La police catalane continue de rechercher Carles Puigdemont, refusant de croire qu'il est en Belgique
Il n’existe « aucune preuve concrète » permettant de confirmer que l’ancien président catalan et leader séparatiste Carles Puigdemont, actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt national, a réussi à fuir l’Espagne vers la Belgique selon le chef de la police catalane.
La cavale de Carles Puidgemont se poursuit après son apparition controversée à Barcelone jeudi 8 août. Selon le chef de la police catalane Eduard Sallent, il n’existe « aucune preuve concrète » permettant de confirmer que l’ancien président catalan et leader séparatiste, actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt national, a réussi à fuir l’Espagne pour la Belgique.
Vendredi 9 août, le secrétaire général du parti séparatiste de droite Ensemble pour la Catalogne (JxCat) Jordi Turull, dirigé par Carles Puigdemont, a assuré aux auditeurs de la radio catalane RAC1 que l’ancien président catalan était arrivé mardi 6 août, incognito, à Barcelone. Il aurait été protégé par un groupe de partisans loyaux, a rapporté le partenaire d’Euractiv, EFE.
Après sa brève intervention politique à Barcelone, il est parvenu à s’échapper et, selon Jordi Turull, Carles Puidgemont se trouverait désormais à Waterloo, en Belgique.
C’est dans cette petite ville de la banlieue bruxelloise qu’il s’était réfugié en octobre 2017, après avoir fui, caché dans le coffre d’une voiture, grâce à l’aide de plusieurs agents des Mossos d’Esquadra, la police régionale de Catalogne.
L’avocat du leader séparatiste, Gonzalo Boye, a insisté vendredi 9 août sur le fait que « tout s’est déroulé comme Carles Puigdemont l’avait préalablement prévu », car « il n’avait pas prévu d’être arrêté » jeudi.
« Il n’est pas venu à Barcelone pour se rendre, il est venu pour se battre », a déclaré Gonzalo Boye aux radios catalanes RAC1 et Catalunya Ràdio.
Carles Puigdemont s’est adressé à ses partisans samedi 10 août dans une vidéo publiée sur le réseau social X, accompagnée du message « il n’y a qu’un seul but ultime qui donne un sens à tout ce que nous pouvons faire : la liberté. La liberté individuelle et la liberté de notre pays ».
Toutefois, réfutant la thèse de Jordi Turull sur l’endroit où se cacherait Carles Puigdemont, Eduard Sallent, chef de la police régionale de Catalogne, a affirmé lors d’une conférence de presse à Barcelone qu’il n’y avait « aucune preuve concrète » confirmant que le leader séparatiste se trouvait en Belgique.
De son côté, le chef de la police régionale de Catalogne Eduard Sallent réfute la thèse de Jordi Turull sur l’endroit où se cacherait Carles Puigdemont. Lors d’une conférence de presse à Barcelone, Eduard Sallent a fait savoir qu’il n’y avait « aucune preuve concrète » confirmant que le leader séparatiste se trouvait en Belgique.
Les Mossos d’Esquadra ont qualifié de « désinformation » les déclarations sur la localisation de Carles Puigdemont, diffusées par les proches de l’ancien président catalan.
« Tant que nous n’aurons pas la preuve qu’il se trouve hors du champ de nos compétences, nous continuerons à le rechercher pour respecter le mandat d’arrêt », a annoncé Eduard Sallent, comme l’a rapporté EFE.
Le PP exige des démissions et des explications
Pendant ce temps, la grande majorité des médias conservateurs espagnols et des partis de droite, y compris le principal parti d’opposition Partido Popular (PP, PPE) et le parti d’extrême droite Vox (Patriotes), la troisième force au parlement national, ont vivement réagi vendredi. Ils ont qualifié de « honte » et de « fiasco » le fait que les forces de sécurité n’aient pas pu (ou voulu) arrêter Carles Puigdemont.
Malgré l’introduction en juin dernier de la loi d’amnistie tant critiquée, qui pardonne les actes commis par les militants séparatistes entre 2011 et 2023, dont le leader séparatiste espère également bénéficier, le juge de la Cour suprême espagnole, Pablo Llarena, maintient le mandat d’arrêt national à l’encontre de Carles Puigdemont.
En juillet 2023, la Cour suprême espagnole a en effet refusé d’appliquer la loi d’amnistie à Carles Puigdemont pour détournement de fonds publics — car ce dernier a bénéficié de cet argent pour financer le référendum d’« autodétermination » organisé en Catalogne en 2017.
Parmi les motifs invoqués, le tribunal a estimé que ses actions avaient « potentiellement » porté atteinte aux intérêts financiers de l’UE.
Le scandale actuel sur la complicité présumée de certains membres de la police catalane dans la fuite de Carles Puigdemont cette semaine a atteint son paroxysme vendredi au milieu d’une guerre de mots et d’accusations entre les différentes forces de sécurité de l’État catalan et de la région.
Le « stratagème de la disparition » de Puigdemont a consisté à s’échapper rapidement du centre-ville de Barcelone dans une voiture blanche appartenant à un officier de la police régionale, qui disposait d’un fauteuil roulant sur le siège passager.
Le chef du Partido Popular et de l’opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exigé vendredi la comparution urgente devant le parlement national du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez (PSOE/S&D), et la « destitution immédiate » des ministres de l’Intérieur et de la Défense, Fernando Grande-Marlaska et Margarita Robles. Il les accuse de « négligence » dans l’opération policière et dénonce les défaillances du Centre national de renseignement (CNI), a rapporté EFE.
« Ce qui s’est passé hier [jeudi 8 août] est inqualifiable et ne peut rester impuni. J’exige la comparution de Pedro Sánchez et le renvoi immédiat de Fernando Grande-Marlaska et Margarita Robles pour négligence dans l’opération policière et au sein du CNI. Face à une telle farce, le gouvernement ne peut pas continuer à être en vacances et à se moquer de tous les Espagnols », a commenté Alberto Núñez Feijóo sur X.
Le leader de Vox, Santiago Abascal, a réclamé vendredi la démission de Pedro Sánchez, du ministre de l’Intérieur et de la directrice du CNI, les considérant tous les trois comme « complices » de la fuite de Carles Puigdemont.
Dans les rangs de JxCat, un sentiment de frustration mêlé de colère est également perceptible.
Vendredi, le parti de Carles Puigdemont a prévenu que si la loi d’amnistie n’était pas pleinement appliquée, afin que le leader catalan puisse rentrer librement en Espagne, il retirerait le soutien indispensable de leurs sept députés au parlement national au gouvernement de coalition. Celui-ci est composé du PSOE de Pedro Sánchez et de la plateforme de gauche Sumar, ce qui pourrait entraîner la chute de l’exécutif progressiste.
[Édité par Anna Martino et Sarah N’tsia]