La nutrition reste le parent pauvre de l'aide au développement en France
A l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, une table-ronde était organisée à l'Assemblée nationale autour du thème de la sous-nutrition. L'effort de la France en la matière pourrait être plus prononcé.
A l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, une table-ronde était organisée à l'Assemblée nationale autour du thème de la sous-nutrition. L'effort de la France en la matière pourrait être plus prononcé.
« C’est un fléau sournois, ténu, mais qui peut provoquer la mort. La mobilisation contre la sous-nutrition est cruciale pour 29 millions d’enfants qui en souffrent dans le monde. »
Pour Anne-Yvonne Le Dain, députée de l’Hérault et membre du groupe d’amitié France-Sénégal, la question de la malnutrition devrait être prioritaire, parce que c’est une maltraitance.
De retour d’une visite au Sénégal, à l’invitation d’Action contre la Faim et Avocats pour la Santé dans le monde, la députée a tenté d’alerter l’opinion sur un sujet encore discret à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation.
Une table ronde était organisée hier à l’Assemblée nationale sur le sujet. Car malgré ses engagements théoriques, en matière d'aide au développement la France porte peu son effort sur la malnutrition.
La France porte peu ses efforts sur la malnutrition
Selon Action contre la Faim, seulement 2 % de l’Aide publique au développement (APD) française se porte sur la question de la nutrition, soit seulement 160 millions d’euros sur un budget total de 9 milliards d’euros mobilisés par la France.
L’efficacité de la lutte contre la malnutrition est pourtant incontestée. « On peut faire baisser la mortalité infantile très vite », rappelle Michèle Barzach, présidente d’Unicef France, « alors que la perte de PIB pour l’Afrique est estimée à 25 milliards d’euros ! ».
La malnutrition fait des dégâts sérieux, en terme de vie humaine. Le nombre de vies perdues chaque année en raison de la malnutrition est estimé à 2,5 millions, tandis que les enfants qui en sont victimes accusent un retard de développement.
Une efficacité incontestée
Les troubles engendrés peuvent être des retards de croissance ou des problèmes cognitifs, mais ils pénalisent, dans tous les cas, le futur des enfants atteints. « Il ne faut pas oublier que tout se passe dans les 1000 premiers jours pour la formation du cerveau…donc il faut attaquer le sujet chez les mères et les enfants, qui sont les plus vulnérables » assène Michèle Barzach.
Au Sénégal, des programmes d’accueil à l’hôpital de la mère et de l’enfant ont été mis en place, qui permettent de rétablir relativement rapidement la santé des tout petits.
« Nous traitons le problème très sérieusement depuis 1995, avec un succès important pour 60 % de la population » explique Abdoulaye Ka, coordinateur de la cellule de lutte contre la malnutrition au Sénégal, venu témoigné de son expérience.
« Mais nous avons dans certaines régions, notamment dans le nord-est du pays, des problèmes de malnutrition aïgue que nous avons du mal à traiter, et dont les causes sont compliquées à identifier. Souvent, il y a à la fois des problèmes de pauvreté et d’accès à une eau saine qui se conjuguent » poursuit le coordinateur.
Passer le cap du discours
Reste que les financements consacrés à la lutte contre la malnutrition ont du mal à suivre. La crise financière des pays du Nord se répercute sur les budgets consacrés au développement, à l'image de la France qui a vu le budget 2014 dédié à l'APD régresser.
« Nous essayons d’avoir une vision globale du sujet de l’alimentation, notamment sur la disponibilité des aliments » soutient Frédéric Bontemps, directeur du développement et des biens publics mondiaux au Ministère des Affaires étrangères.
«Et nous tentons de faire avancer cette idée au niveau international, comme au sein de l’initiative SUN (Renforcement de la Nutrition). D’ici la fin de l’année, l’Agence française de Développement devrait intégrer la variable de la nutrition dans tous ses projets d’Afrique de l’Ouest. Enfin nous poussons aussi l’idée de la mise en place d’une couverture sanitaire universelle : la santé et la nutrition forment un ensemble ».
Le fonctionnaire rappelle aussi que des fonds récoltés par la Taxe sur les Transactions Financières sont orientés vers la nutrition.
Pour Bruno Rivalan, responsable du plaidoyer pour Avocats pour la santé dans le monde, l’initiative Solidarité Santé Sahel financée par la TTF se concentre certes sur la santé, mais ne fait pas de la nutrition une priorité. Ce qui a une réelle importance en terme d'impact de l'aide. De même, les 500 millions promis par la France dans le cadre de l'aide maternelle et infantile sont utilisées à 82 % sur d'autres types d'aides, souvent moins efficaces en terme de vies protégées par exemple.
« La France n’intègre pas assez ce volet dans son programme d’aide. Pourtant, son coût est faible. Nous savons qu’il y a des problèmes budgétaires, il faut désormais aller vers plus d’efficacité ! » assure le responsable d'ONG.
L’évaluation et le retour sur investissement de l’aide au développement ont aussi été évoqués, alors que l’efficacité de l’aide a été mise en cause, notamment par un rapport de la Cour des comptes française.
La question de la pérennité des aides et du soutien au terrain posent problème, reconnait Jean-René Marsac, député d’Ille et Vilaine et vice-président du groupe d’étude coopération et aide au développement.
« Mais nous avons bon espoir de corriger le tir, notamment avec la loi d’orientation et de programmation de l’aide au développement, prévue pour début 2014. Ce sera le moment de se mobiliser pour faire avancer ces idées, ainsi que celle de la transparence et de l’évaluation de l’aide au développement » estime le député.