Prague veut une révision des objectifs de l’UE en matière d’émissions de CO2 des voitures
Le gouvernement tchèque fera pression pour modifier les objectifs de l’UE en matière d’émissions des voitures, mettant l’accent sur l’accélération de la révision de l’interdiction du moteur à combustion interne et la réévaluation des limites d’émissions pour les nouveaux véhicules pour l’année prochaine.
Craignant pour la compétitivité du secteur automobile de l’Union européenne, le Premier ministre Petr Fiala et le ministre des Transports Martin Kupka ont annoncé vendredi 4 octobre que la République tchèque prévoyait de faire pression pour modifier les objectifs européens en matière d’émissions des voitures, confirmant que l’accent serait mis sur l’accélération de la révision de l’interdiction des moteurs à combustion interne et la réévaluation des limites d’émissions pour les nouvelles voitures et les camionnettes pour l’année prochaine.
Les deux hommes — membres du Parti démocratique civique (ODS, Conservateurs et Réformistes européens/CRE — ont également annoncé que la République tchèque ferait pression pour que des mécanismes de contrôle du développement du marché automobile soient inclus dans la stratégie de l’UE.
« Certains des objectifs du Pacte vert pour l’Europe [Green Deal] se sont révélés irréalistes, et nous essaierons de les ajuster. Sans changements, nous risquons de compromettre l’avenir de l’industrie automobile européenne », a déclaré le Premier ministre tchèque.
La République tchèque est fortement tributaire de la production et des exportations de voitures vers d’autres pays d’Europe. Les trois grandes usines automobiles du pays — Škoda Auto (groupe Volkswagen), Toyota et Hyundai — ont produit près de 1,4 million de voitures en 2023. Et ont représenté près de 10% de son produit intérieur brut (PIB).
La République tchèque a contacté d’autres États membres de l’UE susceptibles de partager les mêmes préoccupations et, avec l’Allemagne et l’Italie, le pays travaille à une initiative commune de nations partageant les mêmes idées.
Comme l’Italie, le principal objectif de la Prague est de proposer une révision de l’impact de l’interdiction des nouveaux véhicules à moteur à combustion dans l’UE en 2035.
Cette révision est prévue pour 2026, mais Petr Fiala, comme l’Italien Adolfo Urso, propose de l’avancer à l’année prochaine, soulignant que le développement de la mobilité électrique est plus lent que prévu.
Un autre objectif clé sera de réévaluer la réduction prévue des limites d’émissions des voitures individuelles en 2025.
« La réalité est différente de ce que les objectifs de l’UE prévoyaient, et si [ces objectifs] restent inchangés, les constructeurs automobiles européens devront faire face à de lourdes amendes et à une nouvelle perte de compétitivité », a expliqué Petr Fiala.
De son côté, Martin Kupka a noté que « les ventes de voitures électriques sont en baisse […] alors que l’UE avait prévu une courbe de croissance et avait basé ses limites d’émissions sur celle-ci ». Le ministre a également ajouté que les sanctions en cas de non-respect des normes empêcheraient les constructeurs automobiles d’investir dans leur développement, ce qui leur porterait préjudice par rapport à leurs rivaux chinois ou américains.
Martin Kupka a indiqué qu’il avait déjà contacté les ministres d’autres États membres en coopération avec l’association tchèque de l’industrie automobile AutoSAP avec une proposition de déclaration commune qui serait ensuite soumise à la Commission européenne.
Selon Martin Jahn, président de l’AutoSAP et membre du conseil d’administration de Škoda Auto, il est pratiquement impossible d’atteindre les objectifs d’émissions pour les nouvelles voitures dans les conditions actuelles du marché. « C’est pourquoi il est nécessaire de revoir plus tôt les objectifs en matière de dioxyde de carbone », a-t-il souligné.
Le mois dernier, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) a également appelé « les institutions européennes à proposer des mesures d’aide urgentes avant que les nouveaux objectifs en matière de CO2 pour les voitures et les camionnettes n’entrent en vigueur en 2025 ».
L’UE s’est lancée dans une course à la production de voitures électriques dans le cadre de sa transition écologique avant l’échéance fixée par Bruxelles pour l’élimination progressive de la vente de voitures fonctionnant aux combustibles fossiles d’ici 2035. Mais après des années de croissance, les ventes de voitures électriques ont commencé à chuter à la fin de l’année 2023 et ne représentent plus que 12,5% des voitures neuves vendues sur le continent.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]