La guerre a renforcé les capacités d'exportation de maïs de l'Ukraine, selon les experts
Selon les experts présents au Congrès européen du maïs mercredi dernier (15 mai), la guerre en Ukraine a paradoxalement épargné la production de maïs et avantagé ses exportations. Une dynamique qui devrait renforcer la dépendance de l’UE à son égard.
Selon les experts présents au Congrès européen du maïs mercredi dernier (15 mai), la guerre en Ukraine a paradoxalement épargné la production de maïs et avantagé ses exportations. Une dynamique qui devrait renforcer la dépendance de l’UE à son égard.
Alors que le maïs ukrainien est la céréale qui fut plus touchée par les blocages de la mer Noire au début de la guerre, les exportations ont retrouvé des couleurs, ont convenu des experts lors du Congrès européen du maïs qui s’est tenu à Paris mercredi.
« L’Ukraine s’est renforcée d’un point de vue logistique. En plus du port d’Odessa qui a réalisé un record avec 5,4 millions de tonnes exportées le mois dernier, elle a développé le transport en camion, en train via les corridors », a déclaré Arthur Portier, consultant spécialisé dans les marchés agricoles, lors de la réunion.
Les bombardements du port d’Odessa et de Mycolaiv — 4 terminaux sur 5 ont été détruits — ont poussé les investisseurs à développer d’autres ports comme Izmail et Reni dans le delta du Danube. Ces derniers ont ainsi vu leurs exportations de maïs passer de zéro à 1,5 million de tonnes par mois aujourd’hui.
En plus des ports, les corridors routiers acheminent désormais hors du pays 6 à 7 millions de tonnes — des volumes proches de ceux d’avant-guerre.
« Le rythme de croisière actuel de 27 millions de tonnes produites par an en Ukraine pourrait se stabiliser au cours des prochaines campagnes », prévoit Arthur Portier.
Cette bonne santé de la filière ukrainienne n’est pas seulement due aux exportations florissantes : contrairement au blé, dont 20 % des cultures sont situées dans les zones occupées par la Russie, le maïs est principalement cultivé dans le nord du pays, épargné par la guerre.
Dépendance
Selon les spécialistes, la dépendance de l’UE au maïs ukrainien devrait s’accentuer dans les années à venir. D’abord parce que la production européenne stagne, autour de 66 millions de tonnes, alors même que la demande augmente dans le monde entier, principalement dans les pays non producteurs tels que l’Afrique subsaharienne.
Entre 2021 et 2023, la part de l’Ukraine dans les importations hors UE de maïs est déjà passée de 51 % à 62 %, au détriment du Brésil, second exportateur, d’après Eurostat.
Face à l’afflux de céréales ukrainiennes dans l’UE, les agriculteurs, en particulier des pays frontaliers comme la Pologne ou la Roumanie, ont demandé des protections pour leurs propres filières.
« Nous avons fait une demande d’introduire des certificats d’exportation pour tous les produits arrivant d’Ukraine, pour avoir des chiffres, faire des suivis. Mais la Commission a manqué de courage. Mme Von der Leyen disait que cela pourrait donner un signal de restriction pour l’Ukraine », a déclaré l’eurodéputé roumain et ancien commissaire à l’Agriculture Dacian Cioloș (Renew).
Si l’UE a accordé dernièrement de nouvelles exemptions de droits de douane avec l’Ukraine, des « mécanismes de sauvegarde » ont finalement été prévus pour protéger les produits « particulièrement sensibles », comme le maïs et d’autres céréales.
Le mécanisme plafonne ainsi les volumes d’importation aux niveaux moyens importés par l’UE entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2023. Au-delà de ces seuils, les droits de douane sont rétablis.
Mais contrairement au blé ukrainien, dont les importations ont sérieusement impacté les filières de l’Union, et qui n’a pas été pris en compte dans le mécanisme au grand dam des producteurs, l’Europe a besoin d’importer du maïs. Les filières européennes sont donc moins affectées.
Vers une puissance exportatrice Europe-Ukraine ?
Dans ce scénario, une hypothétique intégration de l’Ukraine dans l’UE changerait la donne, admettent les spécialistes. « On se retrouverait à produire 118 millions de tonnes de maïs, alors que le Brésil en produit 122 millions. Nous deviendrions un grand producteur et exportateur mondial », souligné Arthur Portier.
L’ancien commissaire européen Dacian Cioloș propose que la prochaine Commission nomme un « envoyé spécial » en Ukraine pour une période de 2 à 3 ans dont l’objectif serait d’assurer la cohérence des politiques des deux puissances dans le cadre d’un plan de reconstruction.
« L’Ukraine peut renforcer l’Europe plutôt que de l’affaiblir, si nous le faisons intelligemment, en s’y prenant en avance et en redéfinissant les politiques publiques », conclut l’eurodéputé roumain, qui attend du futur exécutif européen des réponses rapides sur la question.