La gauche tentée par le « vote efficace » de Jean-Luc Mélenchon

Il reste désormais quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, et de nombreux électeurs de gauche sont dans l’incertitude, entre le barrage à l’extrême droite et le vote de conviction.

Euractiv France
French presidential candidate Jean-Luc Melenchon campaign in Lille
Le candidat La France Insoumise (LFI) à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, pendant son meeting de mardi 5 avril à Lille. Il a été retransmis dans douze villes au total, grâce à un hologramme. [EPA-EFE/Mohammed Badra]

Il reste désormais quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, et de nombreux électeurs de gauche sont dans l’incertitude, entre le barrage à l’extrême droite et le vote de conviction.

Aujourd’hui comme en 2017, l’électorat de gauche semble se partager en grande partie entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. À chaque élection présidentielle son « vote utile », exprimé au profit du candidat qui est le mieux placé de son propre camp politique, même si ce n’est pas le plus proche de ses propres idées.

Ces derniers temps, Jean-Luc Mélenchon, qui refuse la qualification « vote utile », a largement axé sa campagne autour de la notion de « vote efficace », même si l’idée reste la même. Et pour convaincre les indécis de gauche, il a sorti l’argument massue, notamment lors de ses derniers meetings : battre l’extrême droite dès le premier tour. Et le président sortant Emmanuel Macron au second.

Il espère ainsi créer la surprise dès ce dimanche, en éliminant Marine Le Pen. De quoi tenter sérieusement l’électorat de gauche, qui n’a pas vu un candidat vraiment de gauche au second tour de l’élection présidentielle depuis maintenant 10 ans.

Un vrai casse-tête pour les électeurs sociaux-démocrates et les écologistes. Christine, retraitée de la fonction publique et électrice historique de la gauche, a voté socialiste toute sa vie, depuis la victoire de François Mitterrand en 1981 jusqu’à l’échec cuisant de Benoît Hamon en 2017. Ce dernier avait alors réuni un peu plus de 6 % des suffrages, alors qu’en 2012 François Hollande dépassait les 28 % au premier tour, et a ensuite remporté l’élection.

Elle a partagé avec nous son raisonnement, qui s’entend de plus en plus depuis quelques jours.

S’il n’est pas question de « signer un blanc-seing à [Emmanuel] Macron [dès le premier tour] », elle se dit « consciente de l’urgence écologique et [elle est] donc tentée par la candidature de [Yannick] Jadot ». Mais elle a finalement choisi de voter pour M. Mélenchon « à contrecœur, ça me coûtera beaucoup », détaille-t-elle, pour que la gauche soit « au moins représentée » au second tour de cette élection présidentielle.

L’engagement du candidat de La France Insoumise pour la transition écologique a été déterminant dans son choix, même si son appartenance à la gauche radicale et ses positions anciennement conciliantes à l’égard de Vladimir Poutine, anti-atlantistes et parfois même « eurosceptiques », la laissent pour le moins « perplexe ».

Mais Jean-Luc Mélenchon assume aussi s’adresser aux électeurs de Marine Le Pen – le meilleur moyen de la faire baisser dans les résultats finaux. Dans son meeting de mardi soir à Lille (5 avril), retransmis dans onze autres villes grâce à un hologramme, il a vivement attaqué la candidate du Rassemblement national.

Il en appelle aux « fâchés pas fachos », qui partagent avec lui la même déception, voire la même colère, vis-à-vis d’Emmanuel Macron, mais qui ne sont pas sincèrement d’extrême droite et qui la votent faute de mieux.

La stratégie est pour le moment en partie payante, puisqu’il bénéficie d’une dynamique positive dans l’opinion. Son problème est qu’il en est de même pour Marine Le Pen, qui progresse au moins autant que M. Mélenchon dans les intentions de vote, gardant solidement la deuxième place.

Les autres candidats de la gauche, tous largement en dessous de la barre des 10 % dans les intentions de vote, essaient de rassurer leurs électeurs potentiels, en les poussant à suivre leurs convictions plutôt que les études d’opinion et les appels au vote utile – ou efficace.

En marge d’un déplacement dans un logement social en banlieue parisienne lundi, le communiste Fabien Roussel lançait un appel : « laissez les gens voter pour leurs idées […] la liberté de vote, c’est la plus belle [des libertés] ».

Ainsi, pour déjouer les pronostics, Jean-Luc Mélenchon compte sur une mobilisation de dernière minute des abstentionnistes, notamment de la jeunesse qui lui est plutôt favorable, et tente de tirer profit d’une stratégie du « tout sauf Macron », sur laquelle joue aussi sa principale rivale pour l’accès au second tour, Marine Le Pen.