L'UE se précipite vers un accord avec le Mexique alors que Washington guette

Les députés européens devraient se prononcer sur cet accord en juillet

EURACTIV.com
[Photo : Philipp von Ditfurth/picture alliance via Getty Images]

L’UE s’apprête à signer son accord commercial révisé avec le Mexique la semaine prochaine, alors que Bruxelles s’efforce de conclure cet accord dans un contexte d’incertitude croissante concernant les négociations commerciales parallèles avec Washington.

L’accord sera officiellement signé lors d’un sommet UE-Mexique qui se tiendra à Mexico le 22 mai, en présence de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, du président du Conseil européen, António Costa, et de la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum.

Les négociations sur le pacte modernisé se sont conclues en janvier 2025, quelques jours seulement avant que le président américain Donald Trump ne revienne à la Maison Blanche et ne relance ses menaces de droits de douane à l’encontre de ses principaux partenaires commerciaux.

« Le moment choisi pour cet accord n’est pas une coïncidence », a déclaré un responsable de l’UE aux journalistes avant le sommet, qualifiant l’accord de « déclaration géopolitique » en faveur d’un commerce ouvert et fondé sur des règles.

Le Mexique est le deuxième partenaire commercial de l’UE en Amérique latine après le Brésil, avec lequel Bruxelles a récemment finalisé l’accord Mercosur, longtemps reporté. Bruxelles espère que cet accord remanié stimulera davantage le commerce bilatéral, qui dépasse déjà 80 milliards d’euros par an.

Indications géographiques 

L’accord actualisé entre l’UE et le Mexique modernise un partenariat datant de 2000, en y ajoutant de nouvelles dispositions sur la propriété intellectuelle, le développement durable et le commerce numérique.

Bruxelles reste toutefois sur ses gardes après la levée de boucliers politique déclenchée par l’accord avec le Mercosur, notamment en ce qui concerne les concessions agricoles. Cette fois-ci, cependant, les législateurs insistent sur le fait que la dynamique est différente.

Borja Giménez Larraz, député européen chargé de l’accord commercial UE-Mexique, affirme que l’agriculture mexicaine est largement complémentaire de la production européenne, plutôt qu’en concurrence directe avec celle-ci.

« Pour les Européens, d’énormes opportunités s’ouvrent dans les produits à valeur ajoutée tels que le fromage, l’huile d’olive ou le chocolat », a-t-il indiqué à Euractiv.

L’UE vend déjà pour environ 2,7 milliards d’euros de produits alimentaires au Mexique chaque année, tandis que l’accord éliminera progressivement les droits de douane sur des exportations clés telles que le fromage, où les droits atteignent actuellement 45 %, bien que dans certains cas dans le cadre de régimes de quotas.

Les indications géographiques constituent un élément clé de l’accord. Le Mexique protégera 336 appellations supplémentaires de produits alimentaires et de boissons de l’UE, en plus des 232 spiritueux déjà reconnus dans le cadre des accords existants.

La liste comprend le gouda néerlandais, la feta grecque et le Jamón de Teruel – un mets raffiné originaire de la région natale de Giménez Larraza, a-t-il précisé. Ces mesures de protection visent à préserver les producteurs européens des imitations étrangères et à renforcer la valeur des exportations alimentaires haut de gamme de l’UE.

L’ombre des États-Unis plane

Mais la signature de cet accord se fait dans l’ombre de Washington.

Les États-Unis, le Mexique et le Canada renégocient simultanément l’accord commercial USMCA, qui devait initialement être conclu avant le 1er juillet, bien que les responsables américains reconnaissent désormais que les négociations pourraient se prolonger au-delà de cette date limite.

Parallèlement, Washington a intensifié ses pressions contre le régime des indications géographiques de l’UE dans le cadre des négociations commerciales bilatérales, cherchant à affaiblir les protections dont bénéficient les produits phares européens.

Les États-Unis ont insisté sur cette question auprès de partenaires tels que l’Argentine, bien que l’UE ait déjà conclu l’accord avec le Mercosur. Des demandes similaires devraient émerger lors des négociations de l’USMCA avec le Mexique et le Canada.

Charles Deparis, président d’oriGIn EU, qui représente les producteurs de denrées alimentaires bénéficiant d’une indication géographique, a assuré que l’accord UE-Mexique offrait « un niveau de protection très élevé » pour ces produits. Il a toutefois ajouté qu’une ratification rapide était essentielle compte tenu de la « pression croissante » exercée sur les partenaires commerciaux de l’UE pour qu’ils « affaiblissent les protections des IG ».

« oriGIn EU appelle les institutions de l’UE et ses partenaires commerciaux à rester fermes dans la défense de l’intégrité du système des IG et à veiller à ce que les engagements existants soient pleinement respectés », a déclaré Deparis.

La Commission est pleinement consciente des enjeux.

S’exprimant lors d’un événement organisé à l’ambassade du Mexique à Bruxelles le mois dernier, le haut responsable du commerce de la Commission, Leopoldo Rubinacci, a refusé de commenter directement les contestations répétées des États-Unis concernant les indications géographiques de l’UE, mais a insisté sur le fait qu’il restait confiant quant au respect par le Mexique et l’UE de leurs engagements envers l’accord révisé.

Giménez Larraz s’attend à ce que le processus de ratification avance rapidement.

« Notre objectif est que l’avis conforme du Parlement soit adopté en juillet, avant l’été », a-t-il indiqué. « Nous sommes tous conscients de la nécessité de conclure ce dossier le plus rapidement possible […] afin de garantir qu’il soit réglé selon nos conditions et sans ingérence », a ajouté le député européen de centre-droit.

(adm, aw)