La loi allemande relative au GNL critiquée par les ONG environnementales

Le gouvernement allemand est sur le point de promulguer une loi qui accélérera la construction d’infrastructures de GN. L’Allemagne pourra alors importer du GNL depuis n’importe où, ce qui suscite l’inquiétude des ONG environnementales.

EURACTIV.com
One of the first German LNG terminals is to be built in Stade
La ville de Stade est l'un des nombreux endroits qui pourraient bientôt disposer d'un terminal de GNL si la loi allemande relative au GNL est adoptée par le Parlement, tandis que les ONG s'inquiètent du risque de s'enfermer dans les combustibles fossiles. [EPA-EFE/FOCKE STRANGMANN]

Le gouvernement allemand, désireux de réduire sa dépendance au gaz russe, est sur le point de promulguer une loi qui accélérera la construction d’infrastructures de gaz naturel liquéfié (GNL). L’Allemagne pourra alors importer du GNL depuis n’importe où, ce qui suscite l’inquiétude des ONG environnementales qui craignent de prolonger encore davantage sa dépendance à l’égard des combustibles fossiles.

En vue du prochain hiver, la période que le gouvernement de Berlin redoute le plus, autoriser la construction accélérée d’infrastructures de gaz liquéfié est une priorité absolue. L’Allemagne pourrait alors regazéifier du gaz liquide en provenance du Canada ou du Qatar en cas de besoin et éliminer le casse-tête de l’approvisionnement énergétique tout en en provoquant de nouveaux pour les militants écologistes.

« Aujourd’hui plus que jamais, nous devons faire reposer notre approvisionnement énergétique sur des piliers plus solides », a indiqué le vice-chancelier Robert Habeck début mai, soulignant le caractère essentiel des efforts visant à développer les énergies renouvelables parallèlement à la mise en place d’une structure pour l’importation de GNL.

La nouvelle loi permettrait aux autorités publiques de « renoncer à certaines exigences procédurales » rendues obligatoires par la législation européenne, comme les évaluations d’impact environnemental. Le ministère allemand a ajouté qu’il considérait que cette mesure était conforme à la loi, compte tenu des circonstances exceptionnelles. Le Parlement allemand devrait donner son feu vert dans la nuit de jeudi à vendredi (19 mai).

Le problème qui se dessine ici est que le gouvernement espère mettre en place une infrastructure GNL si importante qu’elle éclipserait l’ampleur des importations russes qu’il entend remplacer.

En 2021, les importations russes s’élevaient à 46 milliards de mètres cubes (mmc), alors que le gazoduc du projet GNL, une fois achevé, se traduirait par une capacité de regazéification d’au moins 70 mmc et que les autorisations du terminal dureraient jusqu’à la fin de 2043.

Certaines des ONG allemandes les plus influentes dans le domaine du climat, déçues et inquiètes par le projet, n’ont pas mâché leurs mots.

« [Cette loi] nous enferme dans une planification démesurée et néfaste pour le climat », a averti Olaf Bundt, président de BUND, une ONG qui compte près d’un demi-million de membres et de sympathisants. S’appuyant sur l’argument de l’enfermement, Christoph Heinrich du WWF a noté que « selon le projet de loi, les terminaux GNL doivent obtenir un permis à terme jusqu’au 31.12.2043 ».

D’ici 2045, l’Allemagne est légalement tenue d’être neutre sur le plan climatique. Elle a justifié les terminaux en déclarant qu’ils pourraient facilement importer de l’hydrogène « vert » pour remplacer le gaz fossile.

M. Heinrich a toutefois exprimé ses doutes quant à la capacité de l’infrastructure GNL à passer à l’hydrogène « vert » climatiquement neutre. « La loi n’oblige pas les exploitants de terminaux GNL à les rendre compatibles avec l’hydrogène, ils ne devraient donc pas être qualifiés de compatibles avec l’hydrogène », a-t-il déclaré.

L’évaluation des impacts environnementaux étant suspendue dans le but d’accélérer les projets de GNL, les militants s’inquiètent des retombées sur d’autres types de projets d’infrastructure.

« Cette approche ne doit certainement pas être considérée comme un modèle pour tous les futurs projets d’infrastructure », a souligné Jörg-Andreas Krüger, président de NABU, une autre ONG environnementale.

« Plus que jamais, les crises de la nature et du climat doivent être mises en avant dans toutes les décisions prises aujourd’hui et à l’avenir », a-t-il poursuivi.

Les ONG de défense de l’environnement prévoient déjà de porter plainte et d’utiliser toutes les voies légales pour mettre un terme à ces projets. Le vice-chancelier allemand Robert Habeck a pris cette perspective suffisamment au sérieux pour lancer un avertissement aux écologistes.

« Ici, je voudrais expressément prévenir qu’il ne faut pas intenter de procès contre [l’infrastructure GNL] », a averti Habeck à RTL plus tôt en mai.

« Si nous n’avons pas les terminaux GNL, et si le gaz ne vient pas de Russie, la sécurité de l’approvisionnement en Allemagne n’est pas garantie », a-t-il ajouté.