La France appelle au soutien de l’industrie automobile européenne et au report des amendes sur les émissions de CO2
Le ministre délégué français de l’Industrie appelle à l’introduction de mesures « d’urgence » pour sauver les constructeurs automobiles européens, dont le report des amendes auxquelles ils sont susceptibles d’être confrontés l’an prochain.
Le ministre délégué français de l’Industrie, Marc Ferracci, appelle à l’introduction de mesures « d’urgence » pour sauver les constructeurs automobiles européens en difficulté, y compris le report des amendes importantes auxquelles ils sont susceptibles d’être confrontés l’année prochaine.
En visite chez ses homologues allemands à Berlin ce mardi 5 novembre, Marc Ferracci a exhorté les décideurs politiques européens à s’attaquer aux « questions urgentes » concernant l’industrie automobile, dont augmenter la demande pour les voitures électriques, garantir des conditions de concurrence équitables avec la Chine et reporter les pénalités financières.
« La Commission devrait envisager de reporter les amendes qui pourraient être payées par les constructeurs automobiles dans le cadre [des normes sur le CO2 pour les voitures] », a-t-il indiqué aux journalistes à Berlin, après une rencontre avec Bernhard Kluttig, directeur général de la politique industrielle au ministère fédéral allemand de l’Économie et de la Protection du climat.
Sur la base des objectifs actuels de l’UE en matière de réduction des émissions, les constructeurs européens doivent augmenter la proportion de véhicules électriques dans leur parc afin d’atteindre progressivement une technologie 100 % neutre en carbone d’ici 2035. La réglementation actuelle leur impose de réduire leurs émissions de 15 % d’ici 2025, faute de quoi ils s’exposeront à des amendes conséquentes.
Or, face à la baisse de la demande de véhicules électriques (VE) et à la concurrence croissante de la Chine, les producteurs européens affirment ne pas pouvoir atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 imposés par l’UE en raison des « lacunes importantes » dans l’infrastructure de recharge des VE et dans les chaînes d’approvisionnement en batterie, ainsi que de la faible demande des consommateurs.
En effet, en raison du nombre de ventes de voitures électriques inférieur aux prévisions — qui se traduit par une forte dépendance aux voitures traditionnelles à moteur à combustion — les constructeurs automobiles risquent de se voir infliger des amendes allant jusqu’à 17 milliards d’euros. De leur côté, les défenseurs de l’environnement insistent sur le fait que l’industrie serait en mesure d’atteindre l’objectif si elle concentrait ses efforts sur le marketing et le développement des produits.
La France, la République tchèque et l’Italie prêtes à se mobiliser pour l’industrie automobile
Ce week-end, les pays producteurs de voitures, la République tchèque et l’Italie, ont annoncé qu’ils demanderaient un report des amendes lors de leur rencontre avec d’autres dirigeants européens à Budapest ce vendredi 8 novembre.
Alors que la République tchèque et l’Italie espèrent également que l’Allemagne, géant automobile, se joindra à leur appel, Bernhard Kluttig a indiqué qu’il n’y avait pas encore de position définitive au sein du gouvernement allemand sur la manière de gérer les amendes sur les émissions de CO2, mais il a noté qu’il souhaitait maintenir les objectifs en matière de CO2 et aider l’industrie à faire face à la situation.
Marc Ferracci a de son côté appelé à l’élaboration de mesures au niveau européen pour aider les consommateurs à acheter une voiture électrique. « Nous proposerons des mesures dans les prochaines semaines pour soutenir la demande dans les industries de l’automobile et de l’acier », a-t-il affirmé.
En Allemagne, l’annonce la semaine dernière de potentiels licenciements massifs et de fermetures d’usines pour le plus grand constructeur automobile européen, Volkswagen, a renforcé les craintes d’un processus irréversible de désindustrialisation — qui, selon les représentants de l’industrie, a déjà commencé.
L’année dernière, Berlin a supprimé un programme d’aide aux consommateurs en raison de la crise du budget de l’État, faisant chuter les ventes de voitures électriques.
Si le plus grand des trois partis de la coalition au pouvoir — les sociaux-démocrates d’Olaf Scholz (SPD, S&D) — souhaite réintroduire ce programme, cela semble peu probable car les dirigeants du gouvernement luttent déjà pour combler un déficit budgétaire qui s’est creusé en raison de la détérioration des perspectives de croissance économique du pays.
Une réunion des dirigeants de la coalition allemande est prévue ce mercredi 6 novembre pour tenter de résoudre la crise politique en cours.
[Édité par Anna Martino]