Le « bunga bunga » de Berlusconi refait surface

Cette affaire met le ministère italien de la Justice sous pression

EURACTIV.com
[Photo : Pier Marco Tacca/Getty Images]

MILAN, Italie – Nicole Minetti, l’ancienne assistante glamour de Silvio Berlusconi et figure centrale du tristement célèbre scandale italien du « bunga bunga », se retrouve à nouveau au cœur d’une nouvelle polémique politique qui secoue le pays.

Elle est revenue au cœur du débat politique italien après que la grâce présidentielle qui lui a été accordée plus tôt cette année a fait la une des journaux, devenant un casse-tête judiciaire et politique majeur pour le gouvernement de Giorgia Meloni.

Les magistrats italiens réexaminent actuellement si les motifs humanitaires invoqués dans la demande de grâce de Minetti ont été correctement présentés, à la suite d’informations qui ont soulevé des doutes sur des éléments clés de son dossier.

Ces révélations ont poussé Sergio Mattarella, le président italien, qui avait signé la grâce en février, à prendre la décision inhabituelle de demander publiquement au ministère de la Justice de réexaminer le dossier.

« Le président a donné instruction de se procurer d’urgence les informations nécessaires afin de vérifier l’exactitude de ce qui a été rapporté par la presse », a écrit le bureau de Mattarella dans une lettre adressée au ministère de la Justice.

L’affaire Minetti trouve son origine dans le scandale qui a marqué les dernières années au pouvoir de Berlusconi.

Dans l’affaire dite du « bunga bunga » – un terme devenu synonyme des soirées privées de l’ancien Premier ministre –, les tribunaux ont estimé qu’elle avait aidé à recruter des femmes pour des événements où les invitées étaient payées pour y assister et, dans certains cas, pour fournir des services sexuels.

Elle a finalement été condamnée à deux ans et dix mois de prison pour proxénétisme, puis à treize mois supplémentaires pour détournement de fonds publics.

La grâce était motivée par la nécessité de s’occuper d’un enfant adopté en Uruguay, décrit comme gravement malade et nécessitant une assistance constante à l’étranger, une affirmation qui est désormais au cœur de l’enquête.

Des informations suggèrent en effet que l’enfant, un garçon, n’était peut-être pas orphelin, certains indices laissant penser que ses parents biologiques étaient toujours en vie et s’étaient opposés à l’adoption. Les hôpitaux cités dans la demande n’auraient aucune trace d’un traitement de l’enfant, tandis que les médias uruguayens ont mis en évidence d’éventuelles irrégularités dans la manière dont l’adoption a été gérée.

L’adoption elle-même fait l’objet d’un examen minutieux, les médias uruguayens soulignant d’éventuelles irrégularités dans la manière dont la procédure a été menée.

Plus généralement, cette affaire met en évidence des lacunes dans le processus de vérification. Les éléments clés semblent avoir été évalués en grande partie sur la base des documents fournis par l’équipe juridique de Minetti, sans vérification directe auprès des autorités uruguayennes, de nouvelles vérifications étant désormais menées par les procureurs de Milan par le biais de canaux de coopération internationale.

Minetti a nié toute malversation, affirmant que les informations fournies dans sa demande étaient exactes et qualifiant les accusations portées contre elle d’« infondées ».

Cette affaire remet le ministère de la Justice sous pression, quelques semaines seulement après la démission d’un sous-secrétaire et du chef de cabinet.

« Nous disposons de documents prouvant que nous avons respecté toutes les procédures à 101 % », a déclaré lundi Carlo Nordio, le ministre de la Justice.

Les partis d’opposition ont appelé à la démission de Nordio, tandis que Meloni a soutenu son ministre de la Justice.

« Cette procédure a suivi le même chemin que toutes les autres et a été menée dans le strict respect de la loi et des pratiques établies », a-t-elle assuré mercredi lors d’une conférence de presse, insistant sur le fait qu’elle faisait confiance à Nordio et écartant toute démission.

(bw)