La production de pommes de terre dans l'UE a chuté de 37% depuis le début du millénaire
Alors qu’un nouveau rapport d'Eurostat révèle une forte baisse de la production de pommes de terre dans l’UE entre 2000 et 2023, un représentant du secteur explique cette situation à Euractiv, entre autres, par des réglementations européennes plus strictes sur les pesticides et des changements climatiques en Europe.
Alors qu’un nouveau rapport d’Eurostat révèle une forte baisse de la production de pommes de terre dans l’UE entre 2000 et 2023, un représentant du secteur explique cette situation à Euractiv par des réglementations européennes plus strictes sur les pesticides, des changements climatiques en Europe et des évolutions d’habitudes des consommateurs.
Des frites belges à la tortilla de patata espagnole en passant par les gnocchis italiens, le tubercule est une pierre angulaire de la cuisine européenne. Mais au cours des vingt dernières années, la production annuelle de pommes de terre a chuté de 36,7 %. Les États membres en produisent 27,9 millions de tonnes de moins qu’en 2000 d’après les données publiées par l’office des statistiques de l’UE, Eurostat, le 8 août.
En 2023, les États membres ont récolté 48,3 millions de tonnes de pommes de terre, une petite augmentation comparée aux 47,5 millions de tonnes récoltées en 2022, année marquée par une forte sécheresse.
L’Allemagne arrive en tête en termes de production, avec 24 % du total en 2023, suivie de la France avec près de 18 % et des Pays-Bas avec 13,4 %. Parallèlement, la Roumanie et la Pologne comptent le plus grand nombre d’exploitations de pommes de terre, avec respectivement 32,4 % et 25,1 %, même si leurs poids économiques restent faibles.
Berta Redondo, secrétaire générale d’Europatat, un groupe de pression basé à Bruxelles qui représente les commerçants de pommes de terre, a expliqué à Euractiv que de multiples facteurs étaient à l’origine de la chute de la production.
Soulignant les « changements radicaux dans le climat européen », elle a pointé du doigt la sécheresse en 2022 et les précipitations excessives en Europe de l’Ouest à l’automne et au printemps derniers.
En outre, le durcissement des restrictions imposées par l’UE sur les pesticides, en particulier ceux qui sont importants pour lutter contre les parasites dans la culture des pommes de terre, est un autre facteur qui contribue à cette situation. « Nos agriculteurs ont de moins en moins d’outils pour lutter contre les ravageurs et les maladies des plantes », a ajouté Berta Redondo.
En 2018, l’UE a interdit toute utilisation extérieure de trois néonicotinoïdes — l’imidaclopride, le thiaméthoxame et la clothianidine — en raison de leurs effets nocifs sur les pollinisateurs.
En 2019, la Commission européenne n’a pas renouvelé l’approbation de l’éthoprophos, une substance active utilisée dans la production végétale contre le ver fil de fer dans les cultures de pommes de terre, en raison de problèmes de toxicité.
Berta Redondo a également rappelé que l’augmentation des coûts de production, en particulier pour le carburant et l’énergie, exacerbée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, constituait un coup dur supplémentaire pour le secteur.
« Tout cela pourrait pousser les agriculteurs à se tourner vers des cultures moins risquées », selon Berta Redondo.
Changement de régime générationnel
L’évolution des habitudes de consommation a également un impact sur la production de pommes de terre dans l’UE.
« Les jeunes consommateurs suppriment les glucides de leur régime alimentaire ou remplacent les pommes de terre par des produits plus exotiques », explique Berta Redondo.
Pour y remédier, Europatat a lancé en 2020 une campagne promotionnelle de 3,4 millions d’euros, cofinancée par la Commission européenne, ciblant les millennials — les personnes nées entre 1981 et 1996 — en Flandre (Belgique), en France et en Irlande.
La campagne, qui doit durer jusqu’en 2025, propose plus de 300 recettes conçues pour intégrer les pommes de terre dans les modes de vie modernes, avec des influenceurs et des célébrités qui mettent en avant la polyvalence du tubercule pour se débarrasser de son image d’« aliment traditionnel ».