La France dispose de 1res estimations des coûts de l’adaptation au réchauffement climatique
Le think tank I4CE a révélé vendredi (5 avril) les premières estimations françaises du coût de l’adaptation au réchauffement climatique. Au niveau européen, le sujet peine encore à s’imposer.
Le think tank I4CE a révélé vendredi (5 avril) les premières estimations françaises du coût de l’adaptation au réchauffement climatique. Au niveau européen, le sujet peine encore à s’imposer.
En 2023, les catastrophes climatiques ont coûté plus de 6 milliards d’euros aux assureurs en France. Dans les prochaines années, la facture pourrait grimper avec le réchauffement climatique.
Dans un rapport rendu au gouvernement vendredi (5 avril), le think tank I4CE estime qu’adapter l’économie au réchauffement climatique pourrait coûter 5 et 20 milliards d’euros par an à horizon 2050, dans les secteurs du bâtiment, des transports routiers et ferroviaires, et de l’agriculture végétale.
Ces premiers chiffrages sont d’autant plus importants que le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, présentera « dans quelques semaines », selon ses équipes, la 3e version du plan national d’adaptation au réchauffement climatique (PNACC).
Trajectoire et chiffre
Tout d’abord, le think tank, comme le gouvernement, se base sur une trajectoire de réchauffement de +2,7 C° en 2050 et de +4 C° en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle (1850-1900) – cela correspond aux niveaux en France sans accélération de la baisse des émissions de gaz à effet de serre.
Cependant, même avec une trajectoire précise, il est difficile d’évaluer exactement les coûts de l’adaptation au changement climatique. Les estimations dépendent de beaucoup de facteurs, comme les augmentations de températures considérées, la répartition des coûts entre les acteurs, le choix des activités à conserver et la durée de vie souhaitée des infrastructures.
Dès lors, les auteurs du rapport préviennent qu’ils sont en mesure d’apporter seulement des « éléments de chiffrage ». En revanche, ils constatent qu’il est plus intéressant d’anticiper globalement le réchauffement que de réagir spontanément – cela n’empêchera pas les coûts de réparation des dommages liés au réchauffement climatique d’augmenter.
Coûts d’anticipation : trois secteurs étudiés
Le rapport s’intéresse à trois secteurs. Dans les bâtiments, la principale mesure à effectuer est d’anticiper les risques de vague de chaleur dont l’investissement oscille entre 1 à 2,5 milliards d’euros par an pour le neuf et « plusieurs » milliards par an pour l’existant. Ces montants s’ajoutent à ceux déjà prévus dans le cadre de la rénovation énergétique.
Dans les transports routiers et ferroviaires, se prémunir contre les déformations impraticables de chaussées pourrait coûter de « quelques centaines » de millions d’euros à « quelques milliards » par an en plus des montants d’adaptation déjà prévus.
Côté agriculture végétale, le coût du maintien des rendements des principales cultures végétales françaises est d’environ 1,5 milliard d’euros par an. Les coûts de transformations plus structurelles des modèles agricoles, eux, sont « difficiles à évaluer », note le rapport.
Coûts de réparation
Outre les coûts d’anticipation, l’adaptation couvre également les coûts inéluctables de réparation. Ceux-ci devraient augmenter et demandent donc des garanties. Preuve en est le rapport accueilli mardi (2 avril) sur l’assurabilité des risques climatiques. Et sans surprises, le coût des dommages liés au climat pourrait augmenter d’environ 50 % en 2050 par rapport à aujourd’hui.
Le système assurantiel va donc devoir s’adapter et la puissance publique accompagner.
Cartographies inédites à l’appui, M. Béchu a d’ailleurs annoncé jeudi (4 avril) qu’il allait créer, courant de l’année, un fonds pour indemniser les victimes de plus en plus nombreuses du retrait du trait de côte. En France, il existe déjà le fonds, dit « Barnier », visant à financer des actions préventives de renforcement des bâtiments par exemple.
Et l’Europe ?
Au niveau européen, il est plus difficile de se saisir d’un sujet aussi granulaire. Raison pour laquelle la dernière fourchette de référence s’étend de 35 à 500 milliards d’euros par an d’investissements nécessaires d’ici à 2050, rien que pour les finances publiques.
Et selon M. Béchu, le mot « adaptation » « n’est pas un terme dont la Commission s’est pour le moment saisie », confiait-il à Euractiv en août 2023.
Bien que l’UE a dévoilé une stratégie en 2021, pour le moment, l’UE et les États membres n’en font pas assez, selon un rapport de mars 2023 de l’Agence européenne de l’environnement – instance officielle de l’UE.
Néanmoins, du fait de son importance, « je serais surpris que [l’adaptation] ne soit pas un sujet qui s’invite, ou pendant les élections européennes ou juste au-delà dans le nouvel agenda de la Commission pour les années qui viennent », concluait M. Béchu en août dernier.