La France et la Norvège sur la voie d’un accord de transport et de stockage de CO2

Le ministre de l’Industrie, Roland Lescure, s’est rendu lundi et mardi (30 et 31 octobre) en Norvège pour visiter l’installation de stockage de dioxyde de carbone (CO2) au large de Bergen et préparer un accord bilatéral d’export de CO2. Dans ses valises, une délégation d’industriels et d'acteurs du pétrole et du gaz.

Euractiv France
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Ce terminal reçoit le CO2 liquide par bateau depuis l’Europe continentale, et bientôt depuis la France, et l’injecte dans un stockage géologique stable, plusieurs milliers de mètres sous le fond de la mer du Nord. Bergen, Norvège. [Ministère de l'industrie]

Le ministre de l’Industrie, Roland Lescure, s’est rendu lundi et mardi (30 et 31 octobre) en Norvège pour visiter l’installation de stockage de dioxyde de carbone (CO2) au large de Bergen et préparer un accord bilatéral d’export de CO2. Avec lui, une délégation d’industriels et d’acteurs du pétrole et du gaz. 

En mer du Nord, la Norvège expérimente depuis 1996 le stockage de dioxyde de carbone (CO2) en couches géologiques. Depuis peu, le site de l’entreprise commune Northern Light — TotalEnergies, Equinor et Shell — est capable d’assurer l’étanchéité de ses stockages.

Dès lors, le premier projet de cette envergure dans le domaine en Europe intéresse les États membres de l’UE, en premier lieu desquels la France, soucieuse de réduire les émissions fatales de CO2 de son industrie — les émissions pour lesquelles il n’existe pas, pour l’heure, de technologies d’élimination ou de réduction signifiante.

Afin de montrer l’intérêt français pour la capture et le stockage de dioxyde de carbone (CCS), le ministre de l’Industrie, Roland Lescure, s’est rendu en personne lundi et mardi (30 et 31 octobre) en Norvège pour visiter l’installation de Northern Light en mer du Nord, au large des côtes de Bergen dans le sud-ouest du pays.

« Le ministre est le premier ministre européen non norvégien à se rendre sur le projet Northern Light », se félicite son cabinet.

À Bergen, le ministre était accompagné d’une délégation d’industriels du monde du BTP, de la chimie ou de la métallurgie, principales industries émettrices de CO2. Ces derniers ont pu discuter de futures réservations de capacités de stockage de CO2, nous apprend le ministère.

Faut-il encore que le carbone puisse être acheminé vers le site de Northern Light. C’est pourquoi les gestionnaires de réseaux de gaz Teréga et GRTgaz ont également pris part au voyage.

Ces derniers préparent le projet « Dartagnan » d’un tuyau reliant Dunkerque, dans le nord de la France, à Bergen pour acheminer du CO2.

Pour mener à bien ce projet, il sera toutefois nécessaire de modifier la convention de Londres de 1973 qui interdit l’export de substances nocives, dont le dioxyde de carbone, confie le cabinet du ministre, selon qui les discussions avancent.

Accord bilatéral pour l’industrie française

Après l’électrification des procédés industriels, le CCS est le deuxième levier technologique de décarbonation plébiscité par les 50 sites industriels les plus émetteurs de France. Il pourrait permettre de baisser leurs émissions de CO2 de 10 %, estiment-ils.

Afin de contribuer à l’essor de ces projets, M. Lescure a profité du séjour pour préparer un accord bilatéral avec son homologue norvégien, nous apprend son entourage.

« Dans la mesure où les États [norvégien et français] n’interviennent pas directement dans la réservation de capacités, l’enjeu est de fournir un cadre, une sorte de “guichet unique” pour accompagner les échanges Franco-Norvégiens », note le cabinet du ministre.

Pour le moment, les capacités de stockage de Northern Light ne sont pas opérationnelles, mais à terme, 1,5 million de tonnes de CO2 pourront être stockées en 2024, puis 5 millions en 2026.

En France, les industriels font part d’un besoin de stockage de carbone de 4 à 8,5 millions de tonnes dès 2030, puis de 15 à 20 millions de tonnes en 2050. Des chiffres qui seront retranscrits dans la stratégie CCS et l’utilisation du CO2 (CCUS), dont le ministère nous assure qu’elle sera dévoilée dans les prochains mois.

Dans cette démarche, les industriels sont accompagnés par l’État et le panier de subventions du plan France 2030. Les premiers contrats de soutien interviendront d’ici début 2024, note le ministère de l’Industrie.

En attendant, deux sites industriels français, situés dans le Pas-de-Calais, ont déjà contracté avec Northern Light pour profiter de capacités de stockages à partir de 2026.

CCS en dernier ressort

En parallèle d’un intérêt marqué pour des projets de stockage au Danemark ou encore aux Pays-Bas, les services d’État travaillent déjà à déployer de potentiels bassins de stockage en France, dans les anciennes zones pétrolières du sud de la région parisienne notamment.

D’autres infrastructures en mer pourraient être déployées proche de certains clusters industriels avant 2030.

Le CCS ne fait pas encore l’unanimité au sein des observateurs. Entre les sceptiques et les écologistes, nombreux sont ceux qui y voient une porte de sortie pour l’industrie pétrogazière, désincitée par le CCS à réduire leurs émissions de CO2. D’autres, encore, y voient une illusion technologique qui ne jouera un rôle que très marginal.

Sans acquiescer, le cabinet de M. Lescure confie que « la doctrine française est qu’il s’agit de la technologie de décarbonations de dernier recours ».

Stratégie européenne

De son côté, l’UE considère que 330 à 550 millions de tonnes de CO2 pourraient être évitées grâce au CCS chaque année à partir de 2050. À cette fin, 11 projets ont déjà été retenus dans le cadre d’un appel d’offres européen.

Une communication de la Commission européenne devrait être publiée fin 2024.

Le CCS est également reconnu comme technologie à privilégier pour décarboner l’industrie dans le Net-Zero Industry Act dévoilé en mars dernier visant à réduire les émissions de carbone de l’industrie en Europe.

Le texte doit encore faire l’objet d’un vote au Parlement européen, avant d’être porté devant les États membres et la Commission européenne pour des négociations tripartites.