La Serbie doit s'aligner sur la politique étrangère de l'UE et les sanctions contre Moscou, selon la Commission

La Serbie, plus grand pays candidat à l’UE dans les Balkans occidentaux, a reculé en matière d’alignement de sa politique étrangère et doit accroître ses engagements envers la stratégie de l’UE, selon un rapport publié mercredi.

/ Euractiv.com
Hungary’s President Katalin Novak visits Serbia
La décision du président serbe Aleksandar Vučić d'interdire la tenue de l'Europride à Belgrade a été condamnée par les eurodéputés et les organisations internationales de défense des droits de l’homme. [ EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

La Serbie, plus grand pays candidat à l’UE dans les Balkans occidentaux, a reculé en matière d’alignement de sa politique étrangère et doit accroître ses engagements envers la stratégie et les réformes de l’UE, selon le rapport sur l’élargissement publié mercredi (12 octobre).

Le rapport évalue les événements et les progrès réalisés au cours de l’année écoulée et indique clairement que la Serbie doit redoubler d’efforts pour s’aligner sur l’Union européenne. Elle doit notamment se joindre aux sanctions imposées par l’UE à l’encontre de la Russie et faire progresser des réformes sérieuses, appuyées par une volonté politique.

« La conformité de la Serbie avec la politique étrangère de l’UE a considérablement diminué, passant de 64 % en 2020 à 45 % aujourd’hui », indique le rapport national, en allusion à son refus de se joindre aux sanctions occidentales contre Moscou.

Ce constat a été repris par le commissaire européen à l’Élargissement, Oliver Varhelyi, qui a déclaré aux journalistes qu’il était également « clair que la Serbie doit intensifier ses efforts pour s’aligner sur les positions de la politique étrangère, y compris les déclarations et les sanctions conformes au cadre de négociation ».

Le Parlement européen a adopté en 2021 une résolution indiquant que la position de Belgrade porte atteinte à ses avancées dans le cadre de l’adhésion à l’UE, mais la situation n’a cessé de se détériorer depuis lors.

« La Serbie devrait, en priorité, respecter son engagement et s’aligner progressivement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE, y compris sur les mesures restrictives de l’UE, conformément au cadre de négociation entre l’UE et la Serbie », indique le rapport.

Belgrade, qui a traditionnellement adopté une position de neutralité vis-à-vis de l’OTAN et de la Russie, est aujourd’hui de plus en plus contrainte de choisir son camp dans un contexte de pression croissante de la part de Bruxelles et de Moscou.

En outre, la Serbie a fait parler d’elle ces derniers mois en raison d’un grand nombre de manifestations pro-russes et anti-européennes dans le pays. Des manifestants, y compris des organisateurs proches de la Russie, ont en effet fait l’éloge de Vladimir Poutine, brandi des bannières à son effigie et piétiné des drapeaux européens.

La Serbie entretient depuis longtemps de bonnes relations avec la Russie, y compris sur le plan culturel et historique, et dépend presque totalement du gaz russe.

M. Varhelyi a toutefois appelé la Serbie à faire preuve de solidarité avec le bloc, dans le contexte du conflit entre l’Ukraine et la Russie. « Nous avons besoin que la Serbie nous aide, nous avons besoin de toute l’aide, de tous les alliés que nous avons », a-t-il déclaré.

Des progrès qui stagnent

Le pays est officiellement candidat depuis 2012. Alors qu’il était initialement prévu qu’il termine les négociations en 2024 et adhère en 2025, cette éventualité est désormais très improbable.

Outre les sanctions contre la Russie, l’autre principal obstacle à l’adhésion de la Serbie à l’UE est son refus de reconnaître l’indépendance du Kosovo. Belgrade a déclaré à plusieurs reprises que son parcours vers l’adhésion ne devait pas être lié à la question de son ancienne province, qui a déclaré son indépendance en 2008.

Parmi les autres sujets de préoccupation importants en Serbie figurent les médias, qui sont presque entièrement sous le contrôle du parti au pouvoir, la liberté de réunion, le traitement des crimes de guerre et le bilan des droits de l’homme à l’égard des minorités telles que les Albanais de la vallée de Preševo, dans le sud du pays, dont les noms sont retirés du registre civil. La corruption, le crime organisé et le blanchiment d’argent font également partie des sujets préoccupants.

« En ce qui concerne la liberté d’expression, aucun progrès n’a été réalisé au cours de la période considérée », indique le rapport. Il est toutefois précisé que des progrès ont été réalisés dans la manière dont les autorités nationales ont répondu aux attaques contre les journalistes.

Une autre question clé était celle de l’EuroPride, qui se déroule chaque année dans une ville européenne différente — Belgrade ayant été choisie en 2022.

Face à l’indignation de la droite, le président Aleksandar Vučić a déclaré que l’événement serait interdit en raison de la « crise importante au Kosovo ». Les autorités ont ensuite interdit l’événement, invoquant des problèmes de sécurité, mais les organisateurs ont tout de même organisé la manifestation.

L’affaire a été condamnée par les eurodéputés et les organisations internationales de défense des droits de l’homme, qui ont mis en garde contre les conséquences que cela pourrait avoir sur la candidature de la Serbie à l’UE.

Mais le langage sévère utilisé dans le rapport risque d’avoir un impact négatif à Belgrade, alors que le public serbe se montre de moins en moins intéressé par l’adhésion à l’UE.

Si les résultats varient selon les enquêtes, la tendance générale est qu’environ la moitié de la population est défavorable à l’adhésion à l’UE. Ce chiffre augmente considérablement si la reconnaissance du Kosovo est citée comme condition préalable.