Le chef catalan définit les conditions de la coalition de gauche espagnole
Carles Puigdemont (JxCat), a rencontré la candidate de Sumar, Yolanda Díaz, au Parlement européen, afin d’affiner les positions entre le parti séparatiste de Puigdemont et un futur gouvernement de gauche.
Le leader de Junts per Catalunya, Carles Puigdemont (JxCat), a rencontré la candidate de Sumar, Yolanda Díaz, au Parlement européen lundi (4 septembre), afin de s’entendre sur les conditions d’un futur gouvernement de gauche, dans lequel Mme Díaz serait probablement vice-Premier ministre du leader socialiste et Premier ministre par intérim, Pedro Sánchez.
Il s’agissait du premier contact public d’un membre du gouvernement de coalition espagnol, composé du parti socialiste (PSOE/S&D) et de Unidas Podemos (La Gauche) désormais au pouvoir par intérim, avait avec l’ancien Premier ministre régional catalan depuis qu’il s’est enfui en Belgique en 2017.
« La réunion que nous avons eue cet après-midi avec Yolanda Díaz, Jaume Asens et Antoni Comín [deux autres dirigeants séparatistes catalans] fait partie de la normalité démocratique dans l’Union européenne. Le dialogue et les relations politiques entre des formations d’idéologies différentes ne devraient pas être une surprise ni une exception », a commenté M. Puigdemont sur X.
Le dialogue, seule solution pour la Catalogne
Après la réunion, Sumar et JxCat ont assuré dans un communiqué de presse commun que la rencontre entre Mme Díaz et M. Puigdemont a été « fructueuse » car « elle permet d’établir une relation normalisée et stable entre les deux formations politiques ».
Ils ont ajouté qu’ils partagent tous deux « la profonde conviction que les problèmes politiques doivent retourner aux voies politiques afin de trouver des solutions basées sur le dialogue », ont-ils déclaré, sans mentionner un seul mot concret sur l’éventuel futur soutien de JxCat à M. Sánchez.
Depuis les élections générales anticipées du 23 juillet en Espagne, Sumar explore les moyens possibles, dans le cadre de la Constitution espagnole, d’accorder une éventuelle amnistie aux personnes impliquées dans les événements d’octobre 2017 en Catalogne.
Le parlement catalan a déclaré unilatéralement l’« indépendance » en 2017 à la suite d’un référendum organisé la même année et déclaré illégal par la Cour constitutionnelle espagnole.
Malgré les attentes des médias, le PSOE s’est distancié de la réunion et a souligné qu’il n’en avait été informé que tard dimanche, qu’il s’agissait d’une initiative personnelle de la ministre et dirigeante de Sumar, et qu’elle n’avait aucun mandat officiel pour négocier quoi que ce soit avec M. Puigdemont.
Une réunion plongée dans le secret
La protestation de Javier Sánchez, député d’Unidas Podemos, qui a déploré lundi le « manque de coordination » entre les partenaires du gouvernement progressiste tout en se plaignant que son parti, désormais presque absorbé par Sumar, n’en ait pas été informé, est un exemple du secret profond qui entoure la réunion.
Les médias espagnols ont souligné que la réunion avait une signification politique particulière, puisqu’elle a eu lieu juste un jour avant que Carles Puigdemont n’annonce ses conditions « officielles » pour soutenir une nouvelle investiture de Pedro Sánchez.
Il est difficile de comprendre pourquoi le PSOE de M. Sanchez n’a pas été informé du voyage de Mme Díaz, alors que les deux personnalités politiques sont personnellement très proches et que Mme Diaz devrait devenir son « bras droit » dans un futur gouvernement de coalition progressiste, ont ajouté les médias.
Messages synchronisés de Pedro Sánchez et Yolanda Díaz
La « synchronisation » des messages lancés lundi par les deux leaders est également surprenante, car elle laisse entrevoir la possibilité que, s’ils forment tous deux un gouvernement, ils soient disposés — tout au moins — à explorer les conditions posées par les séparatistes catalans.
M. Sánchez avait déjà montré sa volonté de dialoguer pour résoudre ce que les séparatistes catalans définissent comme un « conflit politique » avec l’État central à Madrid, en accordant la grâce à plusieurs dirigeants indépendantistes et en se montrant ouvert à la poursuite du dialogue avec les partis catalans — et basques — indépendantistes.
Lundi, le Premier ministre espagnol par intérim a réitéré le message de dialogue avec le parti libéral-conservateur JxCat et le parti séparatiste Gauche républicaine de Catalogne (ERC), qui a soutenu M. Sánchez lors de la précédente législature.
La rencontre entre M. Puigdemont et Mme Diaz a eu lieu alors que le leader du Partido Popular (PP/PPE), Alberto Núñez Feijóo, vainqueur des dernières élections mais sans majorité suffisante pour gouverner, poursuit sa recherche des 176 sièges dont il a besoin (actuellement 174), une tâche presque impossible pour laquelle il a jusqu’au 26 septembre.
Des critiques sévères de la part du PP et de Vox
La réunion avait un objectif clair : ouvrir la voie à une nouvelle investiture de Pedro Sánchez en échange de larges concessions à JxCat et ERC (et peut-être plus tard aux partis basques indépendantistes), a souligné lundi le Partido Popular.
« Aujourd’hui [avec la rencontre Díaz-Puigdemont], nous avons la confirmation que Pedro Sánchez préfère gouverner avec un fugitif de la justice, même au détriment de tous les Espagnols, qu’une législature basée sur de grands accords au bénéfice de tous les Espagnols », a souligné le vice-secrétaire à la Culture du PP, Borja Sémper, déplorant que M. Sánchez ait rejeté un pacte que lui avait proposé M. Feijoo la semaine dernière.
Le leader du parti d’extrême droite Vox (CRE), Santiago Abascal, a également été très dur et a déclaré qu’il était « extrêmement grave » que le gouvernement [Yolanda Díaz] soit aujourd’hui assis avec un « fugitif de la justice » à Bruxelles, quelque chose qui n’arrive nulle part dans le monde, a-t-il souligné.