Le Brexit fait une nouvelle victime
Également dans l'édition de lundi : tempête raciste, Ukraine, pourparlers de paix
Vous lisez Rapporteur ce lundi 22 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.
À retenir :
🟢 Dix ans après, Bruxelles et Londres parviennent à un équilibre sur le Brexit
🟢 L’Europe se rapproche d’un format E5+UE pour des pourparlers de paix sur l’Ukraine
🟢 Renew réclame des sanctions après les propos « racistes » du CRE
L’Europe, vue de Bruxelles
Le Brexit n’est pas à l’origine de la chute de Keir Starmer. Celle-ci tient davantage à ses revirements à répétition, à son aversion chronique au risque, à la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur à Washington et à la menace grandissante que représente son collègue travailliste Andy Burnham, qui a remporté une élection partielle avec une majorité écrasante la semaine dernière.
Mais vu de Bruxelles, le Brexit semble sur le point de faire une nouvelle victime. Starmer est le sixième Premier ministre depuis que la Grande-Bretagne a voté, de justesse, en faveur de la sortie de l’Union européenne il y a dix ans demain. Il a d’abord cherché à réinitialiser en douceur les relations avec l’Union avant de tenter d’accélérer le réchauffement de ces liens alors que son capital politique s’épuisait.
S’il démissionne aujourd’hui, comme prévu, il pourrait quitter ses fonctions un mois avant le sommet UE-Royaume-Uni qu’il tenait absolument à organiser. Ses deux principaux rivaux sont divisés sur la question d’un éventuel retour dans l’UE.
Wes Streeting y est ouvertement favorable ; Burnham, autrefois partisan du maintien dans l’UE, a largement évité le sujet, conscient de sa toxicité politique, en particulier face à un adversaire soutenu par Nigel Farage à Makerfield.
Marquée par la brutalité de ces années de Brexit, Bruxelles est intéressée par un partenariat pragmatique avec Londres sur l’Ukraine, et guère plus.
« Les relations avec le Royaume-Uni sont bien sûr un sujet d’actualité, mais en termes d’élargissement, cela ne figure pas à l’ordre du jour », m’a confié un diplomate européen.
Les Européens sont également divisés sur la forme que devraient prendre les futures relations entre la Grande-Bretagne et l’Union. Michel Barnier, l’ancien négociateur de l’UE pour le Brexit, a déclaré la semaine dernière au Guardian que la Grande-Bretagne pourrait un jour réintégrer l’Union à des conditions extrêmement favorables, en conservant la livre sterling et en restant en dehors de l’espace Schengen. Son ancien patron, Jean-Claude Juncker, a quant à lui indiqué au FT qu’une réintégration était irréaliste et que la plupart des gouvernements de l’UE réserveraient un accueil glacial au Royaume-Uni.
Pour les dirigeants européens d’aujourd’hui, le Brexit sert avant tout d’avertissement.
Lors d’une conférence au début du mois, le Premier ministre belge Bart De Wever a raconté une anecdote tragicomique datant des mois qui ont précédé le référendum de 2016.
Il s’est souvenu d’une rencontre avec un David Cameron plein d’assurance à Downing Street.
« “Ne t’inquiète pas pour le Brexit, car je vais gagner le référendum, nous resterons dans l’Union européenne” », lui avait dit Cameron. De Wever, qui se présentait alors comme un jeune maire naïf d’Anvers, a indiqué qu’il admirait l’insistance de Cameron à ne prévoir aucun plan d’urgence.
« Si cela venait à fuiter, la population apprendrait que nous nous préparons à un véritable Brexit ; elle commencerait alors à prendre la question au sérieux et voterait en faveur du Brexit. »
Plus tard, il a rencontré Boris Johnson, alors maire de Londres, qui soutenait le camp du Leave. « Ne t’inquiète pas, car je vais perdre », lui a dit Johnson, prédisant que le Brexit ne recueillerait que 45 % des voix. Selon De Wever, Johnson estimait que la campagne lui permettrait néanmoins de prendre la tête du Parti conservateur et, à terme, de devenir Premier ministre.
« Cela montre simplement qu’il faut faire attention à ses relations. Si vous vous comportez en dirigeant irresponsable pendant un an, vous pouvez détruire ce qu’il a fallu des décennies pour construire », a déclaré De Wever.
UE, E3 ou E5 ?
Après un G7 animé, le principal enseignement du sommet européen de jeudi et vendredi est que les Européens n’ont pas – pour l’instant – de plan clair quant à savoir qui devrait siéger aux côtés de Volodymyr Zelenskyy lors d’éventuelles négociations de paix avec la Russie. Les Américains seraient bien sûr également présents, et la participation européenne dépendrait de la volonté de Zelenskyy.
Alors que les dirigeants passaient des heures à discuter d’un futur plan de table, 25 d’entre eux ont convenu qu’il n’y avait actuellement aucune table autour de laquelle s’asseoir. Poutine n’est pas intéressé par des pourparlers de paix, ont-ils conclu. Seuls deux d’entre eux ont appelé à l’ouverture immédiate de négociations. La question a pris de l’importance après que Donald Trump a reconnu, lors du G7, que l’Europe avait mérité un rôle dans tout futur accord de paix concernant l’Ukraine, selon des diplomates de haut rang.
Le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ont tous deux plaidé en faveur de leur propre implication si des pourparlers devaient finalement se concrétiser.
Emmanuel Macron a déclaré aux journalistes que « l’Union européenne devrait être représentée et le président Costa, en tant que ses compétences sont définies, il y aura une place ». Il a ensuite évoqué la présence à la table des « représentants » (au pluriel) des institutions européennes, laissant entrevoir un éventuel duo Costa-Von der Leyen.
Mais Macron a également insisté sur le fait qu’en matière de garanties de sécurité, telles que celles élaborées par la Coalition des volontaires qu’il dirige aux côtés du Royaume-Uni, les États-nations doivent également avoir leur place à la table des négociations.
Friedrich Merz a présenté le trio E3, composé du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, comme le format privilégié par l’Ukraine et a laissé entendre qu’il jouerait naturellement un rôle de premier plan. Il a toutefois affirmé qu’il tiendrait les pays de l’Est, comme la Pologne, informés et a minimisé l’urgence de régler cette question. « Nous n’avons pas à décider qui s’exprimera au nom de l’UE ; nous en déciderons le moment venu », a-t-il déclaré aux journalistes.
Donald Tusk a quant à lui indiqué que la Pologne ne respecterait « aucun accord conclu sans sa participation » et a ajouté que l’Italienne Giorgia Meloni lui a apporté un « soutien sans équivoque » à cet égard.
Merz accueille l’E5 à Berlin cette semaine.
Tempête raciste
Le groupe libéral Renew au Parlement européen fait pression pour que des sanctions soient prises à l’encontre de membres du groupe de droite CRE, qu’il accuse d’avoir tenu des propos racistes en ligne à l’encontre de la députée européenne suédo-irakienne Abir Al-Sahlani.
La polémique a éclaté après le vote final de mercredi dernier sur un règlement controversé de l’UE relatif aux retours, lorsque certains députés européens populistes de droite ont scandé « renvoyez-les chez eux » dans l’hémicycle.
Le député danois du CRE, Kristoffer Storm, a ensuite écrit sur les réseaux sociaux qu’« Abir Al-Sahlani doit rentrer chez elle », faisant référence à la députée suédo-irakienne après la publication par cette dernière d’une vidéo dans laquelle elle déclare ne s’être « jamais sentie aussi peu en sécurité au sein de ce Parlement ».
Le député européen polonais du groupe S&D, Krzysztof Śmiszek, a accusé le groupe Renew d’être « complice » d’une « vague odieuse de racisme », soulignant qu’environ 37 de ses membres ont soutenu cette législation, qui ouvre la voie à la création par l’UE de centres de retour en dehors de l’Union pour les demandeurs d’asile déboutés. Neuf membres de son propre groupe ont également voté en faveur de cette mesure.
À l’issue du sommet européen de vendredi, Macron a réaffirmé que la France ne soutenait pas la création de centres de retour offshore, déclarant qu’il était en désaccord avec ce concept « à la fois d’un point de vue pragmatique et principiel ». Lisez l’article complet de Pietro Guastamacchia.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Comment les réseaux pakistanais ont infiltré le système des « gangmasters » en Italie
- Interview : la présidente du Comité des régions met en garde contre l’affaiblissement de la cohésion due à la réforme budgétaire
- Opinion : l’UE n’a toujours pas de stratégie vis-à-vis de la Chine
Rond-point Schuman
L’AMBASSADEUR HONGROIS RESTE EN POSTE : Bálint Ódor restera ambassadeur de la Hongrie auprès de l’UE, malgré les nombreuses rumeurs laissant entendre qu’il serait remplacé à la suite du départ de Viktor Orbán. S’adressant aux journalistes vendredi à Bruxelles, Péter Magyar a salué la longue expérience d’Ódor dans les affaires européennes et a déclaré que son gouvernement souhaitait qu’il conserve ses fonctions : « C’est un diplomate qui, pour autant que je m’en souvienne, a consacré la quasi-totalité de sa carrière aux affaires de l’Union européenne. »
KALLAS ABSENTE DE L’ÉVÉNEMENT ORGANISÉ PAR THIEL : Le nom de Kaja Kallas figurait sur une liste divulguée de participants potentiels à un événement annuel prestigieux intitulé « Dialog », organisé par le milliardaire de la tech pro-MAGA Peter Thiel. Son porte-parole a déclaré au Guardian : « La haute représentante n’est pas membre de ce groupe. Si vous faites référence aux informations parues dans la presse selon lesquelles une réunion aurait lieu en Irlande en août, nous n’avons aucune intention de nous y rendre, si tant est que cette réunion existe. »
LE PLUS PETIT ACCORD COMMERCIAL DU MONDE : Vendredi, Maroš Šefčovič semblait se réjouir, dans un message publié sur X, de la forte progression des échanges commerciaux entre l’UE et la République dominicaine, qui devaient atteindre plus de 9 € en 2024. Dimanche, il a corrigé ce chiffre, précisant que le volume des échanges avait dépassé les 9 milliards d’euros.
Les capitales
BERNE 🇨🇭
La délégation iranienne a brièvement quitté dimanche le lieu des négociations avec les États-Unis en Suisse après une menace d’intervention militaire de Donald Trump en raison du soutien apporté par Téhéran au Hezbollah, ce qui a suscité des spéculations sur l’avenir des négociations. Les médias d’État iraniens ont lié ce départ aux propos de Trump, mais un diplomate a déclaré que Téhéran restait engagé dans le processus. Les pourparlers, qui visent à consolider un cessez-le-feu et à apaiser les tensions régionales plus larges, se poursuivent malgré de nouvelles frictions concernant le Liban et le programme nucléaire iranien.
– Christina Zhao
VARSOVIE 🇵🇱
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a accusé Karol Nawrocki de compromettre les progrès récents dans les relations bilatérales après que Varsovie a retiré à Volodymyr Zelenskyy la plus haute distinction d’État polonaise, en raison de la décision de Kiev de donner à une unité militaire le nom de l’UPA, un groupe nationaliste de l’époque de la guerre. Sybiha a déclaré que cette mesure vaudrait à Nawrocki « les applaudissements de Moscou » et a averti que l’Ukraine réagirait de manière « symétrique » à toute nouvelle action hostile. Il a ajouté que Zelenskyy n’avait pas encore décidé s’il assisterait à la Ukraine Recovery Conference prévue la semaine prochaine à Gdańsk.
– Charles Szumski
BERLIN 🇩🇪
Le parti allemand de gauche Die Linke a voté, lors d’un congrès tenu ce week-end, en faveur d’un plafonnement des revenus de ses représentants au Bundestag et au Parlement européen. En vertu de cette nouvelle règle, les élus doivent reverser la majeure partie de leur indemnité parlementaire à des causes sociales et ne conserver qu’un « salaire moyen ». Ce plafond est indexé sur un accord salarial du secteur public et s’élève actuellement à 5 300 € bruts par mois, contre près de 12 000 € pour les indemnités versées au Bundestag.
– Victoria Becker
PARIS 🇫🇷
Dimanche, la France a placé un tiers de son territoire sous alerte canicule maximale alors que les températures avoisinaient les 40 °C, ce qui a poussé les autorités à interdire la consommation d’alcool dans les lieux publics dans les zones touchées, à renforcer la préparation aux incendies de forêt et à mettre les services d’urgence en état d’alerte renforcée. Le gouvernement a averti que la journée de lundi pourrait être encore plus chaude. Les inquiétudes portent principalement sur les personnes vulnérables, tandis que certains événements sportifs en plein air ont été annulés et que les écoles ont été informées que les examens pourraient devoir être reportés.
– Christina Zhao
MADRID 🇪🇸
Un tribunal espagnol a ordonné samedi à Begoña Gómez, l’épouse de Pedro Sánchez, de comparaître en justice et lui a imposé des restrictions de déplacement l’obligeant à remettre son passeport et à se présenter au tribunal deux fois par mois. Un juge madrilène a invoqué un risque de fuite, estimant que Gómez pourrait profiter de ses escortes policières pour se soustraire à la justice. Le gouvernement a condamné ces mesures, les qualifiant de disproportionnées et motivées par des considérations politiques. L’instance judiciaire supérieure espagnole doit examiner lundi le raisonnement du juge.
– Inés Fernández-Pontes
STOCKHOLM 🇸🇪
Jimmie Åkesson, chef du parti d’extrême droite Démocrates suédois, a posé de nouvelles conditions pour soutenir le gouvernement de centre-droit suédois avant les élections législatives de septembre. Åkesson a exclu toute réduction des allocations chômage et des indemnités de maladie, a appelé à une extension de la couverture des soins dentaires et a laissé entendre qu’il mettrait davantage l’accent sur les politiques sociales. Il a également laissé ouverte la possibilité d’exhorter ses partisans à soutenir les Libéraux, dont le maintien au Parlement pourrait s’avérer crucial pour préserver la majorité de la coalition au pouvoir.
– Charles Szumski
BELGRADE 🇷🇸
Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi à Novi Sad pour réclamer des élections anticipées et protester contre ce qu’elles qualifient de corruption gouvernementale. Le mouvement étudiant serbe, qui ne dispose d’aucune direction officielle, a déclaré qu’il présenterait des candidats lors du prochain scrutin législatif et lancerait une campagne électorale à l’échelle nationale cet été. Le président Aleksandar Vučić a indiqué que les élections se tiendraient après l’été, bien qu’aucune date n’ait encore été annoncée.
– Bronwyn Jones
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs : Pietro Guastamacchia, Magnus Lund Nielsen
Traductrice : Clara Vassent