La législative partielle en Ariège révèle les divisions au cœur du Parti socialiste

Fait rare dernièrement, ce sont deux candidates de gauche qui s’affrontent dans la première circonscription de l'Ariège dimanche. Ce qui devrait être une bonne nouvelle pour la gauche est en réalité un cadeau empoisonné pour le Parti socialiste, qui peine à masquer ses divisions.

Euractiv France
Question Time at French National Assembly
Bénédicte Taurine, députée sortante La France insoumise (LFI), à l'Assemblée en 2020. [EPA-EFE/CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / POOL MAXPPP OUT]

Fait rare dernièrement, deux candidates de gauche s’affronteront dans la première circonscription de l’Ariège dimanche (2 avril). Ce qui devrait être une bonne nouvelle pour la gauche est en réalité un cadeau empoisonné pour le Parti socialiste, qui peine à masquer ses divisions.

Le second tour de l’élection législative partielle en Ariège, ce dimanche, donne des maux de tête aux socialistes depuis bientôt une semaine.

Rappelés aux urnes après l’annulation de l’élection par le Conseil constitutionnel, les électeurs de la 1ère circonscription de l’Ariège, en Occitanie, ont placé en tête du premier tour deux candidates de gauche, Bénédicte Taurine et Martine Froger.

La députée sortante Bénédicte Taurine (La France insoumise, LFI) est soutenue par la NUPES, alliance des gauches à l’Assemblée nationale. À ce titre, elle a reçu la bénédiction du premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, au nom de la direction du parti.

Mais Martine Froger, la candidate qui fait face à Bénédicte Taurine, est une dissidente issue du PS lui-même, une figure locale, soutenue par Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie et par les détracteurs du premier secrétaire.

Olivier Faure appelle même au « désistement républicain » de Martine Froger au profit de la candidate LFI. Dans un communiqué, sa direction explique que « les duels à gauche ne peuvent être arbitrés par la droite et l’extrême droite ». Cela se réfère au fait que les deux candidates étant de gauche, les reports de voix des candidats battus proviendraient essentiellement de l’extrême droite et du centre, qui détermineront donc qui est la gagnante.

La situation révèle une fois de plus les dissensions existantes au sein du PS, exacerbées lors du congrès chaotique du parti, qui a vu le premier secrétaire actuel Olivier Faure affronter Nicolas Mayer-Rossignol.

Désormais numéro 2 du parti, ce dernier était soutenu par un certain nombre d’élus socialistes dissidents ou rétifs à l’alliance avec LFI au sein de la NUPES. C’est donc logiquement que, dans un entretien accordé vendredi (31 mars) à La Dépêche du Midi, M. Mayer-Rossignol cingle contre le premier secrétaire Olivier Faure : « Quand on est socialiste, on soutient les socialistes. »

Avec lui, le maire de Montpellier Michaël Delafosse refuse de lâcher une candidate socialiste, bien que son adversaire insoumise soit soutenue par la NUPES. S’agissant d’un second tour entre deux personnalités de gauche, « il n’y a pas de risque  d’extrême droite », explique-t-il sur Public Sénat. Cela rendrait alors inopérantes les demandes de désistement. La gauche socialiste « ne doit pas se taire, ne doit pas se mettre dans l’ombre d’un populiste [Jean-Luc Mélenchon] », poursuit-il.

La cheffe de la fédération socialiste de Paris, Lamia El Aaraje, considère que la stratégie LFI à l’Assemblée nationale a conduit à « des outrances, des vociférations, des invectives qui ne correspondent pas à notre façon de faire de la politique ».

Sur le fond, elle juge la candidature de Bénédicte Taurine problématique en ce que l’insoumise « est une antivax, qui s’est opposée à la vaccination, […] qui a défilé avec des Indigènes de la République, qui a voté une résolution disant qu’Israël est un État d’Apartheid ».

Pour ces raisons, entre autres, le parti présidentiel Renaissance — dont la candidate a été largement devancée par la gauche et l’extrême droite (10,69 %) — a donné une consigne de vote en faveur de la socialiste dissidente dès dimanche soir. « L’ensemble des forces républicaines et démocrates doivent se rassembler autour de la candidature [de Martine Froger] face au projet de rejet, de division et d’insurrection porté par La France insoumise », peut-on lire dans un communiqué envoyé à la presse.

Cela prouverait, selon les soutiens de Bénédicte Taurine, que la dissidente socialiste Martine Froger serait soutenue par la majorité présidentielle. L’intéressée réfute cette accusation, ayant notifié à la direction qu’elle souhaite siéger dans le groupe socialiste, explique Lamia El Aaraje.

L’issue du scrutin est incertaine, les reports de voix et la mobilisation de l’électorat défait pouvant faire basculer le résultat. Quelle que soit l’issue du résultat, l’ambiance risque d’être au beau fixe dans la maison socialiste lundi matin.