La Roumanie risque de perdre 16 milliards d'euros de fonds SAFE
Ce serait « une grande perte pour la Roumanie de ne pas mener ce processus à son terme », a déclaré le ministre de la Défense
L’impasse politique en Roumanie met en péril l’accès au programme SAFE, d’un montant de 16 milliards d’euros, alors qu’une échéance cruciale approche.
Le gouvernement s’empresse de veiller à ce que tous les contrats d’approvisionnement soient signés, approuvés par le Conseil suprême de défense nationale (CSAT) et adoptés par le Parlement avant le 30 mai, date à laquelle expire l’ordonnance d’urgence permettant la mise en œuvre du programme SAFE.
L’approbation du CSAT est attendue dans les prochains jours, mais l’étape parlementaire est de plus en plus incertaine, des inquiétudes étant exprimées quant à d’éventuels retards causés par les députés socialistes au sein de la commission de la défense.
Ce blocage résulte d’une crise au sein de la coalition, déclenchée par le retrait du soutien des sociaux-démocrates au Premier ministre libéral Ilie Bolojan.
Le ministre de la Défense, Radu Miruță, a averti que l’échec de ce processus aurait des conséquences majeures, qualifiant le fait de « ne pas mener ce processus à son terme » de « grande perte pour la Roumanie », lors d’une interview accordée à Radio România. Il a ajouté que des mois de travail coordonné entre les ministères, qui sont sur le point d’aboutir, pourraient désormais être compromis au stade final.
Le programme SAFE vise à remodeler le modèle de défense de la Roumanie en associant le réarmement à la relance industrielle, avec pour objectif de produire environ 60 % des équipements achetés sur le territoire national.
Les 21 programmes soumis par Bucarest en vue d’un financement comprennent des projets visant à relancer la production d’armes d’assaut à Cugir, la production de munitions à Sadu et le chargement de munitions de 155 mm à Dragomirești.
Le député européen libéral roumain Dan Barna a déclaré à Euractiv que des « machinations politiques » risquaient de compromettre les programmes stratégiques de l’UE, affirmant que la responsabilité incombait désormais aux sociaux-démocrates de débloquer l’approbation, les préparatifs techniques étant achevés.
Le vice-président socialiste du Parlement européen, Victor Negrescu, également originaire de Roumanie, a rejeté ces accusations, indiquant à Euractiv que son parti « soutient l’initiative SAFE et reconnaît son importance pour la sécurité de la Roumanie et pour le renforcement de la coopération européenne ».
Il a toutefois tempéré les attentes quant à une adoption rapide, affirmant que le soutien socialiste « doit aller de pair avec une transparence et une responsabilité totales » et qu’« à ce stade, il subsiste un manque de clarté quant à la manière dont les fonds seront alloués ».
Mais les forces fidèles à Bolojan ont insisté sur l’importance d’aller de l’avant rapidement. Contacté par Euractiv, le député européen du PPE Siegfried Mureșan a souligné que « la Roumanie a besoin d’une adoption rapide de SAFE », appelant les autres forces politiques à « ne pas faire obstacle à cet instrument crucial pour la sécurité du pays ».
Mureșan a mis en avant la position stratégique de la Roumanie en tant que pays voisin de l’Ukraine, soulignant que l’octroi des fonds SAFE « est important non seulement pour la sécurité du pays, mais aussi pour celle de l’Union européenne dans son ensemble ».
(at)