La Pologne et les États baltes réclament une « ligne de défense » à la frontière orientale de l’UE

La Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont demandé à l’UE d’établir une ligne de défense terrestre le long de la frontière orientale du bloc avec la Russie et la Biélorussie, dont les infrastructures seraient financées conjointement.

Euractiv.com
Construction of a dam at the Polish-Belarusian border
« La construction d’un système d’infrastructure de défense le long de la frontière extérieure de l’UE avec la Russie et la Biélorussie répondra au besoin urgent de protéger l’UE contre les menaces militaires et hybrides », ont déclaré les quatres pays. [EPA-EFE/ARTUR RESZKO]

La Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont demandé à l’UE d’établir une ligne de défense terrestre le long de la frontière orientale du bloc avec la Russie et la Biélorussie, dont les infrastructures seraient financées conjointement.

« Des mesures extraordinaires doivent être employées car la frontière extérieure de l’UE doit être protégée et défendue avec des moyens militaires et civils », ont déclaré les quatre pays dans une lettre commune consultée par Euractiv.

Cette initiative est basée sur le bouclier Est et la ligne de défense de la Baltique, des projets d’installations et d’infrastructures défensives aux frontières avec la Russie et la Biélorussie mis en place ces dernières années par la Pologne et les États baltes.

« La construction d’un système d’infrastructure de défense le long de la frontière extérieure de l’UE avec la Russie et la Biélorussie répondra au besoin urgent de protéger l’UE contre les menaces militaires et hybrides », ont-ils ajouté.

Dans la lettre, les pays ne précisent pas en quoi l’infrastructure consisterait concrètement.

Les menaces auxquelles ils font référence sont une combinaison d’actions militaires et non militaires, notamment la désinformation, les cyberattaques, la pression économique et l’instrumentalisation des flux migratoires pour faire pression aux frontières.

L’appel conjoint des quatre États intervient également au moment où la Russie intensifie ses opérations hybrides contre l’Occident, et les agences de renseignement occidentales mettent de plus en plus en garde contre les menaces d’espionnage et de sabotage russes à travers l’Europe.

Plusieurs pays européens, dont la République tchèque, l’Estonie, l’Allemagne, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et le Royaume-Uni, ont récemment enquêté et inculpé des suspects soupçonnés d’espionnage pour le compte de la Russie ou d’autres formes de collaboration avec les services de renseignement du Kremlin.

L’UE a également été invitée à élaborer des possibilités de réponse aux attaques hybrides et physiques de plus en plus nombreuses menées par la Russie sur son territoire.

La lettre précise que l’initiative « peut également s’appuyer sur l’expertise et l’innovation européenne en matière de gestion intégrée des frontières, de protection des infrastructures critiques, de protection civile, de gestion des crises et de mobilité militaire ».

La planification et l’exécution devraient se faire en coordination avec l’OTAN et ses exigences militaires, précisent les quatre pays.

L’appel de la Pologne et des États baltes, adressé au président du Conseil européen Charles Michel et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, est intervenu avant le sommet de l’UE qui a débuté ce jeudi (27 juin) et s’achèvera vendredi (28 juin).

Les dirigeants de l’UE devraient discuter cette semaine du financement des besoins futurs de l’Union en matière de défense. Toutefois, les plans de financement de la défense de l’Union européenne sont actuellement incertains.

Depuis le début de la guerre menée par Moscou en Ukraine, les États membres de l’UE ont insisté sur la nécessité d’augmenter les capacités de financement de la défense.

La Commission européenne a toutefois rencontré des difficultés pour finaliser des plans incluant des « solutions innovantes » pour le financement de l’industrie de la défense. Une évaluation des besoins est également attendue pour justifier la création envisagée d’un fonds de 500 milliards d’euros.

« L’ampleur et le coût de cette entreprise commune [la ligne de défense] nécessitent une action spécifique de l’UE pour la soutenir politiquement et financièrement », avertissent les quatre pays dans leur lettre.

Les diplomates de l’UE ont estimé à environ 2,5 milliards d’euros la construction d’une telle ligne d’infrastructure de défense le long des 700 kilomètres de frontière de l’UE avec la Russie et la Biélorussie.

L’appel de mercredi fait suite à une initiative antérieure de la Pologne et de la Grèce, qui demandaient la création d’un système de défense aérienne de l’UE sur le modèle du Dôme de fer israélien.

L’idée principale était de coordonner les systèmes de défense aérienne actuellement séparés des États membres de l’UE afin de mieux protéger l’Union des menaces militaires et d’autres activités nuisibles le long de la frontière de l’Union avec la Russie et la Biélorussie.

[Édité par Anna Martino]