L’attribution des postes au Parlement européen crée une première brèche dans la majorité d’Ursula von der Leyen

La lutte pour les postes à responsabilité au sein des panels de recherche et des groupes de travail de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie du Parlement a déclenché une prise de bec entre des eurodéputés du Parti populaire européen et des Verts.

EURACTIV.com
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Réunion constitutive de la commission ITRE. [European Parliament/Philippe BUISSIN]

La lutte pour les postes à responsabilité au sein des panels de recherche et des groupes de travail de la commission de l’Industrie, de la Recherche et de l’Énergie (ITRE) du Parlement européen a déclenché une importante prise de bec entre des eurodéputés du Parti populaire européen (PPE) de centre droit et des Verts.

Après que les Verts ont voté en ligne les groupes d’extrême droite de l’hémicycle, le PPE a accusé les eurodéputés écologistes de former de « nouvelles alliances sans précédent » avec les « extrêmes ».

Cela « ne profite qu’aux partis anti-européens tels que les PfE [Patriotes pour l’Europe] et [les Conservateurs et Réformistes européens] CRE », a déclaré l’eurodéputé PPE Christian Ehler.

Les partis se sont âprement disputés sur la répartition des postes au sein du groupe de recherche, du groupe de travail sur la politique industrielle, et du conseil d’administration du groupe sur les matériaux critiques au sein de la commission ITRE, les Verts souhaitant à tout prix leur part du gâteau.

À chaque nouvelle législature, plus d’une douzaine de commissions affectent certains de leurs membres à des postes au Parlement européen et ailleurs au sein des institutions de l’Union.

La commission ITRE sera particulièrement importante durant cette mandature, puisque bon nombre des priorités d’Ursula von der Leyen, dont le Plan industriel du Pacte vert (Green Deal Industrial Plan), relèvent de ses compétences.

Ces postes convoités sont traditionnellement accaparés par la coalition majoritaire formée par le PPE de centre droit, les Socialistes et Démocrates européens (S&D) et le parti libéral Renew, laissant les autres partis les mains vides.

En ce qui concerne les postes disponibles pour la commission ITRE et le groupe de recherche du Parlement sur l’avenir de la science et de la technologie (STOA), les négociateurs ont comme de coutume distribué les responsabilités parmi les partis centristes, le 12 septembre.

Mais cette année, une chose a changé : pour la première fois, le centre, affaibli, a dû compter sur le soutien des Verts pour obtenir la réélection d’Ursula von der Leyen (PPE) à la tête de la Commission européenne en juillet, leur donnant un nouvel avantage.

« Sans les votes des Verts, la présidente de la Commission aurait échoué », rappelle l’eurodéputé allemand Michael Bloss, qui représente les Verts au sein de la commission ITRE.

Pourtant, les Verts ont été exclus de l’accord du partage des rôles au sein de la commission ITRE, où les postes ont une fois de plus été réservés à la majorité centriste — bien qu’on leur ait promis le contraire.

Les groupes d’extrême droite Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et Patriotes pour l’Europe s’attendaient également à ce que leurs membres obtiennent des postes au sein du groupe de recherche STOA.

Lorsque le groupe CRE a proposé un vote pour annuler cette attribution, lundi 30 septembre, les Verts et La Gauche se sont ralliés aux partis d’extrême droite de l’hémicycle pour tenter de rejeter l’accord, comme le montre la liste des votes.

La liste révèle que les eurodéputés écologistes Alexandra Geese, qui a mis en garde contre la coopération entre le PPE et les forces d’extrême droite, et Virginijus Sinkevičius, qui se présente comme un pont entre les Verts et le centre droit, ont voté aux côtés de l’extrême droite.

Pourtant, la majorité centriste est restée forte, et a remporté le vote, avec 48 voix contre 32.

Les retombées

Depuis, la tension est palpable.

Pour l’eurodéputé PPE Christian Ehler, « il est extrêmement étonnant que les Verts et La Gauche aient voté avec l’extrême droite pour leur donner accès à des sièges importants dans les organes de mise en œuvre de la commission ITRE ».

« Ce comportement révèle de nouvelles alliances sans précédent entre les groupes d’extrême droite et les Verts », ajoute l’homme politique allemand.

Mais les accusés racontent une toute autre histoire.

« Cette arrogance du pouvoir est remarquable », a réagi Michael Bloss, porte-parole de la commission ITRE, ajoutant que « tous ceux qui pensent aujourd’hui que les Verts sont assis à la table des enfants et qu’ils votent comme des moutons se trompent complètement ».

Une source de la commission ITRE estime que les Verts « ont à peine obtenu des miettes », et ce malgré leur soutien à Ursula von der Leyen.

La controverse survient juste avant les auditions des commissaires, où la confiance entre les groupes politiques est cruciale pour faire adopter le nouvel exécutif de l’UE.

De leur côté, les autres partis de l’hémicycle tiennent à incarner la défense des règles.

Dans un communiqué, le groupe CRE « considère que cette approche est antidémocratique, car elle sape l’histoire de la commission en matière de proportionnalité et d’inclusivité ».

Dario Tamburrano, qui est issu du Mouvement 5 étoiles italien et s’exprime au nom de La Gauche, espère que « cette méthode de la règle de la majorité ne deviendra pas une pratique standard ».

Michael Bloss partage ce point de vue. « Les votes des Verts sont exprimés lorsque les règles de procédure sont respectées et que nous sommes impliqués dans les décisions, sinon ils ne le sont pas », a-t-il expliqué.

[Édité par Anna Martino]