La validation du commissaire hongrois crée de profondes divisions au Parlement européen

Le Parti populaire européen, les Socialistes et Démocrates et Renew se sont mis d’accord mercredi 20 novembre pour approuver les six vice-présidents exécutifs de la Commission et le commissaire désigné à la Santé, le Hongrois Olivér Várhelyi, mais les négociations ont créé de profondes divisions entre les groupes.

EURACTIV.com
Stockholm hosts General Affairs Council
Le Hongrois Olivér Várhelyi, commissaire désigné à la Santé et au Bien-être animal. [EPA-EFE/Pontus Lundahl]

Le Parti populaire européen (PPE), les Socialistes et Démocrates européens (S&D) et Renew Europe se sont mis d’accord mercredi 20 novembre pour approuver les six vice-présidents exécutifs de la Commission européenne et le commissaire désigné à la Santé, le Hongrois Olivér Várhelyi. Cependant, les négociations ont créé de profondes divisions entre les groupes politiques du Parlement européen.

Le groupe S&D s’était précédemment opposé à la validation du candidat désigné par la Hongrie (affilié aux Patriotes pour l’Europe), ainsi qu’à celle du commissaire désigné par l’Italie, Raffaele Fitto (Conservateurs et Réformistes européens), après que le PPE ait choisi de bloquer la nomination de l’Espagnole Teresa Ribera (S&D).

Finalement, les trois groupes de la coalition traditionnelle PPE-S&D-Renew du Parlement européen, se sont accordés pour accepter tous les candidats désignés dont l’approbation par le Parlement européen était encore incertaine. Désormais, ils disposent du soutien de ces trois groupes politiques qui forment ensemble une majorité au sein de l’hémicycle.

« Il y a un accord sur la nouvelle Commission européenne, mais il n’y a rien à célébrer », a déclaré l’eurodéputé socialiste allemand Tiemo Wölken (S&D) après l’annonce officielle d’un accord.

Selon lui, « Manfred Weber [président du PPE] a voulu protéger le commissaire [proposé par] Viktor Orbán avec cette approche irresponsable ».

Un représentant du groupe libéral Renew a décrit la décision d’inclure un représentant du parti de Viktor Orbán, le Fidesz, dans la nouvelle Commission comme « horrible », expliquant à Euractiv que cela « va à l’encontre de tout ce que nous défendons ».

« C’est pourquoi Renew, la seule force parmi les trois, est passée du simple regret à l’action concrète et a travaillé sans relâche pour affaiblir la puissance de [Viktor] Orbán autant que possible », a-t-il ajouté.

Les Verts/ALE ont également réagi rapidement à l’annonce de l’accord entre les trois groupes parlementaires. Bien que le groupe n’ait pas été directement impliqué dans les discussions, il a été consulté à plusieurs reprises.

« Il est triste et décevant de voir les antagonismes nationaux et les petits jeux politiques ralentir la formation de la nouvelle Commission. Les divisions entre les principaux groupes démocratiques sont un cadeau pour Viktor Orbán », a commenté Bas Eickhout, chef de file des Verts.

« Nous ne pouvons pas accepter un commissaire qui a montré à plusieurs reprises un profond mépris pour le Parlement européen », a ajouté l’autre co-présidente du groupe des Verts/ALE, Terry Reintke.

Ces points de vue ont été repris par la présidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL), Manon Aubry.

Qualifiant la nomination « d’un commissaire d’extrême droite déplorable », elle a expliqué à Euractiv que cette nomination, « comme celle de Raffaele Fitto », était « le résultat de sombres tractations en coulisses entre les principaux groupes du Parlement européen ».

« Ils ont, une fois de plus, mis de côté leurs valeurs et piétiné la démocratie pour mettre en place la Commission la plus à droite de l’Histoire. »

Malgré la controverse, le PPE a fermement maintenu sa position sur la nomination d’Olivér Várhelyi en tant que commissaire à la Santé et au Bien-être animal.

« Ceux qui continuent à s’opposer à lui doivent expliquer comment procéder autrement. Les traités prévoient qu’il doit y avoir un commissaire hongrois, et malheureusement, Viktor Orbán est toujours au pouvoir », a soutenu l’eurodéputé allemand de centre-droit Peter Liese (PPE).

Pour lui, le rejet de la candidature d’Olivér Várhelyi aurait pu conduire Viktor Orbán à « retarder la nomination de la nouvelle Commission pendant des mois ».

Un portefeuille réduit

Les trois groupes politiques se sont mis d’accord pour réduire le portefeuille de commissaire du Hongrois, comme Renew Europe et le groupe S&D le préconisaient depuis le début des négociations avec le PPE.

La commissaire proposée par la Belgique, Hadja Lahbib, à qui Ursula von der Leyen a confié le portefeuille de l’État de Préparation et de la Gestion des crises, s’est vu transférer la supervision de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) qui incombait initialement au commissaire à la Santé.

Même pour Peter Liese, membre du PPE — groupe qui n’avait pas initialement plaidé en faveur d’une redéfinition du portefeuille du commissaire à la Santé —, cette décision était la bonne.

« Pendant la pandémie, la Hongrie a [introduit] des vaccins non approuvés par l’Agence européenne des médicaments [comme le vaccin russe Sputnik]. Viktor Orbán a également violemment critiqué les politiques de la Commission en matière de pandémie », s’est-il rappelé. « Si une pandémie devait survenir, la prévention ne devrait pas être entre les mains d’un commissaire hongrois. »

En outre, les dossiers liés aux droits reproductifs et sexuels — principaux points de friction pour ceux qui s’opposaient à la validation du commissaire hongrois — ont été retirés du portefeuille d’Olivér Várhelyi. Là encore c’est Hadja Lahbib qui s’occupera de ces questions.

« C’est très important pour moi : la Hongrie n’a plus son mot à dire sur le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes », a commenté l’eurodéputé socialiste Tiemo Wölken (S&D).

« Ma position est claire : les droits sexuels et reproductifs des femmes sont des droits humains fondamentaux. Je veux m’assurer que nos filles et petites-filles jouissent également de ces droits », a ajouté la libérale Stine Bosse (Renew Europe).

« La réduction des responsabilités de [Olivér] Várhelyi, notamment la suppression de ses fonctions liées à la santé sexuelle et reproductive, est le strict minimum, étant donné les positions antiavortement et anti-LGBT du Fidesz », a résumé Manon Aubry.

Le Parlement européen devra valider la nomination d’Olivér Várhelyi en tant que commissaire à la Santé lors de sa prochaine session plénière, qui débutera lundi 25 novembre prochain.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]