La FNSEA dénonce la dérégulation à outrance de l’agriculture européenne
Auditionné par les députés, le président de l’organisation, Jean-Michel Lemétayer a plaidé pour que la loi de modernisation de l’agriculture corrige les inconvénients de la PAC.
Auditionné par les députés, le président de l’organisation, Jean-Michel Lemétayer a plaidé pour que la loi de modernisation de l’agriculture corrige les inconvénients de la PAC.
«La politique agricole européenne a totalement basculé.» Auditionné par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale dans le cadre de la préparation de la Loi de modernisation agricole (LMA), le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer a fait une analyse sans concession de la politique communautaire.
«Par rapport à la première PAC, l’Europe opère un mouvement à 180 degrés sur sa politique agricole», a-t-il observé, en faisant référence à la dérégulation prônée par l’actuelle commissaire européenne. «Le tout marché de Mariann Fischer Boel est le seul filet de sécurité des aides directes», a-t-il poursuivi.
En réalité, le président de la FNSEA fustige le déséquilibre de la politique agricole communautaire. Il explique que le relèvement des quotas laitiers conjugué à une baisse des prix d’intervention de 20 à 30% a été l’un des facteurs déclencheurs de la crise laitière. Une forme de «double peine», déplore Lemétayer.
De 2000 à 2004, les prix d’intervention pour 100 kg de beurre s’élevaient en effet à près de 330 euros. Aujourd’hui, ils sont retombés sous la barre des 250 euros. Les prix d’intervention constituent l’un des outils essentiels de régulation au niveau européen. Avec ce mécanisme, les 30 000 premières tonnes de beurre et 109 000 tonnes de lait écrémé en poudre sont rachetées par l’État à un prix déterminé, appelé «prix d’intervention». Dans chaque État membre, des organismes achètent le beurre à 90% du prix d’intervention entre le 1er mars et le 31 août. En France, c’est l’Onilait, qui joue ce rôle (Office national interprofessionnel du lait et des produits laitiers).
«Sans filet de sécurité»
Pour Jean-Michel Lemétayer, la loi de modernisation agricole doit être un moyen de pallier l’insécurité que provoque la politique agricole commune. «Nous sommes sur un marché totalement libre sur le plan européen, sans aucun filet de sécurité», a-t-il argué. Avant d’insister : «Il faut qu’un certain nombre d’éléments dans la loi [LMA] soient des facteurs de sécurité.» Parmi les solutions, le président de la FNSEA évoque la nécessité d’organiser les filières. Même s’il reconnaît que cette structuration économique ne suffit pas.
En France, 95% des producteurs de porc sont par exemple organisés en groupement de producteurs, et commercialisent leur production sur un marché unique. Mais cette structuration ne les empêche pas de connaître de très graves difficultés économiques. Quant aux producteurs de fruits et légumes, qui représentent le secteur le moins structuré, ils traversent également une crise très importante.
Au-delà de la situation actuelle, les agriculteurs ont peur pour leur avenir, et notamment pour la future PAC. «Les paysans craignent que les budgets européens consacrés aux droits à paiement uniques baissent considérablement», a dit Jean-Michel Lemétayer aux députés. Ces aides sont distribuées aux agriculteurs en fonction de la surface exploitée et des aides perçues antérieurement par l’exploitation.
Des politiques européennes «sans cohérence entre elles»
Mais pour la FNSEA, l’avenir de la PAC est également lié aux négociations internationales sur le cycle de Doha. «Pour l’agriculture, un accord sur le programme Doha se traduira par une large ouverture du marché européen», peut-on lire dans un document de trente-deux pages que le syndicat a diffusé début octobre auprès des parlementaires français.
Le texte clame également qu’«il n’est pas concevable que l’on pilote les politiques européennes sans cohérence entre elles (politique agricole, politique environnementale, politique sociale, politique commerciale…)». Le syndicat fustige l’ouverture du marché à des produits importés qui ne respectent pas nécessairement les normes européennes.
A Bruxelles, la France demeure isolée dans le débat sur la future politique agricole. La Suède, les Pays-Bas et le Danemark, où l’agriculture intensive est très répandue, sont par exemple très favorables à un découplage total des aides européennes. Et l’ancien président du Copa n’ignore pas l’isolement de l’Hexagone dans les négociations.
Interrogé sur la future Commission européenne, Jean-Michel Lemétayer a d’abord refusé de se prononcer sur le nom du successeur de Mariann Fischer-Boel au poste de commissaire en charge de l’Agriculture. Avant d’ajouter : «Si on pouvait éviter un commissaire néerlandais, ce serait bien.»