La politique de concurrence devrait participer à la lutte contre les prix élevés, selon des responsables politiques
Les mesures ordinaires de lutte contre l’inflation étant impopulaires auprès des responsables politiques de gauche, ceux-ci espèrent que la politique de concurrence contribuera à faire baisser les prix.
Les mesures ordinaires de lutte contre l’inflation étant impopulaires auprès des responsables politiques de gauche, ceux-ci espèrent que la politique de concurrence contribuera à faire baisser les prix, mais certains experts mettent en garde contre le risque de surcharger la politique de concurrence avec des priorités politiques.
Après une année de fortes hausses, les prix ont atteint un niveau élevé en Europe, obligeant les décideurs des politiques monétaires et budgétaires à prendre des contre-mesures.
La Banque centrale européenne (BCE) devrait à nouveau relever ses taux d’intérêt ce jeudi (15 juin), et la Commission européenne a récemment exhorté les États membres à réduire les dépenses publiques afin de diminuer les pressions sur les prix.
Cependant, les responsables politiques de gauche avertissent que de telles politiques pourraient fragiliser davantage l’économie ou faire dérailler des investissements cruciaux, tels que ceux dans la transition écologique.
Alors que l’augmentation des taux d’intérêt serait un « médicament » pour les parties de l’économie qui sont en surchauffe, elle rendrait également « malades d’autres segments » et pousserait des secteurs économiquement sains à la récession, a expliqué à EURACTIV René Repasi, un législateur européen du groupe des Socialistes et Démcrates européens (S&D).
« C’est ce que la BCE fait actuellement en augmentant les taux d’intérêt de manière trop importante, à mon sens, mais c’est peut-être un point de vue de gauche sur la question », a-t-il ajouté.
Répercussion de l’augmentation des coûts sur les consommateurs
Selon M. Repasi, l’inflation est alimentée par l’augmentation des bénéfices, raison pour laquelle la politique de concurrence devrait également jouer un rôle dans la lutte contre celle-ci.
« Si certains excès sectoriels étaient traités par le biais du droit de la concurrence, cela signifierait que la politique monétaire serait soulagée et pourrait adopter une approche plus prudente », a-t-il indiqué.
« La BCE a également conclu son analyse de la politique monétaire sur le fait qu’il y a au moins eu des bénéfices exceptionnels qui ont conduit à une augmentation des prix », a-t-il ajouté.
Récemment, Christine Lagarde, présidente de la BCE, a déclaré qu’en raison de l’augmentation des coûts de production, les entreprises de certains secteurs pourraient répercuter entièrement l’augmentation des coûts sur les consommateurs, voire aller au-delà, ce qui accentuerait la pression à la hausse sur les prix.
« Je pense qu’il est important que les autorités de la concurrence puissent réellement examiner ces comportements, et je considérerais certainement cela comme parfaitement nécessaire pour comprendre et évaluer pleinement la légitimité ou les pratiques concertées », a-t-elle ajouté.
Dans le rapport annuel du Parlement européen sur la politique de concurrence, rédigé par M. Repasi et adopté par la plénière mardi (13 juin), le Parlement a demandé qu’une attention particulière soit accordée aux consommateurs vulnérables.
« Le droit de la concurrence [de l’UE] est basé sur la norme du “bien-être du consommateur” », a affirmé M. Repasi, celui-ci visant toutefois le « consommateur moyen ».
Mais en raison de l’accent mis sur les consommateurs moyens, les besoins des consommateurs vulnérables ne seraient pas suffisamment pris en compte, et « le phénomène de “greedflation” [inflation causée par l’avidité] dans le secteur alimentaire n’est même pas couvert par le cadre analytique actuel de la Commission », a-t-il ajouté.
Les prix élevés des carburants suscitent un débat en Allemagne
Un débat similaire est en cours au niveau national en Allemagne, où le ministre écologiste de I’Économie Robert Habeck a proposé une réforme en profondeur du droit national de la concurrence, permettant à I’autorité de la concurrence d’agir en cas de perturbation, même si aucun comportement illégal n’a été observé.
Cette proposition fait suite au maintien des prix élevés des carburants dans les stations-service, même après le choc pétrolier provoqué par la guerre, ce qui a soulevé des questions sur la concurrence dans ce marché.
Sans mentionner de secteur en particulier, Andreas Mundt, chef de l’autorité nationale de la concurrence (Bundeskartellamt), a souligné mercredi (14 juin) qu’ « il existe en Allemagne des marchés intégrés », sur lesquels des structures de pouvoir de marché fausseraient la concurrence.
« Il existe des marchés sur lesquels le processus de découverte tant vanté par Hayek n’a tout simplement plus lieu », a déclaré M. Mundt lors d’une audition parlementaire. Le droit national de la concurrence actualisé pourrait faire en sorte « que cette procédure de découverte ait à nouveau lieu à l’avenir après une intervention de l’Office fédéral de lutte contre les cartels », a-t-il ajouté.
Ne pas surcharger le droit de la concurrence, avertit un expert
Toutefois, contrairement à ce qu’il se passe au niveau européen, en Allemagne, le « bien-être du consommateur » n’a pas été l’objectif principal du droit de la concurrence, a déclaré Heike Schweitzer, professeure de droit à l’Université Humboldt de Berlin, lors de l’audition.
En Allemagne, « nous avons toujours dit que le droit de la concurrence visait à protéger la liberté de concurrence », a-t-elle déclaré, ajoutant que « cette liberté de concurrence n’a plus été le cadre dominant au niveau européen ces dernières années ; au lieu de cela, l’accent a été mis sur le bien-être des consommateurs ».
« Le débat actuel porte sur des objectifs encore plus ambitieux, tels que l’équité et, bien sûr, la durabilité », a-t-elle indiqué, ajoutant qu’« en fin de compte, n’importe quel objectif politique peut être inclus ».
« Et avec cela, il y a le danger d’un complément [avec des objectifs allant au-delà de la garantie de la libre concurrence], ce que je considérerais comme très dangereux », a-t-elle averti.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]