La Fondation Gates défend la politique européenne d’aide au développement
La Fondation Bill et Melinda Gates vient de publier une lettre pour défendre la politique d'aide de l'UE. Selon elle, l'austérité ne doit pas empêcher de sauver des vies.
La Fondation Bill et Melinda Gates vient de publier une lettre pour défendre la politique d'aide de l'UE. Selon elle, l'austérité ne doit pas empêcher de sauver des vies.
Dans sa lettre, Bill Gates brise trois mythes qui entravent l'avancée des États les moins riches : « les pays pauvres sont condamnés à rester pauvres », « l’aide étrangère est une grosse perte d'argent », ou encore « sauver des vies provoque la surpopulation ».
« Dans l’ensemble, l’aide est un investissement fantastique, et nous devrions en faire davantage. Elle sauve des vies et en améliore les conditions avec grande efficacité », peut-on lire dans sa lettre annuelle.
Des infographies en annexe de la lettre montrent comment, depuis 2000, l'aide à l'étranger a permis d'enregistrer des avancées majeures en matière de santé, dont :
- la vaccination de 440 millions d'enfants contre des maladies évitables ;
- l'immunisation de 2,5 milliards d'enfants contre la polio ;
- l’envoi d'un traitement antirétroviral à 6,1 millions de personnes ;
- la détection et le traitement de 11,2 millions de cas de tuberculose.
Alexander Woollcombe, responsable des politiques européennes à la fondation Gates, a expliqué que la lettre avait pour objectif de contrer la déferlante de nouvelles négatives, en soulignant les progrès énormes déjà réalisés en matière de santé.
« Nous sentions que c'était le moment adéquat pour le faire, car beaucoup d’Européens remettent en cause l'importance de l'aide et du développement en temps d'austérité », a-t-il indiqué à EURACTIV.
« La fondation investit ses ressources propres dans la lutte contre les nombreux défis sanitaires auxquels est confronté le monde, mais les ressources d'autres [acteurs] sont tout aussi importantes », a-t-il précisé.
Dans son ensemble, l'UE est toujours le plus grand donateur au monde : elle dépense chaque année environ 55,2 milliards dans des programmes d’aide à l'étranger. Mais les avancées vers l’objectif d’allouer 0,7 % du revenu national brut aux aides extérieures d'ici 2015 semblent être au point mort.
Une couverture médiatique britannique peu favorable aux aides extérieures
Dans le même temps, les partis eurosceptiques et d'extrême droite en Europe gagnent du terrain en mettant face à face les dépenses en faveur des aides humanitaires à l’étranger et les coupes budgétaires réalisées dans les systèmes de protection sociale au niveau national.
« L'aide britannique est un désastre prodigieux, nous gaspillons des milliards à l'étranger alors que nous subissons des coupes drastiques au niveau national », a déclaré l'eurodéputé Godfrey Bloom de Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP).
La fondation pointe notamment du doigt une couverture « biaisée » par le Daily Mail l’année dernière. Le journal britannique avait alors révélé que plus de la moitié des Britanniques souhaitaient une réduction du budget dédié à l’aide au développement et humanitaire.
Le sondage, sur lequel se base l'article, opposait les dépenses en matière d'aide au développement aux restrictions budgétaires dans différents domaines : les retraites, l'enseignement, le soutien aux personnes âgées, ou encore les services publics en contact direct avec les populations. L'article du Daily Mail termine en approuvant la ministre britannique au Développement, Justine Greening. Celle-ci s’est engagée à réformer les engagements pris par son pays en matière d’aide :
« Madame Greening, une comptable agréée, a promis d'examiner chaque penny destiné à l'aide à l'étranger », selon l'article. « Elle a annulé des aides financières vers l'Inde et a alloué une partie du budget au soutien de programmes du maintien de la paix du ministère de la Défense », poursuit l'auteur de l'article.
Dépenses immorales
Porté par ceux qui militent en faveur des politiques d’austérité, l’UKIP, en tête dans les sondages, a intensifié sa campagne visant à couper dans les budgets d'aide à l'étranger. Selon le parti ultraconservateur, ces dépenses sont « clairement folles et immorales ».
L'UKIP affirme que le budget consacré à l'aide à l'étranger était synonyme de gaspillage et « allouait une fortune à des gouvernements corrompus », sujet abordé directement par la fondation Gates.
« Supposons que la petite corruption représente une taxe de 2 % sur le coût d’une vie sauvée. Nous devons essayer d’en réduire le montant, mais si nous n’y parvenons pas, devons-nous alors cesser de tenter de sauver des vies ? », se demande Bill Gates.
Selon le milliardaire, il y a « deux poids, deux mesures » quand après la découverte de cas de corruption, des demandes ont été introduites, au gouvernement central de ne plus soutenir financièrement des écoles de proximité.
Le Daily Mail a presque fait amende honorable lorsqu’il a consacré un article à la nouvelle lettre de la fondation Gates. Il a même également salué les 28 milliards de dollars dépensés par la fondation. EURACTIV, qui est partenaire de la Fondation Gates, fait partie des bénéficiaires.
Selon les estimations du Daily Mail, « d'ici 2035, il n'existera presque plus de pays pauvres dans le monde ».