Le directeur de l’Eurogroupe a une « confiance absolue » dans la capacité de la France à résoudre sa crise budgétaire
Paschal Donohoe, le président de l'Eurogroupe, a assuré lundi 9 décembre que la crise budgétaire que traverse la France devrait pouvoir être maitrisée, bien que la Commission redoute que le déficit du budget de l'État se maintienne à 6,2 % du PIB en 2025.
Paschal Donohoe, le président de l’Eurogroupe, a assuré lundi 9 décembre que la crise budgétaire que traverse la France devrait pouvoir être maitrisée, bien que la Commission redoute que le déficit du budget de l’État se maintienne à 6,2 % du PIB en 2025.
Mercredi 4 décembre, le Premier ministre Michel Barnier est tombé après une motion de censure votée par la majorité des députés de l’Assemblée nationale, renvoyant aux oubliettes les efforts budgétaires prévus par le gouvernement.
Selon les chiffres de la Commission européenne, le déficit et la dette de la France devraient cette année atteindre respectivement 6,2 % et 112,7 % du PIB, soit le double des seuils autorisés par l’Union européenne (UE), fixés à 3 % et 60 %.
« La dette et les emprunts de la France constituent bien sûr un défi pour l’économie française, ainsi que pour son Parlement et son gouvernement actuel », a convenu Paschal Donohoe, à l’issue d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles.
Toutefois, il a réitéré sa « confiance absolue » dans la capacité des responsables politiques français à mettre en place des mesures pour apporter « la stabilité et la réduction des emprunts qui seront nécessaires à l’économie française dans les années à venir ».
Le directeur de l’Eurogroupe a ajouté que le ministre français sortant des Finances, Antoine Armand, avait donné à ses homologues une mise à jour complète de la situation budgétaire du pays. « Grâce à tous les engagements pris […] avec le ministre [Antoine] Armand et les autorités françaises au cours de cette période », Paschal Donohoe est « confiant dans le fait que des mesures seront prises pour stabiliser la situation française ».
« Les marchés réagissent très calmement »
Les remarques de Paschal Donohoe ont été largement reprises par d’autres ministres de la zone euro, avant la réunion de lundi.
« Nous constatons que les marchés réagissent très calmement », a commenté l’Allemand Jörg Kukies (Parti social-démocrate/SPD), qui a remplacé Christian Lindner (Parti libéral-démocrate/FDP) au poste de ministre des Finances en novembre, à la suite de l’effondrement de la coalition au pouvoir en Allemagne.
Les marchés « ont investi plusieurs milliards dans des obligations d’État françaises nouvellement émises », a-t-il affirmé, faisant référence aux dernières séries d’adjudications qui n’ont pas donné lieu à une hausse — pourtant redoutée — de la prime de risque des obligations d’État françaises. La différence de prix entre les obligations françaises et allemandes (connue sous le nom de « spread », ou écart de cotation) s’est même réduite.
« L’économie française connaît une bonne croissance, plus encore que l’économie allemande », a reconnu le responsable politique allemand, parlant d’un « signal très constructif » des marchés.
Le ministre néerlandais des Finances, Eelco Heinen (Parti populaire pour la liberté et la démocratie, Renew), a toutefois déclaré qu’il s’attendait à ce que la Commission européenne soit « aussi dure avec la France qu’elle l’a été avec moi » — une référence au fait que les plans budgétaires des Pays-Bas n’ont pas été jugés « crédibles » dans l’évaluation initiale de la Commission, discutée fin novembre.
« Nous avons tous des mesures supplémentaires à prendre, et ce n’est pas seulement dans l’intérêt de la France, mais dans l’intérêt de l’Europe », a-t-il ajouté.
Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a souligné que le plan budgétaire à long terme précédemment soumis par le gouvernement de Michel Barnier avait été « évalué positivement par la Commission ».
Toutefois, « la France est confrontée à des problèmes de viabilité budgétaire », a-t-il expliqué, raison pour laquelle « il est important que [le pays] maintienne le cap en termes d’ajustement [budgétaire], en ramenant les déficits budgétaires et la dette sur une trajectoire descendante ».
Signe de la confiance persistante des investisseurs, les rendements des obligations françaises à 10 ans s’échangeaient à 2,87 % lundi soir, soit 0,02 point de pourcentage de moins que le niveau de mercredi dernier, avant la motion de censure.
[Édité par Anna Martino]