La part du bio dans l’alimentation des Français continue de chuter

Selon les chiffres actualisés de l’Agence bio dévoilés jeudi (1er juin), la part du bio dans l’alimentation continue de chuter en France pour atteindre 6 % en 2022, loin derrière certains pays de l’UE.

Euractiv France
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Si la France reste toujours première en Europe en termes de surface bio cultivée, et seconde derrière l’Allemagne sur le marché, elle se trouve désormais, avec 6 %, à la 5e place en matière de consommation, derrière le Danemark (13%), Autriche (11%), Luxembourg 11%, Suède 8 % et Allemagne 6,5 %. [monticello / Shutterstock]

Selon les chiffres actualisés de l’Agence bio dévoilés jeudi (1er juin), la part du bio dans l’alimentation continue de chuter en France pour atteindre 6 % en 2022, loin derrière certains pays de l’UE.

Les indicateurs du label vert sont au rouge. D’après les derniers chiffres de l’Agence bio – organisme en charge du développement et de la promotion de l’agriculture biologique –, la consommation de produits biologiques continue de baisser : 6 % en 2022, contre 6,4 % 2021.

La raison ? L’inflation a poussé les consommateurs à se reporter sur les produits conventionnels, bien que les produits bio aient moins augmenté que les autres – 4 % en moyenne, au milieu d’une inflation alimentaire de 6,7 %.

Les principales victimes de cette chute sont les 3 000 magasins bio du pays, ces derniers ayant perdu 27 % de leur fréquentation, 8,6 % de leur vente. Viennent ensuite les grandes et moyennes surfaces généralistes (- 4,6 % de vente) et les primeurs (-2,6 %).

Un indicateur s’avère néanmoins positif : la vente directe, à la ferme, progresse nettement.

Cette bonne nouvelle s’explique par les prix plus compétitifs en circuit court, mais cela montre aussi que « les Français ont fait le choix du bio et du local » combinés, s’enthousiasme la directrice de l’Agence bio Laure Verdeau lors d’un point presse ce jeudi.

Le Danemark et l’Autriche principaux consommateurs de l’UE

Si la France reste toujours première en Europe en termes de surface bio cultivée, et seconde derrière l’Allemagne sur le marché, elle se trouve désormais, avec 6 %, à la 5e place en matière de consommation, derrière le Danemark (13%), l’Autriche (11%), le Luxembourg (11%), la Suède (8 %) et l’Allemagne (6,5 %).

« Si demain nous atteignons ces scores à plus de 10 %, notre marché dépassera les 30 milliards d’euros [contre 12 milliards en 2022]. La bio sortirait définitivement de son segment de marché pour devenir le vecteur clé de la transition agricole et alimentaire », note Laure Verdeau.

Toutefois, la crise du bio n’épargne pas les autres pays. L’Allemagne, par exemple, perd 3,5 % de son marché par rapport à 2021. Seule l’Espagne reste en croissance, avec la Suède, poussée par la vente directe et la restauration hors domicile.

Cantines et restaurants à conquérir

C’est sur cette consommation hors domicile que la France doit progresser, d’après l’Agence bio. Avec seulement 8 % de bio dans les restaurants et les cantines, le label doit s’imposer dans ces circuits de toute urgence.

« En France les 170 000 restaurants n’achètent que 1% de bio, pour un pays qui a inventé le restaurant… », soupire Laure Verdeau, qui appelle à « réconcilier le domicile et la restauration ».

Quant aux 80 000 cantines, le bio à certes progressé, mais de 6 à 7 %, bien loin des 20 % pourtant inscrit dans la loi EGALIM comme objectif pour… 2022.

Pour y parvenir, l’Agence bio préconise de s’inspirer de certaines politiques volontaristes en Europe. En Autriche par exemple, l’introduction du bio dans les cantines remonte aux années 90. Le gouvernement a fixé des ambitions claires : 23 % en 2023 et 55 % en 2030.

Même chose au Danemark, avec la mise en place, dès 1997 d’un fonds pour soutenir les projets d’introduction de produits bio en restauration collective. Depuis 2009, les cantines disposent d’un logo signalant la part du bio.

Enfin, en Italie, les cantines scolaires doivent cuisiner au moins 50 % de produits biologiques.

L’autre levier porte sur l’« acculturation » des restaurateurs, selon Laure Verdeau. Le projet « Du Bio Chef ! » financé par la Commission européenne, a justement pour but de renforcer la place du bio dans la formation des futurs professionnels.

« Booster » la demande

Pour la directrice, il faut partir de la demande pour redynamiser toute la filière, à commencer par l’agriculture.

« Le bio est un vecteur d’attractivité et la solution, notamment pour assurer le renouvellement des générations. Il faudra augmenter la consommation de bio pour remplacer les agriculteurs« , déclare Laure Verdeau.

La France a aujourd’hui le plus de surfaces bio en Europe, mais elles ne représentent que 11 % de la surface agricole utile totale du pays. Or, dans ses objectifs inscrits dans la stratégie De la ferme à la table, la Commission européenne fixe un objectif de 25 % à l’horizon 2030. La France, elle, s’est engagée à atteindre 18 % en 2027.

« À nous de booster la consommation du bio, à travers tous les circuits : à domicile par des campagnes d’information massives, mais aussi par des programmes pour faire entrer le bio dans les formations de cuisine et dans le quotidien des gestionnaires de cantines. Tout le monde doit pouvoir atteinde 20 % de bio dans l’alimentation », conclut la directrice de l’Agence bio.