antonio Panzeri, bénéficie de l’immunité parlementaire. Les procureurs belges auraient demandé à Athènes de lever cette protection, une mesure qui nécessiterait l’accord du Parlement grec avant que l’enquête puisse se poursuivre.
Avramopoulos rejette ces allégations, les qualifiant de « totalement infondées ». Lisez l’article de Sarantis Michalopoulos.
€ vs $
L’euro ne pourra pas rivaliser avec la domination du dollar américain tant que l’Europe n’aura pas renforcé ses capacités militaires, a déclaré lundi Christine Lagarde.
« Si l’on regarde l’histoire, aucune monnaie n’a jamais été une monnaie de réserve internationale… sans avoir la capacité de se défendre », a affirmé la présidente de la Banque centrale européenne lors d’un événement à Bruxelles, m’a rapporté mon collègue Thomas Moller-Nielsen.
Ses commentaires ont été formulés à la veille d’un vote en commission au Parlement européen aujourd’hui sur l’« euro numérique » – un projet de système de paiement européen destiné à réduire la dépendance vis-à-vis des prestataires américains tels que Visa et Mastercard.
S’adressant aux députés européens lors d’un autre événement lundi, Lagarde a appelé à soutenir le projet. « Je ne vous mets aucune pression, mais le résultat de demain est vraiment important », a-t-elle lancé.
« EU Inc » au bord du précipice
Le projet d’« EU Inc » – une entité juridique paneuropéenne – se heurte à un premier obstacle après que les juristes du Conseil ont conclu que la proposition doit reposer sur une base juridique différente, rapporte mon collègue Maximilian Henning.
Un tel changement pourrait retarder l’initiative de plusieurs mois, malgré les appels répétés des dirigeants de l’UE à accélérer les efforts visant à approfondir le marché unique. Les gouvernements doivent désormais décider s’ils suivent ou non l’avis des juristes. Lisez l’article complet.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- La France plaide pour un rôle européen plus fort au sein de l’OTAN
- Comment Chypre est devenue une porte d’entrée pour le tabac illicite
- Exclusif : l’UE cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine pour l’alimentation animale
Rond-point Schuman
BANG, BANG : Le député européen italien Pietro Fiocchi tentera aujourd’hui de faire échouer une proposition de la Commission européenne visant à interdire l’utilisation du plomb dans la chasse et la pêche.
Fiocchi, membre du groupe CRE de Giorgia Meloni, occupait auparavant un poste de direction au sein de l’entreprise familiale, Fiocchi Munizioni, l’un des principaux fabricants mondiaux de munitions. La Commission estime que la chasse et la pêche rejettent environ 44 000 tonnes de plomb dans l’environnement chaque année. Lisez l’article complet de mon collègue Florent Servia.
LA COMMISSAIRE DE FER : La commissaire européenne finlandaise Henna Virkkunen, responsable des technologies de l’Union, a fait l’objet d’un portrait publié la semaine dernière par le journal finlandais Helsingin Sanomat – non pas pour ses efforts visant à affranchir l’Europe de sa dépendance vis-à-vis des technologies américaines, mais pour sa carrière de coureuse, m’a appris ma collègue Anupriya Datta.
L’article souligne que Virkkunen court un semi-marathon tous les dimanches, que ce soit à Bruxelles ou dans sa ville natale de Jyväskylä. Elle court un double marathon chaque Pâques, et pour fêter son 54e anniversaire cette année, elle a couru 54 kilomètres. Elle a également terminé trois courses Ironman et a subi une grave blessure après avoir sauté d’un hélicoptère dans l’eau lors du tournage de l’émission de télévision finlandaise Special Forces il y a cinq ans.
Les capitales
MADRID 🇪🇸
La Cour suprême espagnole a condamné lundi l’ancien ministre des Transports, José Luis Ábalos, à 24 ans de prison pour corruption, ce qui accentue la pression sur le Premier ministre Pedro Sánchez. Les juges ont reconnu Ábalos coupable de corruption, de trafic d’influence, de détournement de fonds et d’appartenance à une organisation criminelle liée à des marchés publics conclus pendant la pandémie. Ce verdict fait suite à une enquête qui a duré plusieurs années et intervient dans le cadre d’enquêtes plus larges sur la corruption impliquant des personnalités proches de Sánchez. Lisez l’article complet.
– Inés Fernández-Pontes
VARSOVIE 🇵🇱
Le président Karol Nawrocki a rejeté l’affirmation de Volodymyr Zelenskyy selon laquelle leur différend, qui ne cesse de s’aggraver, serait motivé par la politique intérieure polonaise, insistant sur le fait qu’il concerne la mémoire historique et l’opposition de la Pologne à l’héritage des groupes nationalistes ukrainiens. La polémique s’est intensifiée lorsque Nawrocki a retiré à Zelenskyy la plus haute distinction d’État polonaise, en raison de la décision de Kiev de donner à une unité militaire le nom des « Héros de l’UPA ». Zelenskyy a accusé Nawrocki d’exploiter cette controverse pour renforcer sa position face au Premier ministre Donald Tusk.
– Charles Szumski
BUCAREST 🇷🇴
La Roumanie a replongé dans l’incertitude politique après le rejet par le Parlement du candidat au poste de Premier ministre proposé par le président Nicușor Dan, Adrian Veștea. Le politicien de centre-droit est resté bien en deçà des voix nécessaires pour former un gouvernement, l’AUR (extrême droite) lui ayant refusé son soutien. Cet échec a également mis en évidence de profondes divisions au sein du PNL, le parti au pouvoir. Dan pourrait convoquer des élections législatives si un deuxième candidat était rejeté. Lisez l’article complet.
– Matei Rosca
BUDAPEST 🇭🇺
Péter Magyar a lancé lundi ce qu’il a baptisé « Opération Feu purificateur », une campagne visant à démanteler les réseaux politiques et économiques présumés mis en place sous les gouvernements précédents. Son parti au pouvoir, le Parti Tisza, a déclaré qu’il chercherait à obtenir un amendement constitutionnel pour destituer le président Tamás Sulyok. Cette annonce intervient avant un vote parlementaire sur les réformes anticorruption soutenues par l’UE, liées à 10,4 milliards d’euros de fonds de relance gelés.
– Mátyás Varga
CHIȘINĂU 🇲🇩
La présidente Maia Sandu a exhorté lundi les pays de l’UE à ouvrir « immédiatement » tous les chapitres de négociation d’adhésion restants, arguant que Chișinău a mené à bien les réformes nécessaires. S’exprimant lors d’un sommet UE-Moldavie à Bruxelles, Sandu a déclaré que tant la Commission européenne que le Conseil considèrent la Moldavie comme prête à aller de l’avant. Son appel fait suite à la décision des dirigeants de l’UE d’assouplir leur discours sur le rythme du processus d’adhésion du pays. Lisez l’article complet.
– Magnus Lund Nielsen
TIRANA 🇦🇱
Le Premier ministre Edi Rama a accusé lundi des manifestants venus du Kosovo et de Macédoine du Nord d’attiser les manifestations contre les projets touristiques à Zvërnec et Sazan liés au gendre de Donald Trump, Jared Kushner. Rama a notamment pointé du doigt les partisans du parti au pouvoir au Kosovo, Vetëvendosje, les accusant de semer le « chaos », tout en déchargeant le Premier ministre par intérim Albin Kurti de toute responsabilité. Les manifestations, qui en sont à leur troisième semaine, se sont transformées en un défi plus large pour le gouvernement de Rama.
– Bronwyn Jones
PRAGUE 🇨🇿
Le gouvernement tchèque a décidé qu’Andrej Babiš, et non le président Petr Pavel, représenterait le pays lors du sommet de l’OTAN qui se tiendra le mois prochain à Ankara, mettant ainsi fin à une pratique de longue date selon laquelle les présidents tchèques assistaient aux réunions des dirigeants de l’alliance. Pavel a déclaré qu’il contesterait cette décision devant la Cour constitutionnelle, arguant qu’elle porte atteinte au rôle du président en matière de politique étrangère.
– Aneta Zachová
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Maximilian Henning, Florent Servia, Anupriya Datta, Magnus Lund Nielsen, Thomas Moller-Nielsen, Elisa Braun, Sarantis Michalopoulos, Bruno Waterfield
Traductrice : Clara Vassent