La politique migratoire de l’UE constitue un « génocide structurel », selon une ONG espagnole
Pour le fondateur et directeur de l’ONG Open Arms, l’UE commet un « génocide structurel » contre les migrants en situation irrégulière, tandis que les forces d’extrême droite utilisent la supposée « invasion » des immigrés comme arme électorale.
Pour Óscar Camps, fondateur et directeur de l’ONG Open Arms, l’Union européenne (UE) commet un « génocide structurel » contre les migrants en situation irrégulière, tandis que les forces d’extrême droite utilisent la supposée « invasion » des immigrés comme arme électorale.
Óscar Camps a fondé Open Arms en 2015 pendant la crise humanitaire des réfugiés syriens. Depuis, l’activiste a remporté plusieurs prix internationaux en récompense de son engagement.
Interrogé sur les derniers développements entourant l’« expérience » controversée de l’accord migratoire italo-albanais visant à externaliser la gestion des flux de migrants vers des pays tiers, Óscar Camps a déploré les mesures prises par la Première ministre italienne, Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, Conservateurs et Réformistes européens).
« La politique italienne a toujours été un grand spectacle. C’était déjà le cas en 2019 avec Matteo Salvini [de la Lega], mais aussi avec [l’ancien Premier ministre et chef du Mouvement 5 étoiles] Giuseppe Conte. Matteo Salvini [actuel ministre des Transports] a ajouté encore plus de spectacle avec des campagnes médiatiques choquantes, y compris l’épisode des “ports fermés” pour les ONG », a-t-il détaillé à Euractiv Espagne.
Le discours dangereux de l’extrême droite
Matteo Salvini est en effet accusé d’avoir empêché pendant 20 jours le débarquement de migrants secourus par un bateau d’Open Arms lors d’une opération dans les eaux de la Méditerranée centrale, en 2019.
Un procès est actuellement en cours et une peine de six ans de prison a été requise à l’encontre de l’ancien ministre de l’Intérieur en raison des crimes présumés de séquestration de personnes et d’abus de pouvoir. La décision de la justice italienne sera annoncée le 20 décembre.
Questionné sur sa vision de la crise migratoire actuelle en Europe, qui touche particulièrement les États membres du sud de l’UE, par rapport à la crise humanitaire de 2015, Óscar Camps a répondu qu’il ne doutait pas de la gravité de la situation.
« Les choses sont bien pires aujourd’hui que lors de la crise humanitaire de 2015. Cette année-là, l’Europe parlait d’accueillir les réfugiés syriens, mais aujourd’hui, le mot le plus souvent entendu dans la rue est “invasion” d’immigrants », a-t-il expliqué.
Le directeur d’Open Arms s’en est longuement pris à Giorgia Meloni, dont le gouvernement a adopté un décret cette semaine pour tenter d’empêcher la justice d’annuler son accord controversé avec Tirana.
« Giorgia Meloni est allé beaucoup plus loin [que Matteo Salvini]. Parfois, l’extrême droite se croit au-dessus de la justice, des conventions internationales et du droit international », a-t-il réagi.
Sur les projets de Giorgia Meloni d’externaliser la gestion de l’immigration en Albanie, Óscar Camps s’est dit surpris que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, soit disposée à « explorer » cette initiative controversée.
« Nous avons trouvé étrange qu’Ursula von der Leyen soit prête à applaudir cette décision [l’accord entre Rome et Tirana], car la Commission européenne a une grande responsabilité lorsqu’il s’agit d’évaluer des mesures aussi risquées », a-t-il continué.
Regarder dans l’autre sens
Selon Óscar Camps, il est paradoxal que l’Italie décide de ce qui est ou n’est pas un pays sûr lorsqu’il s’agit de l’installation hypothétique de futurs centres de gestion des flux de migrants dans des pays situés en dehors du territoire de l’UE.
« Est-ce que c’est l’Italie qui va maintenant décider quels pays sont sûrs et lesquels ne le sont pas ? », s’interroge-t-il.
En adoptant un décret d’urgence, Giorgia Meloni ne fait qu’« agir » pour son « public » — le camp d’extrême droite — parce qu’elle sait que, tôt ou tard, les tribunaux annuleront son plan, a déclaré le fondateur d’Open Arms.
Il a également tenu des mots durs envers ceux qui considèrent cette politique d’immigration sévère d’un œil positif, y compris tous les partis qui composent le nouveau groupe d’extrême droite au Parlement européen Patriotes pour l’Europe — dont Vox, troisième force au parlement espagnol.
« L’externalisation [de la gestion des flux migratoires] consiste à payer quelqu’un pour que les droits des personnes soient violés en dehors de votre État [un État membre de l’UE] », a dénoncé Óscar Camps.
« Alors que ces tragédies humanitaires se produisent, en Europe, nous sommes dominés par le discours de la peur. La politique européenne d’immigration est un génocide structurel », a-t-il averti.
[Édité par Anna Martino & Sarah N’tsia]