Le chalutage de fond contribue de manière significative au changement climatique, selon une étude

Le chalutage de fond est responsable de l’émission de 370 millions de tonnes de CO2 par an, selon une nouvelle étude qui incite les législateurs de l’UE à envisager une règlementation de ce secteur.

EURACTIV.com
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Une étude publiée le 18 janvier dans la revue Frontiers in Marine Science, financée par l’Union européenne, suggère qu’au-delà des « simples » dommages environnementaux, les activités de pêche au chalut de fond contribuent de manière significative au changement climatique. [Shutterstock]

Le chalutage de fond est responsable de l’émission de 370 millions de tonnes de CO2 par an, selon une nouvelle étude qui incite les législateurs de l’UE à envisager une règlementation de ce secteur.

La pêche industrielle est souvent critiquée par les défenseurs de l’environnement. Les immenses filets que les chalutiers traînent sur les fonds marins pour capturer certaines espèces de poissons causent des dommages considérables et durables à l’environnement.

Une étude publiée le 18 janvier dans la revue Frontiers in Marine Science, financée par l’Union européenne, suggère qu’au-delà des « simples » dommages environnementaux, les activités de pêche au chalut de fond contribuent de manière significative au changement climatique.

L’étude, dont la plupart des auteurs sont des chercheurs américains, révèle que depuis 1996, le chalutage a émis près de 370 millions de tonnes de CO2 par an. Cela représente plus de la moitié des émissions de l’Allemagne, environ la moitié des émissions de l’aviation mondiale, ou 1 % des émissions mondiales de CO2.

Les auteurs de l’étude indiquent que leurs recherches suggèrent « que la gestion des efforts de chalutage de fond pourrait être une solution climatique importante ».

Les sédiments présents sur les fonds marins correspondent en réalité à des siècles d’accumulation lente de restes de plantes et d’animaux, stockant le carbone pendant une durée pratiquement illimitée.

« Cependant, les perturbations des fonds marins dues aux activités humaines menacent » cette fonction de stockage du carbone, constatent les auteurs. En effet, les activités de pêche perturbent l’accumulation du carbone, qui se retrouve éparpillé et remonte à la surface, pour ensuite être rejeté dans l’atmosphère.

À l’aide d’images satellites de l’activité de pêche et de modèles du cycle du carbone, les auteurs de l’étude ont constaté que le pourcentage de matière qui parvient à la surface de l’eau est de l’ordre de 55 à 60 %.

Toutefois, certains ont exprimé leurs réserves concernant ces résultats. Jan Hiddink, professeur à l’Université galloise de Bangor spécialisé dans l’impact du chalutage sur les écosystèmes, a déclaré que l’étude « surestimait de plusieurs ordres de grandeur la libération de carbone dans les fonds marins ».

Il a ajouté que les examinateurs et les rédacteurs de la revue manquaient d’expertise en matière de modèles, comme celui utilisé dans l’article.

Qu’en est-il de l’UE ?

Si les résultats de l’étude venaient à être confirmés par des recherches futures, ils pourraient donner du poids aux opposants au chalutage, qui n’ont pas réussi à convaincre les législateurs de l’UE jusqu’à présent.

Jeudi dernier (18 janvier), le Parlement européen a voté en faveur d’une refonte de la politique commune de la pêche (PCP) de l’Union européenne, levant les restrictions imposées au secteur en raison de préoccupations environnementales. Ce vote représente une manifestation d’intention et n’est pas juridiquement contraignant.

Jusqu’à présent, la règlementation de la pêche pour des raisons environnementales et climatiques s’est avérée difficile. Le secteur a été exclu de la réforme du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE) et constitue l’un des nombreux obstacles à la réforme des règles de taxation de l’énergie de l’UE.

Bien que le secteur doive s’efforcer d’être durable, la pêche ne doit pas être « sacrifiée sur l’autel de l’environnement », a déclaré le législateur de centre droit Gabriel Mato, qui est à l’origine de l’initiative visant à délester la pêche de ces règlementations.

Toutefois, l’Europe s’étant engagée à atteindre l’objectif  zéro net d’ici 2050 au plus tard, la question reste de savoir combien de temps les pêcheurs pourront rester en dehors du filet règlementaire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Hugo Struna]