La droite espagnole vote contre la Commission et s’attire les foudres du Premier ministre Pedro Sánchez
En votant contre l’approbation du nouveau Collège des commissaires, le Partido Popular a mis de côté les intérêts de l’UE et s’est allié à l’extrême droite, estiment le Premier ministre Pedro Sánchez et la nouvelle commissaire espagnole Teresa Ribera.
En votant contre l’approbation du nouveau Collège des commissaires, le Partido Popular (PP) a mis de côté les intérêts de l’Union européenne (UE) et s’est allié à l’extrême droite, estiment le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et la nouvelle commissaire Teresa Ribera.
Mercredi 27 novembre, le Parlement européen, réuni en plénière, votait sur l’approbation de l’ensemble du nouveau Collège des commissaires de la présidente de l’exécutif Ursula von der Leyen.
Les 22 eurodéputés du Partido Popular — seconde plus grande délégation du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit — ont voté contre les commissaires en raison de la désignation de l’Espagnole Teresa Ribera à l’une des vice-présidences de l’exécutif européen.
Tout comme le parti d’extrême droite Vox (Patriotes pour l’Europe) — troisième force au parlement espagnol —, le PP reproche à l’actuelle ministre espagnole de la Transition écologique, membre du Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE, Socialistes et Démocrates européens/S&D), sa gestion des inondations meurtrières de Valence, qui ont coûté la vie à 222 personnes le 29 octobre dernier.
Ces dernières semaines, le PP a tenté de faire dérailler la nomination de Teresa Ribera, contre les consignes du PPE auquel le parti espagnol est affilié, tout comme Ursula von der Leyen.
Le PP isolé au sein du PPE
Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez (PSOE) a accusé le PP de « faire une erreur » en votant contre la nouvelle Commission, ajoutant que « même leurs partenaires du Parti populaire européen ne s’alignent pas sur le négationnisme climatique » du parti espagnol.
Lors d’une apparition au parlement espagnol pour défendre la gestion de la catastrophe de Valence par son gouvernement, Pedro Sánchez a mentionné les éloges adressés par Ursula von der Leyen à Teresa Ribera.
Il a également accusé le PP d’avoir voté contre la validation du Collège des commissaires en raison de l’appartenance de Teresa Ribera au PSOE, ajoutant que la droite espagnole s’était rangée du côté de l’extrême droite au niveau européen en s’opposant à l’entrée en fonction de la Commission.
Après le vote, Teresa Ribera, chargée du portefeuille pour une transition juste, propre et compétitive, a pour sa part déclaré que le Partido Popular avait cherché à « écarter les valeurs européennes, la bonne gouvernance européenne et le respect des personnes dans l’ensemble de l’Union, mais aussi dans notre pays et à Valence ».
Teresa Ribera a critiqué la délégation du PP au Parlement, dirigée par l’eurodéputée Dolors Montserrat, et a prévenu qu’en votant contre le nouvel exécutif de l’UE, le parti espagnol « fait cavalier seul avec certains groupes d’extrême droite de ce Parlement ».
La présidente du groupe S&D, Iratxe García Pérez, a elle aussi critiqué le parti de droite espagnol pour son « isolement » au sein de l’UE.
« Le résultat du vote sur la nouvelle Commission désigne clairement le perdant : [le leader du Partido Popular, Alberto Núñez] Feijóo. Même le Parti populaire européen l’a laissé seul. Parce qu’avec Teresa Ribera comme première vice-présidente, l’Europe gagne et les citoyens gagnent », a écrit Iraxte García sur X.
La nouvelle équipe d’Ursula von der Leyen, qui entrera en fonction début décembre, a été approuvée avec une courte majorité de 370 voix pour, soit 51 % des voix de l’hémicycle. 282 eurodéputés se sont prononcés contre son Collège et 36 se sont abstenus. Il s’agit de résultat le plus faible jamais obtenu par une Commission dans l’histoire de l’UE.
Lors du premier mandat d’Ursula von der Leyen en 2019, ses commissaires avaient reçu 461 voix pour, 157 contre et 89 abstentions.
Les tâches qui attendent Teresa Ribera
Ursula von der Leyen a annoncé mercredi que, parmi les nombreux défis que devra relever Teresa Ribera, la mise en œuvre d’une « politique de concurrence moderne » et la promotion d’une nouvelle stratégie économique basée sur le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’Union sont deux éléments clés, de même qu’un dialogue avec le secteur automobile.
« Nous aurons Teresa Ribera, notre première vice-présidente exécutive pour une Transition propre, juste et compétitive. Elle est parfaitement qualifiée pour veiller à ce que nous ayons une politique de concurrence moderne qui soutienne nos ambitions. C’est une Européenne convaincue et engagée. Ensemble, nous travaillerons dans l’intérêt européen », a déclaré la présidente de la Commission.
Teresa Ribera devra collaborer étroitement avec le commissaire français Stéphane Séjourné, qui « travaillera sans relâche en tant que vice-président exécutif, pour réunir l’industrie et le marché intérieur », a-t-elle ajouté.
Teresa Ribera et Stéphane Séjourné seront chargés de développer le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) et de promouvoir le développement d’une industrie propre pour une économie décarbonée.
Ursula von der Leyen a également indiqué que le commissaire Wopke Hoekstra, chargé de l’action pour le climat, les accompagnerait dans leurs travaux. Ce dernier a représenté l’UE lors de la COP29 à Bakou et « montre déjà la voie vers l’objectif d’émissions nettes nulles et de croissance propre ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]