La société civile appelle les candidats à la présidentielle à s'emparer des enjeux du numérique

Alors que la campagne présidentielle s’accélère, un thème brille par son absence : le numérique. En dépit des timides percées sur l’aspect de souveraineté, plusieurs organisations de la société civile invitent les candidats à accorder plus d’importance à ces questions.

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L'échéance d'avril prochain est particulièrement critique après que la pandémie de Covid-19 a mis en lumière des dépendances technologies et des besoins en cybersécurité importants, et que la liste des licornes françaises, ces startups valorisées à plus d'un milliard de dollars, ne cesse de s'allonger. [Venus78/Shutterstock]

Alors que la campagne présidentielle s’accélère, un thème brille par son absence : le numérique. En dépit des timides percées sur l’aspect de souveraineté, plusieurs organisations de la société civile invitent les candidats à accorder plus d’importance à ces questions.

Numeum, Renaissance Numérique, Agora41, Le Cercle de la Donnée… plusieurs syndicats et associations du numérique multiplient les appels à destination des candidats à l’élection présidentielle pour que ceux-ci se saisissent des enjeux du numérique.

L’échéance d’avril prochain est particulièrement critique après que la pandémie de Covid-19 a mis en lumière des dépendances technologiques et des besoins en cybersécurité importants, et que la liste des licornes françaises, ces startups valorisées à plus d’un milliard de dollars, ne cesse de s’allonger.

Et pourtant, les propositions en la matière se font rares et les débats semblent pour l’instant faire l’impasse sur ces questions.

L’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, s’en est même ému le mois dernier sur France 2. « Nous vivons une révolution technologique inouïe […] Ça change partout dans le monde et dans ce débat présidentiel qui s’annonce, personne n’en parle », a-t-il déploré.

« Grâce au numérique, notre société a pu continuer de vivre dans un contexte aussi dramatique que cette crise sanitaire, mais il ne faut pas se reposer sur nos lauriers en ignorant que le futur est devant nous », reconnaît également Pierre-Marie Lehucher, co-président de Numeum, la fédération des acteurs du numérique née récemment de la fusion de Syntec Numérique et Tech in France. « Transformons l’essai, ou plutôt les essais », appelle-t-il de ses vœux dans un échange avec EURACTIV.

« On était opportuniste il y a cinq ans [au moment de la dernière élection présidentielle, NDLR], maintenant il faut être stratège », estime, quant à lui, Nicolas Vanbremeersch, président du think tank Renaissance numérique.

Il regrette que les candidats actuels n’aient « pas de pensée stratégique à la hauteur de la révolution » et qu’on réponde seulement à « l’enjeu du moment ».

M. Vanbremeersch partage par ailleurs le constat que le numérique est absent des discussions, tout en gardant bon espoir que lorsque tous les candidats seront autour de la table – comprendre Emmanuel Macron – les débats programmatiques pourront davantage avoir lieu.

Les deux hommes reconnaissent également que les enjeux du numérique pâtissent d’une certaine complexité et d’une transversalité qui rendent le sujet parfois difficile à aborder.

Souveraineté numérique

« L’esprit général de la campagne tourne autour de la souveraineté et de la reprise du contrôle », explique le président de Renaissance numérique à EURACTIV, tout en reconnaissant que le programme des candidats, encore en cours de finalisation pour certains, se contente pour l’instant de « mettre des marqueurs » — à l’instar des propositions en faveur de plus de sobriété numérique à gauche.

Ces derniers temps, c’est sur le thème de la souveraineté des données en particulier que se sont prononcés les candidats.

Hervé Morin, conseiller en charge des questions d’innovation et de souveraineté auprès de Valérie Pécresse a dénoncé par exemple le 22 janvier dernier « l’immense défaillance d’Emmanuel Macron » dans le choix français de « confier la totalité de nos données de santé à Microsoft » au sein du très décrié Health Data Hub. Le président centriste de la région Normandie a appelé à ne plus « dépendre uniquement des Gafa ».

À ce sujet, la candidate Les Républicains confiait d’ailleurs au journal Le Point, en novembre que « le démantèlement à venir d’un Google est inscrit dans sa position ultradominante » et que les pouvoirs publics devraient « montrer l’exemple en achetant plus de 50% de leurs logiciels à des fournisseurs européens ».

Plus récemment, le député et candidate La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, appelait la France à être « autonome et indépendante » en reprenant « le contrôle des vecteurs matériels » face aux « serveurs de droits américains ».

Mais aborder le numérique par la problématique de souveraineté n’est pas la porte d’entrée la plus simple, et conduit à des approches souvent caricaturales, reconnaissent les experts.

« Ce n’est pas une solution de facilité, que ce soit sur le plan technique, juridique ou institutionnel », souligne le co-président de Numeum. M. Lehucher invite plutôt les futurs décideurs politiques à se concentrer sur l’innovation, dont les technologies de rupture notamment, et la place de l’humain, avec un accent en particulier sur la formation des futurs talents.

« C’est sur ces questions-là que nous attendons les élus ! » conclut-il.