La numérisation du secteur public tchèque est lancée, mais la tâche s’avère ardue
L’Agence du numérique et de l’information (DIA) de la République tchèque s’est fixé des objectifs ambitieux, mais des obstacles subsistent sur la voie d’une administration publique dématérialisée pleinement opérationnelle.
L’Agence du numérique et de l’information (DIA) de la République tchèque s’est fixé des objectifs ambitieux, mais des obstacles subsistent sur la voie d’une administration publique dématérialisée pleinement opérationnelle, tels que les bas salaires dans la fonction publique et le manque d’experts.
La DIA est entrée en service au début du mois d’avril. Dans un futur proche, elle devrait être chargée de l’ensemble de la numérisation de l’État, c’est-à-dire de l’accès numérique aux services gouvernementaux et aux plateformes en ligne, ainsi que de la gestion du vote électronique et des déclarations d’impôts automatisées.
Jusqu’à présent cependant, le fonctionnement de la DIA n’a pas été optimal en raison d’un manque de fonctionnaires qualifiés, de la politisation des questions techniques et de politiques internes divergentes entre organismes publics.
Il n’est pas encore certain que l’État tchèque soit en mesure de relever le défi de sa numérisation. Cependant, certains aspects peuvent déjà faire l’objet d’une évaluation, tels que les choix effectués en termes de priorités, d’approches ou de ressources humaines.
De l’identification électronique à l’administration en ligne
Pendant longtemps, l’innovation phare de l’approche tchèque de la numérisation a été l’outil « my ID », une version électronique simplifiée de la carte d’identité. Bien qu’il ne remplaçait pas complètement la carte, cet outil facilitait certaines interactions avec les entités publiques, comme l’accès à une carte de santé électronique.
Depuis que le vice-Premier ministre chargé du Numérique, Ivan Bartoš, du Parti Pirate tchèque, a pris ses fonctions, les efforts ont été concentrés sur la création d’une agence gouvernementale réunissant des experts du monde numérique afin d’élaborer des plans pour une administration publique dématérialisée.
Malgré des complications telles que l’agression russe en Ukraine, qui a provoqué plusieurs crises simultanées, Ivan Bartoš a relevé son pari. Après de nombreuses négociations politiques et professionnelles, la DIA a été lancée en janvier et le passage à l’échelle de ses opérations a débuté au début du mois d’avril.
« Nous soutenons depuis longtemps la création de l’Agence du numérique et de l’information, car il s’agit d’une organisation importante qui a le potentiel de contribuer à des changements transformationnels majeurs dans l’administration publique, où nous nous heurtons à une organisation fortement silotée », a déclaré Eva Pavlíková, directrice de l’organisation Česko.Digital, une communauté d’experts en technologies de l’information.
Toutefois, le projet est encore loin d’être achevé.
« La DIA a encore beaucoup de travail à effectuer, et comme elle n’est en fonction que depuis un peu plus d’un mois, il est impossible d’évaluer ses performances. Cependant, je suis confiant que la validation de la vision et des premiers jalons permettront à la numérisation d’enfin prendre l’envergure qu’elle mérite », a confié M. Bartoš à EURACTIV République tchèque.
Le principal projet sur lequel la DIA travaille cette année et sur lequel elle continuera certainement à travailler l’année prochaine est l’« eDoklad » (ou « eDocument »), qui étend l’identité numérique de l’outil « my ID » à une carte d’identité à part entière, disponible sur téléphone portable. Pourtant, malgré la volonté technique et financière de l’Agence de développer cette application, l’État ne s’est pas mis en ordre de marche pour accepter légalement les documents dématérialisés.
« La loi parle encore du document [d’identité] comme d’une carte plastique. Cela devrait changer d’ici la fin de l’année. L’objectif est que la loi place le document numérique sur un pied d’égalité avec le document physique », a ajouté M. Bartoš.
Ce changement règlementaire est censé anticiper le cadre d’identité numérique européen, une initiative législative de l’UE visant à établir des cartes d’identité électroniques interopérables, qui se trouve actuellement dans la dernière phase du processus législatif.
Dans une autre mesure, pour Mme Pavlíková, le recrutement des experts adéquats sera un frein à la capacité de la nouvelle agence de s’acquitter de ses nouvelles tâches.
« Dans une période où le taux d’emploi est faible et où les salaires dans l’administration publique sont bas, il sera très difficile de [recruter des experts] sans un changement radical au niveau des salaires » de ceux-ci, a-t-elle prévenu.
À cet égard, M. Bartoš a déclaré que 50 employés supplémentaires avaient déjà été recrutés en plus des 200 employés actuels et que le gouvernement s’efforçait de rendre le secteur public plus attrayant en proposant des emplois plus flexibles, à temps partiel ou acceptant le télétravail.
Le moment de passer à la vitesse supérieure
Les experts avertissent que la numérisation des documents ne doit pas être le seul objectif de la DIA.
« Le contact avec l’administration publique devrait être entièrement dématérialisé. Par exemple, vous recevrez une déclaration d’impôts préremplie, et les citoyens la confirmeront ou la rejetteront. Tout cela sera également conforme aux standards de sécurité des données et au respect des droits des personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas utiliser la communication numérique pour une raison ou une autre », a affirmé Mme Pavlíková.
L’un des principaux problèmes liés à la numérisation de la République tchèque est la nécessité d’augmenter le nombre de travailleurs qualifiés. Les responsables politiques évoquent souvent leur volonté de réduction du nombre de fonctionnaires ou de leurs salaires, ce qui fait hésiter nombre de citoyens à passer la porte de la fonction publique.
« Ensuite, nous constatons qu’une personne qui gère un projet de plusieurs milliards reçoit un salaire de 45 000 couronnes tchèques [1 900 euros]. Cette situation n’est pas viable. La dématérialisation ne se fera pas toute seule, nous devons avoir des gens pour faire le travail. Et ces personnes doivent bénéficier de conditions adéquates », a souligné M. Bartoš.
Selon la directrice de Česko.Digital, pour développer une administration dématérialisée, les Tchèques devraient changer d’approche quant au pilotage de leurs grands projets.
« Au lieu de rattraper la numérisation du passé, nous devons nous tourner vers l’avenir », a souligné Mme Pavlíková.