La présidence espagnole du Conseil de l'UE, victime des enjeux électoraux nationaux
En Espagne, la bataille électorale entre les deux plus grands partis du pays, le PSOE de gauche (S&D) et le Partido Popular de droite (PPE), se répercute sur la future présidence espagnole du Conseil de l’UE, prévue à partir du 1er juillet, qui fait désormais partie intégrante de leur offensive électorale.
En Espagne, la bataille électorale entre les deux plus grands partis du pays, le PSOE de gauche (S&D) et le Partido Popular de droite (PPE), se répercute sur la future présidence espagnole du Conseil de l’UE, prévue à partir du 1er juillet, qui fait désormais partie intégrante de leur offensive électorale.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, avait prévu d’utiliser la présidence espagnole du Conseil de l’UE pour renforcer son image internationale auprès des électeurs à l’approche des élections générales — initialement prévues pour la fin de l’année 2023 — en établissant un programme décentralisé comprenant des réunions ministérielles dans plusieurs régions.
Toutefois, la victoire écrasante du Partido Popular (PP/PPE) et du parti d’extrême droite Vox (CRE) lors des élections municipales et régionales en mai a bouleversé les plans de M. Sánchez. Sa défaite l’a poussé à tenir des élections générales anticipées le 23 juillet, soit près d’un mois après le début de la présidence du Conseil de l’UE.
Face aux craintes que la présidence espagnole soit fragilisée par un éventuel changement de gouvernement, les autorités se sont empressées d’assurer que les fonctions de la présidence ne seraient pas bouleversées.
Après tout, ce n’est pas la première fois qu’un pays assurant la présidence est confronté à des élections — c’est arrivé à la France en avril 2022.
« Ce n’est pas quelque chose qui inquiète qui que ce soit. Personne en Europe n’a émis de doutes. Les faits montrent qu’il est possible de réussir une présidence et de tenir des cycles électoraux », a assuré le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Il est devenu clair récemment que la présidence du Conseil de l’UE est victime des enjeux électoraux des deux plus grands partis, car certains des événements inauguraux habituels ont été perturbés par le PPE, favorable au président du PP, Alberto Núñez Feijóo.
Les querelles entourant la présidence du Conseil de l’UE, utilisées comme matériel de campagne par le PP et le PSOE, font partie d’une stratégie offensive plus large de la part des deux partis.
Le PP a adopté un discours reposant sur la « défaite du sanchisme », attaquant M. Sánchez et sa gouvernance. « Je vais abroger les mensonges, la tromperie, l’arrogance, le sectarisme et, par conséquent, le sanchisme », a déclaré M. Feijóo, selon le site d’actualité eldiario.es.
Par ailleurs, après l’échec du PSOE lors des élections régionales, dont la campagne était axée sur la présentation des réalisations du gouvernement, le parti a modifié sa stratégie pour s’attaquer au Partido Popular. Le discours de M. Sánchez porte désormais sur la lutte contre l’extrême droite « trumpiste », une référence à la droite et à l’extrême droite espagnoles, selon le quotidien El País.
Le 2 juin, le PPE a demandé le report du discours inaugural de la présidence du Conseil de l’UE que devait prononcer M. Sánchez lors de la séance plénière du Parlement européen en juillet. Peu après, le gouvernement espagnol a annoncé le report du discours au mois de septembre.
Le 8 juin, le PPE a de nouveau frappé en conduisant la direction du Parlement à annuler sa visite à Madrid, initialement prévue pour le 26 juin à l’occasion de l’inauguration de la présidence espagnole du Conseil de l’UE.
« Nous regrettons que le PPE se soit allié à l’extrême droite et aux indépendantistes pour attaquer une fois de plus la présidence espagnole », a déclaré Iratxe García, présidente de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), dans un communiqué. Selon elle, « le préjudice n’est pas porté à Pedro Sánchez ou au parti socialiste [espagnol], il est infligé au pays et à l’ensemble de la société espagnole ».
À l’échelle nationale, M. Feijóo a également accusé M. Sánchez de manquer de communication et de transparence et lui a demandé de décider des priorités de la présidence avec l’opposition et d’en informer le Parlement espagnol « comme dans tout autre État démocratique ».
En réponse, le ministre des Affaires étrangères, M. Albares, a indiqué lors d’une conférence de presse que M. Sánchez avait maintenu le dialogue avec toutes les forces politiques du Parlement espagnol par l’intermédiaire de la commission des Affaires européennes. De plus, le ministre a convoqué tous les eurodéputés espagnols lors de la séance plénière du Parlement européen en avril pour présenter les priorités de la présidence, mais les eurodéputés du PP n’ont pas assisté à la réunion.
« Pourquoi tous les eurodéputés, sauf ceux du PP, ont-ils assisté à la séance ? Pourquoi le PP ne veut-il pas participer à une politique d’État telle que la présidence européenne, qui constitue également un projet national ? », s’est interrogé M. Albares.
En avril, le président du PPE, Manfred Weber, et la présidente de la délégation du Partido Popular au Parlement européen, Dolors Montserrat, ont accusé la Commission de « faire campagne » en faveur du gouvernement espagnol dirigé par le PSOE.
Ces accusations s’expliquent par la position ferme de la Commission contre un projet de loi andalou qui mettait en danger la réserve naturelle du parc de Doñana, à l’approche des élections régionales et municipales espagnoles qui se sont tenues le 28 mai dernier.