La Macédoine du Nord vote pour un double scrutin crucial pour son avenir européen

Le deuxième tour de l’élection présidentielle et les législatives qui se tiennent mercredi (8 mai) en Macédoine du Nord pourraient avoir un impact crucial sur les espoirs de ce pays pauvre des Balkans de devenir membre de l’Union européenne.

EURACTIV France avec AFP
North Macedonia vote in Parliamentary and second round of Presidential elections
Une femme vote pour les élections législatives et le deuxième tour des élections présidentielles dans un bureau de vote de Skopje, en République de Macédoine du Nord, le 8 mai 2024. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Le deuxième tour de l’élection présidentielle et les législatives qui se tiennent mercredi (8 mai) en Macédoine du Nord pourraient avoir un impact crucial sur les espoirs de ce pays pauvre des Balkans de devenir membre de l’Union européenne.

Les bureaux de vote ont ouvert à 7 h (heure locale, 5 h GMT).

Un retour au pouvoir de l’opposition de droite, qui a le vent en poupe pour ce double scrutin, raviverait notamment les tensions avec la Grèce et la Bulgarie voisines, ce dernier pays posant ses conditions pour faire avancer les négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE.

Le parti nationaliste de droite Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure — Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE), dont la candidate Gordana Siljanovska-Davkova est arrivée largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle le 24 avril, est sur une trajectoire favorable pour le deuxième tour et les élections législatives qui se tiendront simultanément mercredi.

Le chef du parti, Hristijan Mickoski, a refusé de reconnaître le nouveau nom du pays qui s’appelle Macédoine du Nord conformément à un accord historique signé en 2018 avec la Grèce pour mettre fin à une querelle de longue date entre Skopje et Athènes.

Il a également promis de faire preuve de fermeté dans un bras de fer qui oppose Skopje à la Bulgarie qui a bloqué au cours des deux dernières années les négociations en vue d’une adhésion de la Macédoine du Nord à l’Union européenne.

Depuis qu’il a pris la direction du VMRO-DPMNE en 2017, M. Mickoski a reconstruit un parti ébranlé après la fuite de son ancien chef et ex-Premier ministre Nikola Gruevski, accusé de corruption et qui a trouvé asile dans la Hongrie dirigée par Viktor Orbán.

M. Mickoski a également promis de donner la priorité à l’économie et de créer des dizaines de milliers d’emplois, un message auquel sont sensibles de nombreux électeurs de ce pays pauvre touché par une inflation galopante.

Au cours des deux dernières décennies, la Macédoine du Nord a perdu environ 10 % de sa population en raison d’une émigration massive, les jeunes n’y ayant que peu de perspectives d’avenir.

Tensions ethniques

« Le VMRO-DPMNE dispose d’un grand avantage et a la possibilité d’obtenir une mobilisation encore plus large des électeurs », estime l’analyste politique Xhelal Neziri.

Au cours de la campagne, M. Mickoski a recouru à une rhétorique de plus en plus incendiaire à l’égard de l’Union démocratique pour l’intégration (DUI), principal parti albanais du pays, suscitant la crainte que ses propos inflammatoires ne compromettent les fragiles relations interethniques dans le pays.

Les Albanais représentant plus d’un quart de la population de 1,8 million d’habitants. Le chef de la DUI Ali Ahmeti a dirigé une courte rébellion armée en 2001 pour obtenir plus de droits pour les Albanais.

Depuis la déclaration de l’indépendance en 1991, les gouvernements successifs de l’ancienne république yougoslave ont respecté une règle non écrite selon laquelle un parti albanais doit être inclus dans une coalition gouvernementale.

La DUI, ainsi qu’une coalition de partis des minorités, semble en mesure de capter le plus grand nombre de votes albanais, même si M. Mickoski a traité ses dirigeants de « voleurs ».

Débloquer les négociations avec l’UE

Les sociaux-démocrates de centre-gauche au pouvoir (Union sociale-démocrate de Macédoine, SDSM) ont prévenu que l’issue des élections serait décisive pour l’avenir européen de la Macédoine du Nord, mais ils ont eu du mal à reprendre l’initiative depuis leur défaite au premier tour de l’élection présidentielle.

« Ces élections détermineront pratiquement l’avenir de la Macédoine, si nous nous dirigeons vers une société progressiste, vers l’UE, ou si nous nous tournons vers une époque révolue où nous avons connu l’isolement et les conflits ethniques », a déclaré l’ancien Premier ministre et chef du SDSM Dimitar Kovacevski.

Le SDSM fonde son avenir politique sur la promesse que ses dirigeants sont capables de débloquer les négociations en vue d’une adhésion à l’UE et de régler le contentieux avec la Bulgarie.

Sofia a refusé de soutenir l’ouverture de négociations d’adhésion entre Skopje et l’UE tant que la Macédoine du Nord ne reconnaîtra pas sa toute petite minorité bulgare dans sa Constitution.

Les sociaux-démocrates ont tenté d’introduire des amendements à la loi fondamentale, mais n’ont pas réussi à recueillir le nombre de voix nécessaires.

Au-delà des disputes politiques et des tensions ethniques, de nombreux électeurs espèrent un avenir plus prospère.

« J’espère que le gouvernement travaillera sérieusement à l’amélioration du niveau de vie », a déclaré à l’AFP Ivana Trajcev, 42 ans, qui travaille dans les finances. Les prochains dirigeants du pays doivent « créer les conditions pour que les jeunes aient des chances égales et meilleures pour progresser », estime-t-elle.