La zone euro sommée de sortir de l’impasse
La plus grande confusion règne autour de la rencontre des Européens, et il est d’ores et déjà acquis que rien de concret n’en sortirait. Au point qu’une deuxième réunion est prévue mercredi 26 octobre, pour trouver la "solution globale" tant attendue.
La plus grande confusion règne autour de la rencontre des Européens, et il est d’ores et déjà acquis que rien de concret n’en sortirait. Au point qu’une deuxième réunion est prévue mercredi 26 octobre, pour trouver la « solution globale » tant attendue.
Les décisions du 21 juillet dernier n’auront pas suffi. Ce jour là, les dix sept chefs d’État et de gouvernement de la zone euro ont assuré à leurs citoyens et aux marchés que toutes les mesures nécessaires avaient été prises pour endiguer la crise dite de la dette.
Nouveau tête à tête franco-allemand
Trois mois plus tard, l’accumulation de mauvaises nouvelles a forcé les États à organiser une nouvelle réunion d’urgence.
Les notes souveraines de l’Espagne et de l’Italie ont été abaissées par plusieurs agences et la France est désormais dans le radar de Moody’s. La Grèce a pris du retard dans son programme de privatisation et ne parvient pas à contenir sa dette.
Le monde entier regarde la zone euro. La Chine et les États-Unis commencent à faire sentir publiquement leur agacement face à une crise que les dirigeants européens semblent incapables de juguler eux-mêmes alors qu’elle menace la stabilité et le croissance de l’économie mondiale. Et Barack Obama a insisté pour qu’une réponse à la situation européenne soit trouvée avant le G20 de Cannes des 3 et 4 novembre.
Dès la semaine dernière, le gouvernement allemand avait prévenu que ce sommet, reporté au 23 octobre, ne résoudrait pas tous les problèmes d’un coup, laissant présager des conclusions décevantes. Et comme si la confusion n’était pas à son comble, les dirigeants européens ont annoncé hier la tenue d’une autre rencontre mercredi 26 octobre.
La zone euro a besoin que des décisions soient prises et rapidement. Plusieurs axes se dessinent, selon les différentes sources consultées par EURACTIV.fr.
C’est par là que tout a commencé, fin 2009. Depuis, malgré un premier plan d’aide de 110 milliards d’euros, la Grèce continue de sombrer et sa dette de se creuser. La majorité des investisseurs doute aujourd’hui de sa capacité à honorer ses créances, alors que l’économie est en pleine récession.
Selon l’agence Reuters, le Fonds monétaire international (FMI) ne semble pas non plus convaincu par l’analyse des autorités européennes sur la soutenabilité de la dette grecque.
Le troisième pilier de la « troïka » (avec la BCE et l’UE) attendrait de connaître les conclusions du sommet européen avant de décider du versement, début novembre, de la sixième tranche d’aide de huit milliards d’euros à Athènes. Une nécessité pour éviter une faillite du pays.
En juillet, les États de la zone euro se sont mis d’accord sur des pertes à hauteur de 21%. Cette fois, les Européens iraient plus loin. Paris et Berlin discuteraient d’une décote de 40 à 50%, assumée par les investisseurs privés, ce qui amène au deuxième sujet chaud du sommet.
La recapitalisation des banques
Les titres grecs sont principalement détenus par des banques européennes, françaises en particulier. Depuis le mois d’août, elles ont été largement attaquées sur les marchés financiers. La perte de confiance des marchés dans la valeur de la dette souveraine impacte donc directement les banques détentrices de titres souverains grecs, suscitant la méfiance des autres établissements financiers à leur égard.
Les banques ne se prêtent plus entre elles et préfèrent placer leur argent à la Banque centrale européenne, ce qui conduit au gel du marché interbancaire. Une situation similaire à ce qui s’est passé après la faillite de Lehman Brothers.
Renforcer leurs fonds propres servirait de bouclier aux banques en cas de pertes sur des titres souverains. Reste à savoir si elles peuvent le faire seules, en réduisant leur bilan, ou si elles doivent faire appel à l’État.
Pour le moment, l’UE et le FMI ne s’entendent pas sur les besoins en recapitalisation des banques européennes. L’Autorité bancaire européenne estime qu’il faudra près de 90 milliards d’euros pour consolider leurs fonds propres tandis que le Fonds table plutôt sur 200 milliards.
En réinjectant de l’argent dans les banques, comme à l’automne 2008, les États pourraient rétablir la confiance entre les établissements financiers et les marchés. Cela permettrait aussi d’éviter que les banques ne limitent le crédit aux entreprises et aux particuliers, ce qui ralentirait d’autant plus l’activité économique.
Mais certains États comme la France ne peuvent pas se permettre d’injecter indéfiniment de l’argent dans leur système bancaire national, au risque d’aggraver leur situation budgétaire. Moody’s a clairement mis en garde Paris contre les risques d’une recapitalisation par le recours à de l’argent public, qui pourrait amener l’agence à placer la dette française sous perspective négative.
De la même façon, lorsque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été lancé, personne n’avait pas imaginé que l’Italie et l’Espagne puissent avoir des difficultés à se financer sur les marchés. Pourtant, dès le mois d’août, la Banque centrale européenne a brisé un tabou, en rachetant une partie de leurs dettes sur le marché secondaire pour éviter un envol des taux d’intérêts.
Les dirigeants européens doivent donc revoir leur copie et repenser le FESF, dont les ressources ne sont pas suffisantes pour faire face à une restructuration ou un défaut de pays si importants.
Mais pas question pour Berlin de consentir à une nouvelle augmentation des fonds alloués au FESF.
La solution envisagée par la France et l’Allemagne et sur laquelle les dirigeants européens pourraient s’accorder, dimanche, consiste à démultiplier la capacité d’intervention du Fonds, en l’autorisant à garantir les premiers 20% à 30% des pertes éventuelles sur les nouvelles émissions de dette par des pays de la zone euro, ce qui ferait passer la puissance de feu du FESF à plus de 1000 milliards d’euros.
En clair, il s’agit d’un système d’assurance partielle pour de la dette nouvellement émise en dehors des programmes d’aide existants. C’est un moyen de s’assurer que les investisseurs continuent d’acheter de la dette de pays en difficulté comme l’Espagne ou l’Italie.
Pour Laurence Boone, chef économiste Europe à Bank of America, une garantie de 20-30% ne sera pas suffisante pour attirer les investisseurs, qui exigeront plutôt une couverture de 40 voire 50%.
A noter que la capacité d’intervention effective du FESF n’est déjà plus que de 287 milliards d’euros, si l’on tient compte des engagements pris envers l’Irlande, le Portugal et le second plan d’aide à la Grèce de 109 milliards d’euros.
Renforcement gouvernance économique
La gouvernance économique de la zone euro sera également au menu du sommet de dimanche. Une modification des traités est de plus en plus évoquée, même si les détails restent flous.
Lors d’un briefing prépatoire, un diplomate a laissé entendre qu’une plus grande intégration fiscale pourrait être étudiée ainsi qu’un renforcement de la discipline budgétaire. La création d’eurobonds n’est absolument au programme.

