L’Allemagne divisée sur la question de l’augmentation de la production alimentaire

Le débat sur l’abandon des mesures environnementales pour produire davantage de nourriture et atténuer les problèmes découlant de la guerre en Ukraine divise les décideurs politiques allemands.

EURACTIV Allemagne
This article is part of our special report "Comment la guerre en Ukraine transforme la PAC"
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La réunion de vendredi ne s’étant pas achevée sur un accord concernant une position commune en amont du processus législatif officiel, les représentants régionaux sont maintenant prêts à voter sur la question le vendredi (8 avril). [Shutterstock]

Le débat sur l’abandon des mesures environnementales pour produire davantage de nourriture et atténuer les problèmes découlant de la guerre en Ukraine divise les décideurs politiques allemands. Jusqu’à présent, le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente.

Lors d’une réunion qui s’est tenue vendredi 1er avril, les ministres fédéraux et régionaux de l’Agriculture n’ont pas réussi à trouver un consensus sur un éventuel permis temporaire de production d’aliments pour animaux ou de denrées alimentaires dans les zones dites « écologiques ».

Habituellement, les agriculteurs ne sont pas autorisés à cultiver ces zones dans le but de favoriser la biodiversité et la protection du climat. Dans le système fédéral allemand, le gouvernement fédéral et les gouvernements des Länder (les régions) doivent se mettre d’accord pour assouplir les restrictions.

La réunion de vendredi ne s’étant pas achevée sur un accord concernant une position commune en amont du processus législatif officiel, les représentants régionaux sont maintenant prêts à voter sur la question le vendredi (8 avril).

En réaction à la guerre en Ukraine, qui est un grand exportateur de denrées alimentaires essentielles comme le blé ou les oléagineux, la Commission européenne a proposé, dans sa récente communication sur la sécurité alimentaire, que les États membres autorisent la production d’aliments pour animaux et l’utilisation de pesticides sur les terres laissées en jachère afin d’assurer une production alimentaire nationale suffisante.

Pas de pesticides dans les zones protégées

Pour le ministère allemand de l’Agriculture, dirigé par les Verts, les propositions de l’exécutif européen vont trop loin.

Dans une déclaration, le ministère a affirmé qu’autoriser l’utilisation de pesticides dans les zones protégées serait contre-productif pour la réalisation des objectifs écologiques définis dans la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table ».

À la place, le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a proposé d’autoriser l’utilisation temporaire des terres en jachère pour l’alimentation animale, tout en continuant à interdire l’utilisation de pesticides et les cultures d’aliments pour la consommation humaine.

Cela contribuerait à rendre l’Allemagne plus autonome en ce qui concerne l’approvisionnement en aliments pour animaux tout en évitant que les zones protégées soient labourées, a-t-il expliqué aux journalistes après la réunion de la semaine dernière.

Le labourage détruirait une grande partie des progrès réalisés en matière de biodiversité et libérerait le CO2 stocké dans le sol, alors que le gain en termes de production alimentaire serait minime, a-t-il ajouté.

De nombreuses régions fédérales, cependant, ne sont pas de cet avis et ont demandé à l’Allemagne de mettre pleinement en œuvre les propositions de la Commission, voire d’aller plus loin et d’autoriser toute production agricole sur les terres en jachère.

Des discussions délicates

Selon Peter Hauck, le ministre conservateur de la région sud-ouest du Bade-Wurtemberg, les terres en jachère « ne contribuent pas de manière déterminante à enrayer la crise climatique ».

En revanche, elles pourraient être « utilisées pour produire de la nourriture pour 10 millions de personnes », a-t-il indiqué après la réunion.

Même si les discussions ont été prolongées de plusieurs heures, les ministres sont restés divisés et ne semblaient pas disposés à fléchir sur la question.

« Je n’ai jamais assisté à des discussions aussi délicates », a déclaré le ministre social-démocrate Till Backhaus, de la région du Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Lorsque les gouvernements régionaux se réuniront à nouveau vendredi pour voter officiellement sur la question devant la deuxième chambre du Parlement, le Bundesrat, ils auront la possibilité d’apporter des modifications à la proposition du gouvernement fédéral.

M. Backhaus s’est montré optimiste quant au fait que les régions qui souhaitent autoriser une augmentation de la production parviendront à obtenir le feu vert du Bundesrat pour les amendements qu’elles souhaitent.

« Nous avons déjà une majorité parmi les États fédéraux », a-t-il déclaré.

Toutefois, malgré toutes les divergences, il existe toujours un consensus de base entre les ministres fédéraux et régionaux sur les objectifs écologiques de l’UE, M. Hauck soulignant qu’« absolument personne parmi nous ne remet en question la Politique agricole commune, le Pacte vert pour l’Europe ou la stratégie de la ferme à la table ».

En raison de la guerre en Ukraine, la Commission européenne a récemment reporté plusieurs propositions législatives, notamment le règlement sur l’utilisation durable des pesticides et les objectifs de restauration de la nature, destinés à mettre en œuvre la stratégie phare de l’UE pour une production alimentaire durable.