Qui contrôle la politique étrangère ? L'UE se prépare à une bataille politique
Lisez le document franco-allemand de « réflexion » sur la réforme du service extérieur de l'UE
Les dirigeants de l’UE s’affronteront sur l’avenir de Kaja Kallas et de son service diplomatique lors d’un sommet qui se tiendra avant la fin de l’année, comme le révèle un document obtenu par Euractiv.
Ce débat institutionnel controversé va se retrouver au cœur de l’agenda politique, suite à la pression exercée par l’Allemagne et la France pour une refonte du Service européen pour l’action extérieure, dirigé par Kallas, et pour que cette question soit débattue d’ici fin 2026.
Dans un document obtenu par Euractiv, Paris et Berlin ont esquissé leur projet visant à intégrer en grande partie le SEAE, fort de 5 000 collaborateurs dont un tiers sont des diplomates nationaux détachés, au sein de la Commission européenne.
Cette proposition diplomatique confidentielle fait valoir que cette mesure est nécessaire pour permettre une politique étrangère de l’UE « plus forte, plus rapide et mieux coordonnée ».
Cette initiative conjointe, datée du mois d’août et diffusée avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de la semaine dernière, a d’abord été élaborée par l’Allemagne, puis mise à jour après avoir reçu les contributions de la France.
L’Allemagne avait rassemblé ses propres idées dans un document antérieur distinct, également obtenu par Euractiv.
La comparaison des deux documents révèle des nuances significatives entre les positions allemande et française, ce qui suggère que les deux capitales ne s’accordent pas sur l’étendue du rôle que devrait jouer Kallas.
Le document franco-allemand demande explicitement que Kallas devienne « vice-présidente exécutive » de la Commission, une formulation qui n’apparaît pas dans le document allemand et qui est remise en question par Berlin, compte tenu de l’objectif de l’Allemagne de renforcer le rôle présidentiel d’Ursula von der Leyen.
Le document franco-allemand précise également : « La HRVP doit enfin être habilitée à assumer ses responsabilités telles que définies par le Traité. »
Le document conjoint précise également qu’une partie du cercle restreint de la Commission européenne – les services chargés de la politique étrangère au sein de son secrétariat général – devrait être soumise aux mêmes quotas nationaux de recrutement que ceux qui s’appliquent déjà au SEAE, selon lesquels au moins un tiers du personnel doit provenir des services diplomatiques nationaux.
Cela renforcerait considérablement le contrôle que les gouvernements nationaux peuvent exercer sur l’élaboration de la politique étrangère de l’UE et ouvrirait les coulisses de la Commission aux diplomates nationaux, une revendication française.
Cette discussion, qui constitue en soi le débat institutionnel le plus important depuis le traité de Lisbonne, est liée aux négociations sur le budget 2028-2034, qui devraient atteindre leur paroxysme lors d’un sommet marathon en décembre.
Kaja Kallas a tenté de reprendre le contrôle du processus de réforme, fustigeant le plan franco-allemand qu’elle juge impopulaire parmi les pays de l’UE. Elle a fait valoir la semaine dernière que tout renforcement de son rôle au sein de la Commission serait en fin de compte inapplicable, car c’est le président de la Commission qui « prend réellement les décisions » de la politique étrangère.
EURACTIV FRANCO GERMAN(bw)