L’Allemagne sous le feu des critiques pour son investissement de 200 milliards d’euros

L'investissement allemand de 200 milliards d’euros a été vivement critiqué par la Commission européenne et les États membres, qui reprochent à Berlin de faire cavalier seul.

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Eurogroup meeting in Luxembourg
Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire (G) et le ministre allemand des Finances Christian Lindner (D) échangent au début de la réunion de l'Eurogroupe de lundi (3 octobre). [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Les projets de l’Allemagne visant à protéger les ménages et les entreprises de la flambée des crises énergétiques grâce à un investissement de 200 milliards d’euros ont été vivement critiqués par la Commission européenne et les États membres, qui reprochent à Berlin de faire cavalier seul.

La semaine dernière, l’Allemagne a annoncé la mise en place d’un plan d’aide de plusieurs centaines de milliards d’euros. Quelques jours plus tard seulement, une réunion des ministres des Finances de l’UE s’est tenue dans le but de minimiser les approches nationales isolées et de renforcer la coopération et la solidarité entre les États membres.

« Les mesures prises au niveau national ont des retombées importantes sur les autres États membres. Une approche coordonnée au niveau européen est donc plus essentielle que jamais », a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, lors d’une conférence de presse mercredi.

M. Gentiloni a surtout insisté sur le fait que les politiques fiscales des États membres ne devaient pas compliquer les tentatives de l’Union européenne de réduire l’inflation, indiquant qu’une augmentation des dépenses serait contre-productive.

Bien que M. Gentiloni n’ait pas fait directement référence à l’Allemagne, soulignant que « ce n’est pas le moment de blâmer tel ou tel effort d’un seul État membre », sa critique fait suite à de vives réactions de la part de politiciens espagnols, italiens et français.

Après les critiques adressées par le Premier ministre italien par intérim Mario Draghi au plan allemand pour son manque de coordination au niveau européen, sa probable successeure, Giorgia Meloni, du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), s’est également exprimée.

« Aucun État membre ne peut proposer seul des solutions efficaces et à long terme en l’absence d’une stratégie commune, pas même ceux qui semblent les moins vulnérables financièrement », a-t-elle déclaré.

Guido Crosetto, l’un des fondateurs des Frères d’Italie, pressenti pour occuper un rôle important aux côtés de Giorgia Meloni, a trouvé des mots encore plus clairs. « C’est un acte, précis, délibéré, non convenu, non partagé, non communiqué, qui sape les raisons de l’Union », a-t-il déclaré.

La France a également critiqué le gouvernement allemand, des sources gouvernementales ayant déclaré qu’elles auraient espéré davantage de solidarité en réponse à la crise énergétique.

« La meilleure réponse à une attaque contre l’Union européenne [telle que la crise de l’approvisionnement en gaz] est que cette réponse soit européenne », a déclaré la source.

Le ministre français des Finances et de l’Économie Bruno le Maire a également trouvé des mots forts lundi : « Je pense qu’il est essentiel, en Europe, que nous réagissions ensemble face à la crise énergétique. Nous avons besoin d’une stratégie économique globale entre les pays de la zone euro et les pays européens pour faire face à la crise. Nous devons être plus déterminés, plus unis, plus rapides dans nos réponses », a-t-il déclaré.

« Sans cela, nous risquons la fragmentation de la zone euro », a-t-il ajouté.

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a tenté de défendre le plan d’aide énergétique de 200 milliards d’euros face aux critiques internationales.

« Les mesures sont proportionnées à la taille de l’économie allemande et à leur durée jusqu’en 2024 », a déclaré M. Lindner lundi. Il a ajouté qu’elles étaient conformes à ce que d’autres pays d’Europe avaient introduit et qu’elles n’étaient donc « certainement pas surdimensionnées ».

M. Lindner a également tenu à souligner que l’enveloppe de 200 milliards d’euros ne constituerait pas un plan de relance économique, considéré comme contre-productif et susceptible d’accélérer encore l’inflation.

« L’Allemagne ne lance pas un plan de relance économique. L’Allemagne ne stimule pas la demande. Nous ne stimulons pas l’économie », a souligné M. Lindner.