L’Allemagne devient le leader européen de l’investissement dans la recherche sur l’IA
La start-up allemande Zander Laboratories a signé un accord de financement de 30 millions d’euros avec l’agence allemande pour l’innovation dans le domaine de la cybersécurité, ce qui constitue l’investissement le plus important jamais réalisé par un gouvernement de l’UE dans la recherche sur l’IA.
La start-up allemande Zander Laboratories a signé, vendredi dernier (15 décembre), un accord de financement de 30 millions d’euros avec l’agence allemande en charge de la cybersécurité, ce qui constitue l’investissement le plus important jamais réalisé par un gouvernement de l’UE dans la recherche en intelligence artificielle.
Zander Laboratories a devancé ses quatre concurrents sur l’appel d’offres fédéral pour une « interaction humain-machine neutre et sûre », publié en octobre 2022. La start-up a convaincu le jury avec son projet de « neuroadaptivité pour les systèmes autonomes » (NAFAS), qui explore la possibilité de collecter des données cérébrales qui pourraient être utilisées directement par un système d’IA dans son apprentissage tout en simplifiant la communication humain-machine pour l’accomplissement de certaines tâches.
Selon le professeur Thorsten Zander, « cette approche dans le domaine des interfaces neuronales directes (BCI) montre clairement les différences d’approche entre les États-Unis et l’Europe ».
En effet, « alors que les États-Unis privilégient les méthodes invasives et se concentrent principalement sur les applications médicales [de l’IA], nous nous concentrons sur des technologies non-invasives et cherchons à servir les utilisateurs sans limites. Cela révolutionnera l’interaction homme-machine », a déclaré M. Zander.
Pour l’agence gouvernementale, c’est précisément dans ce domaine de recherche que les résultats de l’Europe sont les plus visibles, l’UE occupant la première place sur la scène internationale.
L’annonce de ce financement a également été salué par la ville allemande de Cottbus, où est basée la start-up. Markus Niggemann, responsable de la gestion financière, du développement économique et des affaires sociales de la ville, ayant déclaré que le projet « fera avancer la transition de notre société urbaine vers une région d’avenir ».
Révolution de l’IA
Dans le cadre du projet sur la neuroadaptivité, les chercheurs classeront les différentes réponses cérébrales afin que les machines puissent mieux interpréter ces réactions à l’avenir.
« Cette révolution permettra aux machines d’enregistrer et d’interpréter les données cérébrales en temps réel », a expliqué M. Zander, ajoutant que cela donnera aux machines « un aperçu de la perception et de l’interprétation des l’utilisateurs » en temps réel.
« Cela nous permettra de transférer les connaissances, les valeurs et les objectifs de l’utilisateur à la machine, afin de permettre une interaction intuitive », a ajouté M. Zander.
Au cours des quatre prochaines années, les fonds publics seront principalement destinés au développement de prototypes neurotechnologiques, dans l’espoir que ces derniers soient capables de déchiffrer les signaux cérébraux.
L’idée derrière ce projet est que les humains soient en mesure d’échanger des informations avec un système externe par l’intermédiaire de leurs pensées, la transmission de ces dernières guidant la machine dans l’accomplissement de tâches ou l’acquisition de nouvelles compétences.
Normes internationales
Cette annonce intervient quelques jours après que le Conseil de l’UE, le Parlement européen et la Commission européenne sont parvenus à un accord politique sur la loi sur l’IA (AI Act) le 8 décembre, qui constitue la première loi globale au monde sur l’intelligence artificielle.
Le ministre allemand du Numérique, Volker Wissing, a déclaré que le AI Act pourrait établir une norme pour la règlementation de l’IA à l’échelle mondiale.
« L’intelligence artificielle va changer la donne », a soutenu M. Wissing lors d’une réunion de la commission du numérique du parlement allemand. Il a également souligné l’importance de trouver une solution au niveau de l’UE.
« Nous ne voulons pas non plus devenir le marché le plus strictement règlementé. À cet égard, nous examinons attentivement le [texte adopté au niveau de l’UE] et nous le soutiendrons de manière constructive, mais pas sans critique », a-t-il ajouté, faisant ainsi écho à la position de la France et de l’Italie sur la question.
En commission parlementaire, M. Wissing a également salué l’engagement pris par les pays du G7 en octobre dernier visant à créer un code de conduite pour l’IA qui formule 11 recommandations non contraignantes telles que la prévention des risques dans la phase de développement de l’IA ou encore la garantie de la protection des données et des droits d’auteur.
« Je pense que ce “code de conduite” est la bonne approche pour agir de manière uniforme au niveau international. D’une part, parce qu’il crée des conditions de concurrence uniformes et, d’autre part, parce que nous ne pouvons réellement nous attaquer aux risques de sécurité liés à l’IA qu’au niveau mondial, et pas seulement au niveau européen ou national », a ajouté le ministre allemand.