Le gouvernement Meloni divisé sur la décision finale concernant l'instrument SAFE

« Nous ne savons toujours pas si l'Italie va adhérer ou non », a déclaré Guido Crosetto mercredi.

EURACTIV.com
La première ministre italienne Giorgia Meloni [(Photo par Antonio Masiello/Getty Images)]

L’Italie s’est vu attribuer 14,9 milliards d’euros de prêts pour l’instrument SAFE, mais il semble désormais peu probable que Rome puisse bénéficier de sa part de l’enveloppe européenne de 150 milliards d’euros.

Une fracture au sein de la majorité de Giorgia Meloni l’a privée d’une position claire et unifiée sur les dépenses de défense. Et ce, bien que ce sujet ait été placé en tête de l’ordre du jour du sommet des dirigeants de l’UE de jeudi, dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à un affaiblissement de l’engagement des États-Unis en matière de sécurité envers l’Europe.

Le dossier SAFE est devenu l’objet d’une lutte de pouvoir entre le ministre de la Défense, Guido Crosetto, membre du parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, et le ministre de l’Économie, Giancarlo Giorgetti, l’une des figures les plus en vue de la Ligue de Matteo Salvini.

La fracture est apparue au début du mois de mai lorsque, sous la pression de la Ligue, qui a ouvertement fait campagne contre une augmentation des dépenses militaires, Giorgia Meloni a laissé entendre que l’Italie pourrait revoir à la baisse sa demande initiale de 14,9 milliards d’euros de prêts SAFE. Rome a alors demandé à la Commission européenne une plus grande flexibilité budgétaire afin de faire face à la crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient.

À la suite de la lettre de Mme. Meloni, la Commission s’est montrée relativement réceptive à la demande de l’Italie, autorisant les capitales à consacrer jusqu’à 0,3 % de leur PIB annuel à des mesures visant à renforcer leur « résilience structurelle » face aux chocs énergétiques.

Pourtant, les réticences de Rome à l’égard du programme SAFE sont restées inchangées. Une source gouvernementale italienne a indiqué à Euractiv que la Première ministre cherchait actuellement à reporter une décision finale.

Ayant reçu l’une des plus importantes dotations dans le cadre de ce programme, un retrait complet de l’Italie pourrait déclencher une deuxième vague d’attributions au titre du programme SAFE, a souligné un porte-parole de la Commission. Une redistribution ne pourrait toutefois avoir lieu qu’après que Rome aura officiellement notifié à Bruxelles sa décision de ne pas participer.

« Tout est en suspens »

Dans le même temps, les tensions au sein de la coalition de Mme Meloni se sont accentuées, la Ligue continuant de faire pression en faveur d’une réduction supplémentaire des engagements en matière de défense, au grand dam de M. Crosetto.

Lorsque le ministre britannique de la Défense, John Healey, a démissionné en accusant le premier ministre Keir Starmer de ne pas accorder suffisamment d’importance à la défense, M. Crosetto a publié un message de solidarité qui a provoqué une onde de choc au sein de la majorité au pouvoir.

« Je suis d’accord avec presque tout ce que vous avez écrit, et les réflexions que vous avez rendues publiques aujourd’hui ont souvent été les miennes également. J’ai choisi d’attendre des temps moins difficiles, dans l’espoir d’une évolution positive de la situation actuelle », a écrit le ministre italien.

M. Crosetto a par la suite démenti les informations selon lesquelles il aurait envisagé de démissionner, mais il a continué à plaider avec force en faveur d’une augmentation des dépenses de défense.

Ces dernières semaines, une version actualisée du projet de réforme des forces armées italiennes a circulé à Rome. Elle prévoit une augmentation des effectifs d’environ 40 000 soldats ainsi que la création d’une force de réserve spécialisée. Toutefois, faute de financement dédié, ce plan demeure largement théorique.

Le ministre s’est déclaré satisfait lundi à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, citant un communiqué du Pentagone saluant « le rôle croissant de l’Italie en matière de défense en Europe ».

Évoquant le financement du programme SAFE lors de cette visite, M. Crosetto s’est décrit comme «un humble utilisateur des fonds mis à disposition par le Parlement et, avant cela, par le ministre de l’Économie».

Un autre point de discorde concerne l’utilisation même des prêts SAFE.

Le ministre a maintes fois fait valoir que « le programme SAFE n’est pas un instrument de substitution », avertissant qu’il « perdrait complètement son utilité » s’il servait simplement à financer des dépenses déjà prévues dans le budget de l’État — une référence apparente aux craintes que le ministre Giorgetti puisse utiliser les prêts de l’UE pour compenser, plutôt que pour augmenter, les dépenses de défense de l’Italie.

Une interprétation rejetée par le ministère de l’Économie. Des responsables proches de M. Giorgetti ont déclaré à la presse italienne que le montant de la demande italienne au titre du programme SAFE dépendait en définitive des projets présentés par le ministère de la Défense, laissant entendre que l’impasse actuelle résulte autant d’un manque de clarté concernant les projets de M. Crosetto que de la réticence du Trésor à engager des ressources supplémentaires.

Mercredi soir, M. Crosetto a déclaré à la Chambre des députés que la décision finale concernant le programme SAFE n’incombait plus au ministère de la Défense, mais au gouvernement.

Pressé de questions par les députés, le ministre a finalement admis que la position de l’Italie demeurait incertaine.

« Pour l’instant, tout est en suspens », a-t-il déclaré. « Nous ne savons toujours pas si l’Italie y participera ou non. »

(at, aw)