Le débat s'échauffe sur les perturbateurs endocriniens
Des scientifiques interpellent la conseillère scientifique en chef du président de la Commission européenne. Ils demandent que l’exécutif européen écoute la « science » avant de réglementer les perturbateurs endocriniens.
Des scientifiques interpellent la conseillère scientifique en chef du président de la Commission européenne. Ils demandent que l’exécutif européen écoute la « science » avant de réglementer les perturbateurs endocriniens.
Des scientifiques de l'UE et d'Amérique du Nord ont envoyé une lettre à Anne Glover, car les comités n'ont pas encore été consultés sur la stratégie de la Commission relative aux perturbateurs endocriniens, qui devrait être publiée à l'automne.
« Nous craignons que l'approche proposée ne réécrive les principes scientifiques et réglementaires bien établis dans la toxicologie et l'écotoxicologie sans preuve scientifique adéquate qui justifient un écart par rapport aux pratiques existantes », écrivent-ils.
Les perturbateurs endocriniens entrent principalement dans l'environnement par les rejets industriels et urbains. L'homme y est exposé via les aliments, la poussière, l'eau, l'inhalation de gaz et de particules, ainsi que via le contact cutané avec le plastique et le caoutchouc.
Les phtalates (composants chimiques du plastique), les produits ignifuges à base de brome (souvent utilisés dans les textiles ménagers ou les meubles) et les métaux, tels que le plomb et le mercure, sont des perturbateurs endocriniens.
Certaines de ces substances sont naturelles alors que d’autres, présentes dans les pesticides, les appareils électroniques, les produits d’hygiène personnelle et les cosmétiques, sont synthétiques.
Elles peuvent également se retrouver dans certains additifs ou contaminants alimentaires.
Échange de lettres
Le professeur Åke Bergman basé à Stockholm a publié un rapport en février. Il établit un lien entre les perturbateurs endocriniens et la hausse des taux de cancers ainsi que des problèmes cérébraux, thyroïdiens et reproducteurs.
Quelque 89 scientifiques de santé publique du monde entier ont dès lors signé la déclaration du Berlaymont de 2013 sur les perturbateurs endocriniens.
La déclaration explique que l'augmentation du nombre de maladies endocriniennes en Europe ne trouve pas seulement son origine dans les gènes ou les choix de mode de vie.
Après la publication d'un avis scientifique de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l'organisation de lutte contre les pesticides PAN Europe a envoyé une lettre au commissaire à la santé, Tonio Borg. L'EFSA estime que toutes les substances actives sur le système endocrinien ne sont pas nécessairement des perturbateurs endocriniens et qu'une distinction est nécessaire. PAN Europe affirme toutefois que l'agence tente de créer des failles réglementaires pour le secteur.
Le cabinet du commissaire Borg a répondu à l'organisation. Il soutient la définition de l'EFSA, car elle est conforme au droit de l'UE et reconnue à l'échelle internationale par l'Organisation mondiale de la santé.
Ignorer l'EFSA
Dans la lettre adressée à Mme Glover, les scientifiques affirment que la Commission ignore des parties essentielles de l'avis de l'EFSA.
Si la Commission détermine qu’il est impossible de définir une limite sans danger pour les perturbateurs endocriniens, les pratiques scientifiques et réglementaires actuelles reculeraient, selon ces scientifiques.
Ils craignent que l’approche de l’exécutif s’applique à tous les produits chimiques, rejetant la base scientifique et l’évaluation des risques.
Ils reconnaissent que la Commission souhaite placer les preuves scientifiques au cœur de la politique européenne. « Nous vous demandons de réviser la nouvelle politique afin que l'avis des comités scientifiques et des autorités des États membres soit pris en compte », écrivent-ils.