Le chef des Verts au Parlement européen compare les dirigeants de l’UE à des « somnambules »

Les dirigeants européens sont guidés par « l’opportunisme politique », évoluant tels les « somnambules » qui dirigeaient l’Europe avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a averti le coprésident des Verts/ALE, Philippe Lamberts, jeudi (18 avril).

Euractiv.com
European Parliament plenary session in Strasbourg
« Pour moi, c’est le cas le plus évident de somnambulisme, où les décideurs élus pensent qu’ils font ce qu’il faut alors qu’ils accélèrent le chaos. C’est ce qui est en train de se passer », a déclaré le coprésident du groupe parlementaire européen des Verts/ALE, Philippe Lamberts. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Les dirigeants européens n’ont pas le « feu de l’urgence » de Mario Draghi et Enrico Letta — auteurs de deux rapports stratégiques sur l’avenir de l’UE — et sont guidés par « l’opportunisme politique », évoluant tels les « somnambules » qui dirigeaient l’Europe avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, a averti jeudi (18 avril) le coprésident du groupe parlementaire européen des Verts/ALE, Philippe Lamberts.

S’adressant à la presse en marge du sommet européen axé sur la compétitivité, M. Lamberts a déclaré que les dirigeants de l’UE semblaient se concentrer sur des mesures qui menaçaient de conduire l’Union à un « suicide politique ».

« Quand je lis [Enrico] Letta et quand j’écoute [Mario] Draghi, je ressens le feu de l’urgence », a-t-il affirmé, ce qui contraste selon lui avec les messages récents des dirigeants de l’UE.

Les règles fiscales récemment adoptées par l’Union, par exemple, imposeront « une vague d’austérité dictée par Bruxelles » et constitueront également une « distraction » par rapport à des préoccupations politiques plus pressantes — la nécessité de rendre l’économie du continent plus respectueuse de l’environnement et de stimuler sa compétitivité, domaine dans lequel elle est à la peine, a affirmé M. Lamberts.

« Nous ne pouvons pas nous permettre ce genre de distractions », a-t-il insisté, qualifiant ces règles de « suicides économique, environnemental, géopolitique et démocratique ».

Le responsable politique belga a également comparé une nouvelle fois les décideurs politiques de l’UE aux « somnambules » qui ont dirigé l’Europe avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

« Pour moi, c’est le cas le plus évident de somnambulisme, où les décideurs élus pensent qu’ils font ce qu’il faut alors qu’ils accélèrent le chaos. C’est ce qui est en train de se passer », a-t-il soutenu.

Les nouvelles règles budgétaires de l’UE maintiennent les seuils précédents de déficit et de dette des États membres à 3 % et 60 % du PIB respectivement, mais modifient quelque peu l’exigence de réduction de la dette qui s’applique aux pays dont le niveau d’endettement dépasse l’objectif de 60 %. Cette exigence visait une réduction, chaque année, du ratio dette/PIB d’au moins 1/20e de la différence entre le ratio dette/PIB actuel et l’objectif de 60 %

Au lieu de cela, les États membres dont le ratio dette/PIB annuel est supérieur à 90 % devront réduire le fardeau de leur dette de 1 % par an en moyenne, tandis que ceux dont le niveau d’endettement se situe entre 60 % et 90 % du PIB annuel doivent réduire leur ratio d’endettement de 0,5 % en moyenne par an.

Les commentaires de M. Lamberts interviennent alors qu’Enrico Letta — qui, comme Mario Draghi, avait été chargé de rédiger un rapport sur l’avenir de l’Union — a présenté ses propositions aux dirigeants de l’UE sur la manière de  compléter  le marché unique de l’Union, notamment en intégrant davantage les secteurs des télécommunications, de l’énergie ou encore les services financiers.

 

Ces propos font également suite au discours de M. Draghi mardi, dans lequel l’Italien, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé l’Union européenne à opérer des « changements radicaux » pour accroître sa compétitivité, notamment en sécurisant mieux les chaînes d’approvisionnement essentielles et en « permettant des économies d’échelle », en particulier dans les secteurs des télécommunications et de la médecine.

Philippe Lamberts a suggéré que le rapport de Mario Draghi, qui devrait être publié à la fin du mois de juin, sera particulièrement important en raison du rôle clé que ce dernier a joué à la tête de la BCE pendant la crise de la zone euro dans les années 2010.

« Pour moi, M. Draghi est important, car c’est lui qui était à la tête de la politique monétaire lorsqu’il a dû faire face au fait que la politique budgétaire n’était pas harmonisée », a-t-il déclaré. « La BCE a donc dû se charger de toutes les tâches lourdes. Il sait donc ce qui manquait à l’époque. »

Mario Draghi « se ravisera aussi » sur la nécessité de l’investissement public

Cependant, M. Lamberts, qui quittera son poste d’eurodéputé en juin après 15 ans passés au Parlement européen, n’est pas d’accord avec l’appel de M. Draghi pour que le secteur privé fournisse « la plupart » des investissements nécessaires pour stimuler la compétitivité de l’Union européenne.

« Vous avez des chefs d’État et de gouvernement qui sont confrontés à un mur en matière d’investissements, et ils se réfugient alors […] dans la fiction que la plupart des investissements viendront du secteur privé », a-t-il expliqué.

« Cela n’arrivera pas. Il n’y aura d’investissement privé que si cet investissement est financièrement rentable. Tout ce qui n’est pas rentable ne viendra pas du secteur privé, un point c’est tout. C’est aussi simple que cela. » 

Mais M. Lamberts a également suggéré que M. Draghi — qui, selon lui, est « la tête et les épaules au-dessus » des autres dirigeants européens — changerait probablement d’avis sur le rôle essentiel de l’investissement public.

« Je pense qu’il s’agit d’une mauvaise analyse », a soutenu l’eurodéputé écologiste. « Il y a dix ans, il avait sous-estimé la transition écologique. Aujourd’hui, il se ravise. Et maintenant, il sous-estime la composante publique de la transition verte. Je parie que dans quelques années, il se ravisera également. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]