Lactalis à l’assaut de son concurrent italien

Le groupe laitier français a lancé une OPA hostile sur l’italien Parmalat. Si cette opération aboutit, il se trouvera dans une situation de « monopole », juge l’économiste agricole Lucien Bourgeois.

EURACTIV.fr

Le groupe laitier français a lancé une OPA hostile sur l’italien Parmalat. Si cette opération aboutit, il se trouvera dans une situation de « monopole », juge l’économiste agricole Lucien Bourgeois.

Le groupe laitier, Lactalis, a annoncé, mardi 26 avril, le lancement d’une offre de rachat sur son concurrent italien Parmalat. 

Le Français, qui détient déjà 29% de l’Italien, a proposé de racheter les actions Parmalat à hauteur de 2,6 euros, soit une prime de plus de 20% par rapport à la cotation boursière de cette action depuis douze mois. Mercredi 27 avril à midi, le cours de l’action était remonté à 2,57 euros.

«Je ne considère pas ça comme une OPA hostile», a jugé le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, mardi 26 avril, en marge du sommet franco-italien qui s’est tenu à Rome. Il a également affirmé que la concurrence devait être libre, et qu’un État ne devait pas intervenir dans une opération de ce type, à moins qu’elle ne concerne un secteur mettant en danger la sécurité du pays. 

Néanmoins, le Cavaliere a indiqué qu’il espérait qu’une alliance, notamment constituée par la Caisse des dépôts italienne et des banques du pays, puisse trouver un accord avec Lactalis afin de prendre une participation dans Parmalat. 

«Cela sera à l’avantage de l’Italie, et cela sera à l’avantage de la France», a pour sa part déclaré le président français Nicolas Sarkozy. «Il n’y a pas lieu de se faire une guerre», a-t-il ajouté. 

Monopole de fait

«Cela revient à reconstituer un monopole, de fait», analyse l’économiste agricole Lucien Bourgeois, qui ironise sur le «prétendu dynamisme» d’un marché où la concurrence joue à plein. «C’est troublant, on n’est plus du tout dans une situation de concurrence.» «On constate que la Commission européenne se désengage des marchés, et que les entreprises deviennent libres de s’organiser comme elles le veulent», poursuit-il.

«Il y a une contradiction entre une Europe qui se voudrait neutre par rapport aux marchés et la constitution de monopoles qui sont loin d’être neutres», poursuit-il.  Il déplore une «guerre des mastodontes», dont le rachat de Parmalat par Lactalis est un nouveau développement. 

Cet expert, membre du «Groupe saint Germain» (proche du PS), plaide pour la mise en œuvre d’une politique alimentaire commune au niveau européen, qui passerait notamment par le développement des circuits courts. 

Si le rachat de Parmalat par Lactalis aboutissait, le français deviendrait premier groupe mondial dans le secteur du lait, et dégagerait un chiffre d’affaires de 14 milliards d’euros.

En 2010, Lactalis avait déjà racheté les activités laitières de deux groupes espagnols, Forlasa et Ebro Puleva.